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Ginger Snaps. 2000.
Origine : Canada
Genre : Fantastique adolescent
Réalisation : John Fawcett
Avec : Katharine Isabelle, Emily Perkins, Kris Lemche, Jesse Moss...




Dans une petite bourgade du Canada, les chiens périssent les uns après les autres, dévorés par un monstre invisible. Pour se venger d’une camarade de classe peu sympathique à leur égard, Brigitte (Emily Perkins) et sa sœur Ginger (Katharine Isabelle) décident de se servir de la psychose ambiante pour kidnapper son chien et de lui faire subir les pires outrages en toute impunité. Manque de bol, elles se font attaquer par le monstre –un loup-garou–, Ginger subissant de multiples blessures avant que la bête ne meure sous les roues d’une camionnette. De retour chez elles, les deux sœurs s’aperçoivent à leur grand étonnement que Ginger a déjà presque totalement cicatrisé. Les jours suivants, l’étonnement initial laissera place à la peur devant les changements de plus en plus visibles de Ginger.



Petit quizz pour vous amis lecteurs : Quel est le point commun entre le comte Dracula, la créature de Frankenstein, la momie et le loup-garou, en dehors du fait qu’ils fassent tous parti du bestiaire du cinéma fantastique ? Réponse : ce sont tous des personnages à la destinée hautement tragique que le cinéma actuel s’entête à dénaturer en les mettant au goût du jour à destination d’un public plus jeune. Et la réussite de l’entreprise est loin d’être au rendez-vous. A sa manière, John Fawcett s’inscrit dans cette logique en reprenant à son compte la mythologie du loup-garou et en l’insérant dans le milieu adolescent. Toutefois, au contraire d’un Teen wolf avec Michael J. Fox, Ginger snaps se caractérise par une approche plus sérieuse de son sujet. Avec cette histoire de deux sœurs prétendument jumelles obsédées par la mort, Ginger snaps se nimbe très vite des oripeaux du drame. En cela, le film s’inscrit dans la droite lignée d’une mythologie qui fait des loups-garous des êtres maudits ne pouvant maîtriser leurs pulsions animales, leur étant totalement assujettis.
Dans la paisible ville de Bailey Downs (le massacre des chiens s’effectue dans l’indifférence générale, les maîtres concernés exceptés), Brigitte et Ginger font figures de marginales. Elles n’ont pas d’amis (pas besoin puisque chacune est la meilleure amie de l’autre) et elles préfèrent disserter de la mort et la meilleure façon de mettre fin à leurs jours plutôt que des mecs et du bal de fin d’année. En fait, elles n’assument pas leurs changements morphologiques, se cachant derrière des vêtements informes pour ne pas attirer les regards. Un bien mauvais calcul puisque la différence finit toujours par attirer l’attention. En vérité, les deux adolescentes s’avèrent comme toutes les autres, en constante rébellion contre leur génitrice. Dans ce cas précis, leur mère se montrant ouverte aux différentes questions afférentes à leur sexualité et à leur entrée dans l’âge adulte, il paraît logique que les deux sœurs se renferment davantage sur elles-mêmes. Elles se refusent à abonder dans son sens, préférant lui opposer un profond mépris plutôt que s’ouvrir au dialogue. En somme, elles se comportent comme de parfaites adolescentes. De ce point de vue, John Fawcett donne une image assez convenue de la vie des deux jeunes filles et de leur environnement. Jolie fille populaire et un peu pimbêche, garçons travaillés par leurs hormones, beau ténébreux qui s’intéresse à la godiche... Tous les ingrédients de ce qu’on appelle communément le « teen movie » sont réunis. Et rapidement, du fait de l’introduction de l’élément fantastique, Ginger snaps évoque sans détour le Carrie de Brian De Palma. Dans l’un comme l’autre, le passage de l’adolescence à l’âge adulte via les premières règles se double d’une mutation plus profonde du personnage concerné : la résurgence des pouvoirs télékinésiques pour Carrie, la lycanthropie pour Ginger. Cependant, les deux réalisateurs diffèrent par leur traitement de l’élément fantastique. La télékinésie dans Carrie n’occupe finalement qu’un rôle accessoire dans le récit, servant juste de caution spectaculaire à un final dantesque. Passée la découverte de ses pouvoirs qui conforte l’image d’anormale qu’on lui renvoie constamment à la figure, Carrie continue de mener sa petite vie d’enfant sage, s’autorisant tout de même une romance. A l’inverse, la lycanthropie occupe une place de choix dans le film étant la matière à tout une symbolique bien appuyée.
A mesure qu’elle franchit les différentes étapes de sa mutation en loup-garou, Ginger sort de son cocon, s’ouvrant à la sexualité. Terminés les pulls taille XXL, place à des tenues qui épousent généreusement les formes de son corps de femme, qu’elle assume désormais totalement. En outre, les germes du lycanthrope qui sommeille en elle lui confèrent plus d’assurance, lui permettant de sortir avec le gars qui lui faisait les yeux doux. De manière assez facile et grossière, John Fawcett utilise l’imagerie du loup-garou comme une métaphore du passage de l’adolescence à l’âge adulte. L’appétit de la bête n’a donc d’égal que celui grandissant d’une adolescente pour les choses du sexe, et les transformations physiques et physiologiques inhérentes à la malédiction font naturellement écho à celles de tout individu à l’heure de la puberté. En outre, le réalisateur dote son film d’un message préventif à l’attention de la jeunesse (public ouvertement visé) via la transmission du mal de Ginger à son petit ami lors d’un rapport sexuel non protégé. Et oui ! Comme le sida ! Tout cela donne l’impression que John Fawcett souhaite sortir coûte que coûte son film du seul genre fantastique en lui octroyant un sous texte immédiatement identifiable et propre à l’analyse. Or, au-delà de l’analogie lycanthropie – adolescence, le film ne va pas chercher bien loin. La vie de famille des deux sœurs, par exemple, se limite aux clichés d’usage avec une mère très présente (une Mimi Rogers complètement à côté de la plaque) et un père aux abonnés absents. Et lorsque au détour d’une scène, le film semble s’orienter vers une voie originale (la mère, découvrant le corps de la jeune fille disparue dans la cabane de son jardin, annonce à Brigitte qu’une fois qu’elles ont récupéré Ginger, elles s’en iront toutes les trois loin de tout ça), John Fawcett le réaiguille aussitôt en se recentrant sur les deux sœurs et leur combat inéluctable. Le réalisateur n’a pas cherché une fin originale, concluant Ginger snaps comme bon nombre films de monstres. Et compte tenu de la relation quasi fusionnelle qu’il a établi entre les deux sœurs, ce final sonne comme une faute de goût, excluant toute émotion au profit d’un étalage de sang.



Plutôt mal servie au cinéma, la figure du loup-garou ne trouve pas ici une seconde jeunesse. Que John Fawcett se soit affranchi des règles d’or de la mythologie (la pleine lune, les balles d’argent) n’est pas un problème dans le sens où toute nouvelle approche d’un mythe est souvent préférable à un pâle recensement de ses éléments constitutifs. Néanmoins, le côté « teen movie » du film se marie mal avec l’aspect sombre et tragique du loup-garou. Alors que le film se veut des plus sérieux, le ridicule rattrape de nombreuses scènes, en grande partie véhiculé par des maquillages guère convaincants, mais surtout du fait d’une interprétation globalement déplorable. A la piètre prestation de Mimi Rogers que j’ai déjà évoquée, s’ajoute celles de Emily Perkins et de Katharine Isabelle dont le jeu tout en moues boudeuses sonne le plus souvent faux. Mystère du cinéma (enfin, surtout du marché de la vidéo), Ginger snaps a suffisamment fonctionné pour engendrer deux suites à l’intérêt tout relatif.

Bénédict Arellano

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