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Fuga dal Bronx. 1983.
Origine : Italie
Genre : Action
Réalisation : Enzo G. Castellari
Avec : Mark Gregory, Henry Silva, Giancarlo Prete, Ennio Girolami...




A la pointe du modernisme rétro, au sommet du film d'action débile, Les Guerriers du Bronx connut en son temps un joli succès, justifiant dans la foulée la mise en chantier d'une séquelle. Enzo G. Castellari revint ainsi aux manettes, trop heureux de réussir à se faire remarquer dans une décennie fatale aux grands anciens du cinéma italien. Par contre, ses scénaristes s'en sont allé, laissant leur place à Tito Carpi. Pas un nouveau venu, puisqu'il collabora une dizaine de fois avec Castellari, notamment pour des Nouveaux barbares qui plongèrent le réalisateur dans le genre urbano-punk. L'histoire qu'il nous raconte n'embraye pas directement sur le dénouement des Guerriers du Bronx, mais ça aurait pu. Le Bronx est en proie aux attaques perpétrées par les salopards d'affairistes venus des beaux quartiers. Ce qu'il reste des gangs a plus ou moins fusionné, et se retrouve acculé dans les sous-terrains, là où a priori les autorités ne viendront pas les dénicher. C'est du moins ce qu'ils pensent. Mais l'inévitable Trash (Mark Gregory) les avertit : cette fois, c'est du sérieux. Un promoteur immobilier du nom de Clark (Ennio Girolami, frère d'Enzo Castellari) a décidé de faire main-basse sur le Bronx, confiant l'expropriation des occupants au vilain Floyd Wrangler (Henry Silva). On ne peut les laisser faire, surtout qu'ils viennent de tuer les parents de Trash. Pour contrer tous ces pourris, une solution s'impose : kidnapper Clark, ce qui forcera les vilains immobiliers à négocier. Pour accomplir cette tâche, Trash s'en va demander de l'aide à Strike (Giancarlo Prete), légende vivante du banditisme vivant avec son fils (le fils Prete) quelque part sous le Bronx.



Cette fois, on ne rigole plus. Trash est remonté : ses parents sont morts cramés au lance-flammes et le Bronx tout entier est en péril. L'ex chef des Riders mène la résistance avec l'aide d'une journaliste crypto-marxiste dont les hauts cris sur le fascisme et l'impérialisme n'ont pas été entendu par ses pairs. Et pourtant, les faits sont là, évidents : non, Clark ne projette pas de reloger les expulsés au Nouveau-Mexique : il les fait exterminer par cette crapule de Wrangler. Encore faut-il que ces faits s'ébruitent en dehors du Bronx. Pas évident, puisque personne n'a pensé à aller vérifier, ni même à aller au Nouveau-Mexique voir si il y avait effectivement des nouveaux habitants. Maladroit, le contenu politique du film de Castellari ne fait pas dans la demi-mesure. Ce sont les gentils du Bronx contre les méchants d'ailleurs, et c'est tout. Si ce n'est pour cette journaliste née dans le Bronx, aucun média ne cherche à voir plus loin que les déclarations de Clark. Le sujet des médias corrompus et / ou manipulés était à portée de scénario, mais Castellari et Carpi se gardent bien d'aller aussi loin. Les Guerriers du Bronx 2 n'a pas été fait pour faire dans la subtilité, pas même dans son contenu politique. Le réalisateur préfère de loin en rajouter encore et encore sur l'incommensurable immoralité de ses promoteurs immobiliers. Entre deux scènes d'assaut en grandes pompes, il ne résiste pas au plaisir d'inventer de nouvelles tares à ses méchants : les coups bas entre eux, les petits mots aussi gratuits que racistes, et même les liens qu'ils entretiennent avec des politiciens pas assez pourris à leur goût. Pensez-donc : pour leur laisser le champ libre, ces salauds là exigent la construction d'un hôpital pour enfants ! Intolérable ! Castellari a recours à des capitalistes du XIXème siècle, de ceux qui sauraient relancer la lutte des classes en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. La journaliste contestataire apparaît comme l'exact opposée : une communiste outrancière, toujours sur le qui-vive de la Révolution. Et au milieu de tout cela, Castellari en oublie le principal : politiser Trash et les habitants du Bronx, au moins un minimum. Ceux-ci n'ont aucune revendication politique et se contentent de défendre ce qu'ils ont, en vociférant des grossièretés toutes les deux phrases. L'impression qu'ils ne comprennent rien à ce qui se passent est saisissante : il leur faut la journaliste pour commencer à développer des ébauches d'idées. Déjà pas aidé par son look de metalleux romantique, le personnage de Mark Gregory (qui joue toujours aussi mal) n'en apparaît que comme plus nigaud, à rejouer une nouvelle fois le coup du gars-sympa-endurci-par-une-vie-dans-la-misère. Les gros durs du sous-sol sont profondément infantilisés, ce qui est tout de même un comble. La présence des fameux "Iron Men" du premier film avec leurs chorégraphies et leurs costumes argentés vient en rajouter une couche sur la mauvaise impression que laisse ce peuple du Bronx. Pour le coup, la sympathie ressentie pour le Bronx provient davantage de l'insistance sur les défauts des méchants que sur l'humanité des victimes.



Ce traitement particulièrement indélicat des personnages est cependant à relativiser : Castellari ne fait après tout que se simplifier la vie pour mieux exposer ses scènes d'action. Occupant une large partie du film, celles-ci donnent dans la démesure la plus irréaliste. Explosions, coups de feu, incendies, battes de base ball, tout y passe de nombreuses fois, au point de devenir répétitif. L'emploi abusif de ralentis réduit Les Guerriers du Bronx 2 au rang de caricature de film d'action, et les effets spéciaux médiocres trahissent l'incapacité à assumer cette débauche de violence (à ne pas rater : l'emploi d'un mannequin désarticulé censé représenter un pilote d'hélicoptère en pleine chute). Plus regrettable encore est le manque d'identité de cette séquelle : là où le premier film parvenait à palier sa crétinerie en ayant recours à des gangs très "baroques", et donc à des combats qui ne l'étaient pas moins, cette suite ne montre aucun goût pour le mauvais goût. Malgré ses pléthoriques scènes d'action, Les Guerriers du Bronx 2 est désespérément fade. Plus d'hommes des cavernes, plus de bandits disco, plus de motards cloutés, plus de gymnases rouge vifs... Les Iron Men, seuls représentants du premier film, ne font que de la figuration. Ne subsiste donc que l'opposition réductrice entre Trash et un Henry Silva à côté de son sujet. Ceci encadré par les agitations d'un film d'action certes généreux, mais finalement quelconque.

Loïc Blavier

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