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Grease. 1978.
Origine : Etats-Unis
Genre : Comédie musicale
Réalisation : Randal Kleiser
Avec : John Travolta, Olivia Newton-John, Stockard Channing, Jeff Conaway...




C’est la rentrée à Rydell High. Danny Zuko, leader des T-Birds retrouve sa bande et, devant l’empressement de celle-ci, raconte ses exploits estivaux en compagnie de Sandy, repartie depuis dans son Australie natale. Ce qu’il ignore, c’est que cette dernière est finalement restée et intègre elle aussi Rydell High. Là, elle fait la connaissance des Pink Ladies, auxquelles elle raconte sa romance estivale. N’appréciant guère ses attitudes de sainte nitouche, Rizzo, la Pink Lady en chef, s’arrange pour que Danny et Sandy se retrouvent, connaissant d’avance le résultat. Danny, prisonnier de ses allures de macho, éconduit Sandy au grand dam de la jeune fille, profondément blessée. Il n’aura ensuite de cesse de la reconquérir.

A la base, Grease est une comédie musicale qui a été présentée la toute première fois en juin 1971 dans un petit théâtre expérimental de Chicago. Repérée par deux producteurs new-yorkais, elle a fait l’objet de quelques modifications avant d’être présentée une première fois off Broadway en février 1972 puis à Broadway au mois de juin suivant, preuve de l’incroyable engouement que cette comédie musicale a suscité. Un succès qui devient même international, le spectacle ayant été par la suite traduit et monté dans de nombreux pays. Face à un tel triomphe, il était inévitable que le cinéma finisse par s’y intéresser un jour. D’ailleurs, d’autres succès du disque et de la scène avaient déjà engendré des adaptations cinématographiques comme Jésus Christ Superstar de Norman Jewison ou Tommy de Ken Russell. De plus, de par ses personnages d’étudiants baignant dans le rock et les voitures customisées, Grease s’inscrit dans la lignée de American Graffitti et de sa déclinaison télévisuelle, Happy Days, deux autres succès générationnels.



Et de succès, Grease le film en fut un autre, doublé d’un phénomène de société. Parallèlement au film, la bande originale a elle aussi trusté le sommet des charts avec en figure de proue les deux duos entre Olivia Newton-John et John Travolta : "Summer nights" et "You’re the one that I want". Pour la première, chanteuse britannique ayant réussi à se faire un nom sur la scène country, Grease n’est qu’un jalon de plus dans une carrière toute auréolée de gloire. Quant au second, le film de Randal Kleiser contribue à asseoir un peu plus son statut de star, un an seulement après la déferlante Saturday Night Fever (La Fièvre du samedi soir de John Badham). John Travolta confirme ici son aisance à danser, évoquant par ses déhanchements et son look, le King Elvis Presley en personne. Par contre, au niveau de l’interprétation, son jeu laisse à désirer, accordant une trop grande place au cabotinage. C’est d’ailleurs un reproche que l’on peut faire à la grande majorité de la distribution. Quoique ce jeu outré paraît surtout lié au contexte de la comédie musicale, et d’une volonté d’ensemble de conférer au film un aspect insouciant et gai. Une intention louable, d’autant qu’il n’y a rien d’infâmant à vouloir transmettre du bonheur aux spectateurs. Et à en juger par la pérennité du film -de nouvelles générations en sont devenues accrocs-, la recette utilisée s’avère des plus efficaces. Du coup, je m’en voudrais presque de venir jouer les tristes sires… Quoique non en fait, tant je me suis copieusement ennuyé devant ce spectacle gentillet jusqu’à l’écoeurement.
Grease se résume donc à une amourette d’été qui trouverait un prolongement l’année scolaire suivante. La première scène du film donne le ton : un gars et une fille au bord de la plage profitent des derniers instants de leur idylle. Ils sont mignons tout plein à se rouler dans le sable et à se laisser submerger par les flots. Dommage que le garçon ait tenté de donner des allures moins chastes à leur relation en laissant quelque peu dériver ses mains en direction de la poitrine de la jeune fille. Sans un réflexe salvateur de celle-ci, c’est toute leur histoire qui s’en serait retrouvée ternie. Ce qui aurait été bien dommage. On ne peut faire plus nunuche comme entame, et la suite sera à l’avenant. Ce terme de nunuche est celui qui caractérise le mieux Sandy. Petite blonde nature qui croit encore au prince charmant, elle ne boit ni ne fume. Elle incarne la fille bien sous tous rapports, rassurante quoique un peu ennuyante, à laquelle on pourrait confier le bon dieu sans confession. A côté d’elle, Danny est un petit diablotin. Fumeur, coureur de jupons et bagarreur, il représente son exact contraire. Et comme les contraires s’attirent… Mais du marlou, lui et sa bande n’en ont que le style. Au fond, chacun d’entre eux n’aspire qu’à trouver chaussure à son pied, tout comme les Pink Ladies. Le reste ne revêt aucune importance. Les études ? L’année scolaire passe en un éclair, se résumant en une soirée de rentrée, une soirée dansante télévisée et quelques tours de piste autour du grand stade. Seule Frenchy, qui espérait devenir coiffeuse, a droit à des couplets donneur de leçon de la part de Frankie Avalon, lui apparaissant pour lui intimer l’ordre de retourner au lycée plutôt que de rater sa vie. Les parents ? Aux abonnés absents. C’est tout juste si il est fait mention de leur existence. De ce fait, cela permet d’occulter tout ce qui a trait aux clivages sociaux. Quant aux années 50 en elles-mêmes, elles ne servent que de décorum : brillantine à gogo, belles voitures, drive-in, toute la panoplie est de sortie mais pour un résultat nul. La rivalité entre bandes, les T-Birds contre les Dragons, est amorcée mais celle-ci se limite à une course peu palpitante entre les deux leaders. Tout contribue à faire de Grease un spectacle parfaitement inoffensif et passe-partout, entièrement tourné vers sa romance cul-cul la praline. Bien sûr, il reste les chansons et leurs chorégraphies, raisons d’être du film. Et bien, même à ce niveau là, nous ne sommes pas gâtés. Peu inspirées et répétitives, les séquences musicales ne sont pas enjolivées par la mise en scène très statique du réalisateur, digne des retransmissions télévisées de l’époque. En outre, les chansons et leur mise en forme paraissent bien fades, surtout à l’aune de la musique rock qui prenait alors son ampleur. Au rock’n’roll pur et dur, la production préfère une pop aseptisée et consensuelle à l’image du film. Finalement, seule la soirée dansante télévisée relève quelque peu le niveau avec ces pas de danse sauvages et désordonnés dispensés par une horde de lycéens enfin libérés des carcans d’une chorégraphie trop lourde.



Grease fait partie de ces phénomènes cinématographiques dont la découverte ultérieure laisse dubitatif. Léger au point d’être volatil, ce film voulu rock à l’heure du disco ne respire pourtant jamais l’amour de cette musique, contrairement à The Blues Brothers deux ans plus tard. Grease est un film à visée commerciale qui, en ce sens, a parfaitement rempli son contrat, en plus des caisses de ses producteurs. Mais dans le genre comédie musicale pétillante et dynamique, The Rocky Horror Picture Show reste indétrônable.

Bénédict Arellano

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