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I Giganti della Tessaglia. 1960.
Origine : Italie / France
Genre : Peplum
Réalisation : Riccardo Freda
Avec : Roland Carey, Alberto Farnese, Ziva Rodann, Alfredo Varelli...




En l’an 1250 avant Jésus Christ, la Thessalie est au bord de l’implosion. Subissant de plein fouet la colère des dieux, les Thessaliens placent leur dernier espoir en leur roi Jason, parti l’année précédente avec une cinquantaine de vaillants compagnons à bord de l’Argos en direction de la Colchide, afin de trouver puis de ramener la toison d’or, témoignage de la divine prédilection de Zeus. En son absence, c’est Adraste, son cousin, qui occupe le trône. En public, il se montre confiant quant à la réussite de la mission de Jason, lui témoignant un profond respect. Or, en coulisse, il montre un tout autre visage, celui d’un homme assoiffé de pouvoir qui ne souhaite que l’échec de cette épopée pour pouvoir à la fois s’emparer définitivement du trône et de l’épouse de son cousin. Il est plus que temps pour Jason d’accomplir sa mission, auquel cas il perdrait tout ce qui lui est cher.

Avant même que le péplum ne devienne un genre porteur en Italie, Riccardo Freda s’était déjà illustré dans le domaine avec notamment Spartacus (1953) puis Théodora, impératrice de Byzance (1954). Il allait donc de soi qu’il y revienne au moment de son apogée, et c’est ce qu’il fit avec ce Géant de Thessalie qui s’inspire de loin du voyage de Jason et de ses Argonautes. Selon la légende, Jason -qui n’est pas encore roi- et ses Argonautes affrontent de nombreux périls avant de toucher au but. De plus, l’équipage de l’Argos fourmille de héros grecs tels Héraclès, Orphée, Thésée ou encore Castor et Pollux, signe que les Argonautes sont bien plus que des sous-fifres. Et bien sûr, l’intervention divine compte aussi pour beaucoup dans la réussite de l’entreprise, l’avenir de Jason étant souscrit à une prophétie. Pour illustrer la légende, Riccardo Freda décide de tailler dans le vif du sujet, écartant du revers de la main tout ce qui a trait au divin. De même, les Argonautes sont condamnés à ne jouer que les utilités, aucuns d’entre eux n’étant suffisamment développés. Le choix du titre -Le Géant de Thessalie- paraît alors sans équivoque, Jason doit être LE héros du film sans que personne d’autre ne lui fasse de l’ombre. Or dans les faits, c’est loin d’être aussi évident.



Riccardo Freda fait le choix du récit parallèle, scindant sa narration en deux avec d’une part la cour du roi par intérim Adraste et son vil complot, et d’autre part le voyage périlleux de Jason et les Argonautes. Toutes les scènes qui se déroulent à la cour du roi par intérim ne brillent pas par leur fol intérêt. Passée la première qui a le mérite de nous présenter l’état de délabrement du royaume de Thessalie et de dessiner les contours de la menace qui pèsera sur un Jason revenant triomphant de sa quête, les fréquents retours qui suivent n’apportent que redondance au récit. Certes, ces scènes permettent d’asseoir un peu plus la statut de grand méchant de Adraste mais dans le même temps, on a vite fait le tour de ses ambitions (en gros, il attend que les Thessaliens aient perdu tout espoir de voir revenir Jason avec la toison d’or pour se proclamer nouveau roi de Thessalie) et à force de ces retours incessants, la quête de Jason en perd toute sa saveur. Une saveur déjà bien fade tant Riccardo Freda ne parvient jamais à donner à ce voyage toute l’envergure qui lui siérait. Dés la première scène à bord de l’Argos, alors que le navire et son équipage affrontent une violente tempête, la mise en scène de Freda manque d’ampleur. Bien évidemment, sa réalisation reste tributaire des conditions de tournage en studio qui lui interdisent, notamment, des plans larges sur le navire ballotté par les flots, néanmoins il peine à rendre le danger palpable, se contentant de micros péripéties comme ce sauvetage d’un homme à deux doigts de passer par-dessus bord. Le péplum a toujours eu un côté théâtral très appuyé que Le Géant de Thessalie ne parvient jamais à éviter. Ainsi tout sonne faux, de cette tempête maritime aux vagues émanant de seaux d’eau que l’on jette sur le pont d’un bateau factice aux combats à l’épée qui closent le récit, desquels n’émane aucune violence. Autre grief fréquemment énoncé à l’égard des péplums, la transparence récurrente des héros du fait d’acteurs qu’on engage avant tout pour leur imposante musculature au détriment de leurs qualités d’interprétation. Jason n’a rien à voir avec toute cette flopée de demis dieux qui pullulent dans la mythologie grecque. Il s’agit d’un homme que seuls son courage et son abnégation placent au-dessus du lot du commun des mortels. Par conséquent, nul besoin de faire appel à un monsieur muscle pour l’incarner, ce que n’est assurément pas Roland Carey. Le hic c’est qu’il n’est pas non plus un bon acteur, échouant à conférer toute l’aura héroïque de Jason. A sa décharge, il faut reconnaître qu’il n’est guère aidé par les choix initiaux de Riccardo Freda. Alors que l’éviction de toute intervention divine aurait dû permettre aux exploits de Jason d’être plus retentissants, c’est tout le contraire qui se produit, la faute à un nombre d’épreuves faméliques et à un trop plein d’ellipses. De plus, si l’on excepte sa victoire contre le cyclope et la récupération de la toison d’or (au bout d’une ascension plutôt tranquille sur le flanc d’une statue monumentale), Jason n’a guère l’occasion de s’illustrer. Il paraît même des fois complètement à côté de la plaque, comme sur cette île peuplée de femmes aussi magnifiques que tentatrices qui transforment tout l’équipage en moutons, et où il ne comprend rien à ce qu’il se passe. Nous le voyons alors assister médusé à une querelle entre les deux sœurs dont la rivalité permanente est à l’origine de tout ceci. Et si les Argonautes finissent par retrouver forme humaine, ce n’est pas grâce à lui. Difficile après ça de croire en son autorité, d’autant que par la suite, il éprouvera bien du mal à trancher concernant le sort d’un jeune couple, dont la présence de la moitié féminine, comme chacun sait, est source de malheur sur un bateau. Il se posera moins de questions lorsqu’il s’agira de tuer son cousin, quand bien même celui-ci utilise son fils comme garant de sa survie. A son manque de stature s’ajoute alors l’absence de la fibre paternelle.



Le péplum est plutôt chiche en chefs d’œuvre mais au moins fourmille t-il d’une ribambelle de films aussi sympathiques par leur aspect fauché que par leurs enchaînements de péripéties échevelées. Sympathique, Le Géant de Thessalie ne l’est guère. Je dirais même qu’on s’ennuie ferme, un comble au regard de la légende que ce film tente de retranscrire. La totale absence de merveilleux, d’épreuves digne de ce nom et d’un méchant suffisamment charismatique (avec son collier de barbe à la Robert Hue, Adraste n’effraierait que les nostalgiques du communisme) déshonorent la légende. Heureusement pour Jason, les prouesses de Ray Harryhausen redoreront son blason quelques années plus tard pour un Jason et les Argonautes autrement plus enthousiasmant.

Bénédict Arellano
le 16/12/2008

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