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Good night and good luck. 2005.
Origine : Etats-Unis
Genre : Film politique
Réalisation : George Clooney
Avec : Jeff Daniels, David Strathairn, Alex Bornstein, Rose Abdoo...


Ah ! Le nouveau film de Clooney ! C’est très, mais alors très enthousiaste que je me suis jeté sur son second film ! Le premier, Confessions d’un homme dangereux, m’avait convaincu qu’au-delà d’une première œuvre réussie, Clooney aimait le cinéma non pas pour son côté glamour, mais pour sa capacité à être un support efficace pour faire passer des idées, des désirs, et des envies.

Good night and good luck, film en noir et blanc ayant pour sujet la lutte contre le maccarthysme, est un film engagé. Je dirais même plus, c’est un très bon film engagé. Allez, soyons fou, c’est un très bon film engagé, de gauche. Clooney, de nouveau réalisateur, ainsi que coscénariste avec Grant Heslov, se lance dans une œuvre des plus compliquées. Pourquoi compliquée ? Parce qu’il fait le pari de parler d’un sujet difficile en le rendant le plus moderne possible.

Le maccarthysme est une page très sombre de l’histoire des Etats-Unis, plus connue sous le nom de chasse aux sorcières, époque pendant laquelle il s’agissait de traquer les sympathisants communistes. C’était une chasse politique, qui se servait de la peur que l’URSS inspirait aux Américains. McCarthy, sénateur du Wisconsin, s’acharne alors à travers tout le pays à établir un climat de suspicion. Dans les années 50, McCarthy instaure la théorie, que toute personne suspectée de sympathie avec le parti communiste est « antiaméricaine ». Ainsi, pendant quatre années, McCarthy, qui présidait la commission des affaires anti-américaines, va s’investir à corps perdu dans une véritable chasse qui vise à arrêter et juger les sympathisants communistes et ainsi nettoyer les institutions du pays. Ses victimes sont nombreuses, et surtout, ses méthodes apparaissent comme antidémocratiques. Les condamnations sont arbitraires, et c’est dans ce climat agité que des hommes vont dénoncer ces horreurs. Edward R. Murrow, présentateur de l’émission « See it now », émission d’actualité de CBS, va, à l’aide de toute son équipe de journalistes, lutter et dénoncer les égarements de la chasse aux sorcières. Soumis à de nombreuses pressions, l’équipe va pourtant, au final, réussir à faire chuter McCarthy qui sera lâché par le Sénat lui-même.

A partir d’un sujet retraçant comment une équipe de rédaction de télévision va combattre le maccarthysme, Clooney jette son dévolu sur une approche plus moderne du sujet, en s’interrogeant sur le rôle du média qu’est la télévision. De plus, il se plait à faire passer, avec un souci d’authenticité, à l’aide de documents télévisuels dont il se sert pour illustrer son film, un message simple mais juste : notre liberté est au prix de nos pensées. C’est ainsi qu’on pourrait relater le discours de ce film militant. Car oui, c’est un film des plus engagés, et des plus modernes. Et c’est cette modernité là qui fait que ce film est engagé. Car s’il raconte effectivement des évènements qui ont plus de cinquante ans, le film rappelle, pour ceux qui l’auraient oublié, qu’aujourd’hui encore, nous sommes sous la contraintes d’hommes et de femmes qui à travers leurs discours et leurs méthodes, qui à travers leur façon de gouverner, bafouent des règles immuables, règles attachées aux droits de l’homme. Ce film ne donne pas de nom, mais je le ferais pour lui. Ce film est un pamphlet, un pamphlet contre l’absurdité de l’administration Bush, qui envoie des hommes et des femmes jouer aux soldats, aux noms de principes démocratiques qui ne sont même pas respectés dans leur propre pays. C’est un pamphlet contre la bêtise humaine qui accepte sans sourciller, que des hommes et des femmes soient jugés sur leurs qualités sociales ou raciales, c’est un pamphlet contre un monde où le média télé est utilisé à des fins de divertissement, d’abrutissement, de propagande pour servir des idées allant à l’encontre de l’humain. C’est un pamphlet contre la télé, véritable instrument de communication dont les capacités d’éducation, de réflexion, d’illumination ne sont pas utilisées, mais au contraire, que ses capacités de démagogie, de tromperie, appuient la dégénérescence d’un public en mal de voyeurisme, qui sous prétexte de se divertir aime entrer dans les pires endroits de son esprit, là où ses pulsions malsaines sont tripotées.

Ce film dit une chose simple : on devrait pouvoir faire une télévision où l’on peut trouver des journalistes qui accusent de façon virulente les dérives des hommes du pouvoir, sans être inquiétés par des pressions politiques ou financières. Ce film dit simplement : nous avons un support extraordinaire qu’est la télévision, et nous n’avons pas le droit de mépriser l’engagement des gens qui ont le courage de dire qu’aller massacrer des populations à l’autre bout du monde, c’est de la connerie.

Mais ce film ne concerne pas que les Américains. Nous aussi, Français, avons beaucoup à apprendre des autres ! Nos médias se nourrissent de Sarkozy et lui ont fournit un merveilleux tremplin vers son accession à l’Elysée. Mais nos médias ne devraient pas lui faire de la lèche, nos médias devraient dire, à nous, Français, qu’il n’y a rien de plus dangereux que l’ignorance et la stupidité consciencieuse, pour reprendre les mots de Martin Luther King. Nos médias devraient s’insurger contre un homme qui tient des propos qui discriminent des populations entières. Le maccarthsyme, c’était ça, la stupidité consciencieuse, et si nous continuons, partout, dans le monde, à être de parfaits idiots, alors un jour, on ne pourra plus ne pas être d’accord avec le pouvoir, et le pouvoir nous fera taire.

Clooney, dit de façon très lucide d’ailleurs : « Malgré la multiplication des médias et des moyens d'information, nous sommes beaucoup moins bien informés qu'il y a seulement quinze ans. Trop souvent, l'information est devenue un business, il n'est plus question de faire savoir mais de vendre. Et puis, les gens ne lisent plus, ils n'écoutent plus. »

Bref, oui, c’est un film militant, mais au delà de son discours, c’est un film qui à l’aide d’un montage et d’un scénario aux services de son histoire et non au service d’un effet stylistique, arrive à retranscrire une atmosphère tendue, une atmosphère où le moindre dire allant à l’encontre de l’autorité pouvait être considéré comme antipatriotique. C’est avec cette tension là que Clooney joue à merveille son rôle de réalisateur, et nous étonne par son côté engagé.

Pour son second film, Clooney confirme son talent. C’est celui de mettre en scène une histoire engagée qui n’hésite pas à égratigner les pouvoirs en place, quels qu’ils soient. N’oubliez pas, il y a bien quatre pouvoirs.

De plus, ce film qui s’avère très riche, est servi par un casting exceptionnel avec dans les deux rôles principaux, un Clooney légèrement en retrait, sobre, jouant le producteur de l’émission « See it now », et dans le rôle de Murrow, un David Strathaim éblouissant, qui joue de façon très mesurée, un homme qui est pour de nombreux journalistes une des références dans leur métier. La photo en noir et blanc est superbe, et la musique jazzy qui accompagne le film nous prend aux tripes lors de passages envoûtants où les poils hérissés, je me sentais fier d’hommes qui avaient combattu contre l’oppression et pour plus de justice. Malheureusement, cela ne se fait jamais sans mal…

Voyez le film, même si ce n’est pas un film grand public, c’est un film utile, et important.

Good night and good luck.

Jérémie Conde

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