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Il rosso segno della follia. 1969.
Origine : Italie / Espagne
Genre : Giallo
Réalisation : Mario Bava
Avec : Stephen Forsyth, Laura Betti, Dagmar Lassander, Jesus Puente...




John Harrington dirige une maison de couture qu’il a héritée de sa mère et qu’il spécialise dans la confection de robes de mariées. Lui-même uni à Mildred pour le meilleur et surtout pour le pire, il doit à son épouse les moyens financiers qui lui permettent de faire tourner la boutique. Les affaires semblent florissantes bien qu’une malédiction touche les mannequins qui travaillent pour Harrington : sept d’entre elles ont déjà été sauvagement assassinées. Dans le cadre de son enquête, l’inspecteur Russell soupçonne fortement John et se met donc à traîner de plus en plus souvent dans son immense propriété, guettant le moindre faux pas éventuel de sa part. Se pourrait-il que ses soupçons soient fondés et que sous le calme apparent de ce jeune homme de bonne tenue se cache un horrible assassin ?

En émettant ce doute, je triche quelque peu dans la mesure où l’on ne trouve nulle trace d’ambiguïté concernant l’identité du meurtrier. Alors qu’avec Six femmes pour l’assassin (1964) Mario Bava avait jeté les bases du giallo (assassin sans visage, succession de meurtres à la violence exacerbée...), avec Une Hache pour la lune de miel il prend volontairement le contre-pied de ce genre alors en plein essor. Le film s’ouvre par un double meurtre perpétré dans la cabine d’un train et dont le visage de l’auteur nous est clairement montré. A la scène suivante, nous avons la surprise de nous retrouver à nouveau en compagnie du tueur alors qu’il fait sa toilette. Tout en se pomponnant, ce dernier se présente -John Harrington- et nous révèle qu’il souffre de paranoïa. Mieux, il s’accuse de plusieurs meurtres antérieurs à celui que nous l’avons vu commettre lors de la scène précédente. Il ignore encore pourquoi mais il éprouve des pulsions meurtrières à chaque fois qu’il se trouve en présence d’une femme en tenue de mariée ou que celle-ci s’apprête à convoler en justes noces. Avouez que pour quelqu’un qui travaille exclusivement dans le prêt-à-porter destiné aux jeunes mariées, cela devient franchement problématique. En tout cas, les intentions de Mario Bava sont limpides. Il souhaite conter son histoire du point de vue du tueur et non plus de celui des victimes potentielles. Là où le giallo classique repose sur la quête de l’identité du coupable, Une Hache pour la lune de miel se propose de jouer dans un autre registre, reléguant l’aspect policier au second plan au profit d’une approche plus intime qui vise à percer le mystère entourant l’origine de la psychose meurtrière de l’assassin.



Ce qui frappe de prime abord, c’est l’extrême lucidité dont fait preuve John Harrington à propos de son cas personnel. Il se sait malade mais nous décrit le plus simplement du monde ses agissements et le moyen qu’il utilise dans la majorité des cas pour se débarrasser des corps. La présence permanente de mannequins à son domicile lui permet d’agir en toute impunité et le plus simplement du monde, sans avoir à souffrir de quelques regards indiscrets. Sur la base de ses propos, nous pouvons dresser un portrait robot type de ses victimes. Celles-ci sont donc généralement jeunes, pas insensibles à son charme (cela dit tout relatif) et disposant d’un flagrant manque de caractère. Ce sont des femmes qu’il peut aisément abuser en usant des prétextes les plus fallacieux, petits êtres fragiles à la merci du premier prédateur venu. Dans ce contexte, on peut s’étonner que Mildred, son épouse tant honnie, ne comptât pas au nombre de ses victimes. C’est que nous touchons là du doigt la véritable personnalité de John Harrington. Sous des dehors de dandy très à l’aise au sein de la jet-set parisienne (car oui, en dépit de noms aux consonances anglo-saxonnes, l’intrigue se déroule à Paris), John se révèle être un homme faible et sans envergure, petitesse que son épouse se plaît à lui rappeler constamment. Comme elle se plaît à lui rappeler également qu’elle ne consentira jamais à divorcer. Si il peut mener sa vie grand train, c’est uniquement grâce à la fortune de Mildred, fortune qu’elle consent à lui octroyer comme pour mieux s’assurer de sa présence à ses côtés. Mildred est une femme dure, une femme à poigne mais aussi une femme amoureuse. Bien que ce ne soit pas réciproque, elle aime John à la folie. Cet amour constitue la principale raison de son refus du divorce. Néanmoins, son refus est également dicté par les apparences. Elle ne souhaite pas se résoudre à une telle extrémité à cause des répercussions que cela pourrait avoir sur son image. Alors elle tolère les écarts de son mari, ignorant bien entendu tout de ses penchants criminels. Tant qu’elle entretient cette froideur et cette rudesse à l’égard de son mari, elle maintient son ascendant sur lui, le reléguant à son statut d’inepte personnage. Mais qu’au détour d’un tête à tête elle vienne à baisser sa garde révélant à son époux tout l’amour qu’elle a pour lui et qu’elle attend de lui en retour, et c’est tout son ascendant psychologique qu’elle perd d’un coup. Par la grâce de ce soudain éclair d’humanité, une barrière tombe dans l’esprit de John. Il n’est plus cet être insignifiant qu’elle se plaisait tant à rabaisser plus bas que terre, il s’aperçoit des forts sentiments qu’il suscite chez elle et qui, quelque part, la place sous sa coupe. Il n’en faut pas plus pour que les forces qui lui faisaient défauts jusqu’alors lui reviennent et lui permettent d’enfin tuer sa bête noire.
Curieusement, Mario Bava ne s’épanche pas sur les quelques scènes de meurtres qui émaillent le récit. Aux effets sanguinolents, il leur préfère des inserts qui se rapportent à la psychose de John, comme autant de bribes de souvenir de l’acte initial qui a servi d’élément déclencheur. Et si John Harrington peine à recoller les morceaux de sa mémoire défaillante, il n’en va pas de même pour nous qui, très vite, possédons toutes les cartes en main pour éventer ce mystère qui a tout du secret de polichinelle. Il y a d’abord la présence incongrue d’un garçonnet blond qui apparaît à John à tout moment, ou encore ses images de sa mère agonisante psalmodiant son prénom. Il ne nous en faut pas plus pour renouer les fils de la mémoire du tueur. Sans doute conscient de la minceur de son mystère, Mario Bava se disperse au point de nimber son film d’une aura fantastique à partie de la mort de Mildred. Une Mildred qui apparaît à tout le monde sauf à son assassin. Une fois son cadavre brûlé, c’est le sac contenant ses cendres qui poursuit John de ses assiduités, quand bien même il s’en soit débarrassé peu avant en le jetant dans la Seine. Nouvelles matérialisations de sa folie, ces événements le renvoient également à son passé, Mildred faisant figure dans son univers actuel de la mère qu’il a perdu. Contrairement à ses autres victimes, Mildred représentait quelque chose pour lui et c’est une partie de sa vie qui s’en est allée en même temps qu’elle exhalait son dernier souffle. Son obsession qui concerne sa présence ou non témoigne de l’importance qu’elle avait pour lui. Il a en quelque sorte perdu sa mère pour la seconde fois et, à ce stade du récit, il a bientôt achevé son parcours mémoriel à rebours.



Une Hache pour la lune de miel nous montre un Mario Bava en roue libre tentant tant bien que mal de réaliser son Psychose à lui (la référence devient particulièrement évidente lors de l’assassinat de Mildred). Sa réalisation nous offre peu de fulgurances, et le bonhomme se permet même de s’auto citer en incluant des extraits de son film Les Trois visages de la peur à son récit. Peu enclin à travailler sur un matériau solide, Mario Bava ne se laisse pas démonter et agrémente son histoire d’une enquête policière menée très tranquillement par un inspecteur qui semble avoir servi de modèle au célèbre Colombo. Cela donne lieu à des scènes assez effarantes entre un tueur au calme olympien et un inspecteur sûr de son fait mais qui préfère les sous entendus à une arrestation en bonne et due forme. Duel sans saveur d’un film lui-même pas très relevé. Il ne faut peut-être pas chercher plus loin l’origine de cette fausse jaquette qui, à la vente, baptisait ce film La Baie sanglante 2 alors même que l’original ne verrait le jour que deux ans plus tard. Que voulez-vous, les impératifs commerciaux sont tels qu’on n’est plus à une aberration près pour écouler sa marchandise.

Bénédict Arellano

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