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Il Furto è l'anima del commercio!?. 1971.
Origine : Italie
Genre : Comédie
Réalisation : Bruno Corbucci
Avec : Alighiero Noschese, Enrico Montesano, Pia Giancaro, Francis Blanche...


Il y a des fois où on se dit que l'image caricaturale que se voient imposés les Italiens en France est totalement justifiée. C'est le cas avec cette Grosse Combine, une comédie typiquement latine réalisée par un des plus prolifiques artisans du genre, Bruno Corbucci, frère de Sergio, qui consacra une très grande partie de sa carrière à la comédie en tant que réalisateur ou que scénariste, écrivant ainsi une vingtaine de films avec Antonio De Curtis, plus connu sous le nom de Totò (peut-être le comique italien le plus célèbre).
Mais pas de Totò dans La Grosse Combine, même si l'esprit burlesque demeure. Le film est une longue aventure dédiée à ses personnages, des bandits sympathiques pour lesquels "le vol est l'âme du commerce" (traduction littérale du titre italien, et qui constitue une des répliques). Il y a deux vraies têtes d'affiches, Alighiero Noschese (vu dans quelques comédies) et Enrico Montesano (vu dans plein de comédies). Le premier joue le Baron Gaetano Gargiulo, un aristocrate escroc qui voit la vie en rose et qui aime de temps à autres se retrouver en prison, où il a plein d'amis, y compris parmi les gardiens. Le second est Libero, le jeune époux imbécile de la nièce du Baron, venu à Naples auprès du "tonton" pour trouver du travail. En compagnie de quelques autres bandits tout aussi peu sérieux (un ancien général nazi sénile joué par Francis Blanche, un homosexuel nommé "Poupinette", une brute se faisant appeler "Jack l'Eventreur", un bègue) et de l'épouse de Libero (Pia Giancaro, qui d'habitude préfère se dévêtir dans des giallos ou des sexy comédies), ils vont préparer le cambriolage de la réserve financière du Loto italien.

Voilà donc une heure et demie d'Italiens qui déversent un flot de paroles non-stop, parfois tous en même temps, avec une fréquente propension à accompagner leurs mots de leurs mains. Même Francis Blanche, qui n'est pas italien, joue le jeu en ayant recours au salut nazi pour un oui ou pour un non. Un personnage comme le bègue, qui par son handicap ralentit le débit verbal de ses collègues, sera là pour accentuer par contraste cette caractéristique du film, et ne pourra se fondre dans le moule qu'en déclamant ses phrases sur le rythme de la tarentelle, danse italienne traditionnelle. L'esprit est donc burlesque, les répliques fusent et l'absurde tient une place importante, faisant peu de cas du réalisme. L'un des intérêts est ici de confronter plusieurs personnages à fortes personnalités. Les héros entre eux bien sûr, mais aussi ces mêmes héros face à des personnages secondaires : Libero face à un contrôleur fiscal (joué par Bernard Blier), le même et le Baron face à une grosse ménagère, face à un inspecteur de police zélé, l'ancien nazi qui est envoyé pour draguer la veuve d'un officier de la gestapo etc etc... Corbucci ne se soucie pas du manque de crédibilité de ses situations et il se plaît même à jouer avec, pour encore plus d'humour (une scène de spiritisme dans laquelle le Baron, voulant parler avec son défunt grand-père, tombe sur Hitler !). Tout comme les nombreuses gaffes d'un des deux personnages principaux, qui continuent à remplir le film jusqu'à ras bord de pitreries en tout genres. Evidemment, cette générosité, qui a le mérite d'entretenir un rythme effréné (les décors défilent également à toute allure, et le film se finit même par l'indispensable course-poursuite, ici en side-bikes) aboutit parfois à des gags tout simplement pas drôles, ou à des grimaces qui ne font rire que les fans de Jerry Lewis. Mais dans l'ensemble, il s'agit d'un bon petit film, qui a en plus le mérite de prendre des bandits comme héros, générant plusieurs scènes dans lequelles les autorités sont ridiculisées. C'est assez gratuit, c'est facile, ça n'en fait pas pour autant un film politique, mais c'est toujours appréciable. Et puis signalons les excellentes prestations de tous les acteurs du casting, les deux français inclus (c'était le temps où les comiques français pouvaient s'exiler sans provoquer la honte nationale).

Loïc Blavier

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