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The Funny Man. 1994.
Origine : Royaume-Uni
Genre : Horreur pour de rire
Réalisation : Simon Sprackling
Avec : Tim James, Benny Young, Matthew Devitt, Pauline Black...




Au cours d’une partie de poker, le producteur de musique Max Taylor gagne un manoir dans la campagne anglaise, en détroussant le mystérieux Callum Chance. Un patronyme qui ne va pas lui porter bonheur puisque cette bâtisse, comme il l’apprendra très vite, est occupée par un bouffon particulièrement démoniaques.



Les années 90 ont été fatales aux deux figures les plus marquantes du cinéma fantastique de la décennie précédente, j’ai nommé Freddy Krueger et Jason Voorhees. Le premier exhale son dernier souffle dans le fort à propos La Fin de Freddy (1991), lorsque le second patiente deux ans de plus pour le rejoindre en Enfer dans le bien nommé Jason va en Enfer (1993). Dès lors, même si il se murmure en cette année 1994 que le tueur de Elm street devrait sévir à nouveau sous la houlette de son créateur, le genre se cherche de nouvelles icônes. Le terrain est donc libre aux ambitieux. Candyman, adaptation d’un roman de Clive Barker, ouvre la voie dès 1992. Le suivent l’année suivante Leprechaun et en 1994 Brainscan et son vilain monstre baptisé The Thrickster. Mais si les deux premiers croquemitaines cités connaîtront quelques suites, aucun d’eux n’élèvera son nom au panthéon des grands monstres du fantastique. Le salut du genre pourrait-il alors venir du vieux continent ? En tout cas, en cette année 1994, l’anglais Simon Sprackling s’y emploie avec Funny Man (que l’on peut aussi trouver sous le titre Le Bouffon de l’horreur), un premier film brouillon mais qui a le mérite de vouloir briser quelques règles immuables du genre.
Par essence, le croquemitaine aime à s’attaquer à nos charmants bambins. Le cinéma ne pouvant bien souvent pas être aussi extrême, l’âge des victimes dans les films d’horreur a sensiblement été vieilli. Il en résulte une ribambelle de bandes horrifiques à base de jeunes gens en goguette, dont l’insouciance, l’appétit sexuel et le goût pour l’alcool et certaines substances prohibées constituent des appâts de choix. Pour son premier film, Simon Sprackling ne s’embarrasse pas de telles considérations. Nouveau dans le métier, son Funny man ne se montre pas difficile, s’ouvrant à toutes les victimes potentielles, même les habituelles recalées. Ainsi, les enfants de Max Taylor sont inscrits en tête de liste des victimes du Funny man. Si la mort du cadet –en hors champ– laisse imaginer une certaine retenue de la part du réalisateur, le trépas de sa sœur aînée et la manière dont le cadavre du gamin réapparaîtra indique qu’il n’en est rien. Simon Sprackling a avant tout pris le parti de se faire plaisir et donc de se débarrasser de certains tabous. Et sans jouer la carte du gore à outrance, il apporte un soin particulier à chacun des meurtres commis par le Funny man. Chacun d’eux sert de prétexte à de petites scénettes lors desquelles le Funny man fait étalage de toute son imagination. Se succèdent ainsi une partie de football avec une tête en guise de ballon, un sosie de Vulma, personnage issu du dessin animé Scooby-doo, se faisant expulser le cerveau à l’aide d’un gros tromblon, un duel sans merci contre une voyante qui envoie des boules de feu à l’aide de sa main atrophiée, ou encore ce musicien déçu qui s’adonne à un mortel riff de guitare après avoir appris qu’il aurait pu par le passé intégrer les Rolling Stones en lieu et place de Ron Wood (sic !). Funny man se présente donc comme un mélange de non-sens "so british" et d’humour potache. Immanquablement, l’ombre de Freddy Krueger plane sur les exactions du bouffon. Comme son homologue, il entraîne ses victimes dans des univers parallèles, aime se travestir et affectionne tout particulièrement les bons mots. Toutefois, là où l’humour noir du tueur de Elm street, allant crescendo au fil des épisodes, ressemblait fort à un stratagème pour adoucir la tonalité de l’ensemble, celui dispensé par le Funny man répond à la logique même du personnage. En bon bouffon qu’il est, il s’escrime avant tout à amuser la galerie. A ce titre, les regards caméra sont légion, le Funny man n’hésitant jamais à nous prendre à partie. Honnêtement, si le personnage déploie une belle énergie, c’est le plus souvent en vain tant son humour tombe généralement à plat. D’ailleurs, le niveau des dialogues se montre d’une indigence rare, en conformité avec le profil psychologique des personnages.
Il est de notoriété publique que les personnages de bon nombre de films fantastiques à base de croquemitaine ne brillent pas par leur psychologie approfondie. Ils ne sont que des archétypes au service d’un scénario extrêmement balisé. De fait, on peut se lamenter de voir qu’il s’en trouve quand même toujours au moins un pour triompher du Mal. Simon Sprackling a quant à lui choisi de se débarrasser de cette règle quasi immuable d’un revers de main. Dès le départ, il fait peu de cas de ses personnages, tous uniformément stupides. Chaque passage dialogué suscite un fort sentiment d’incrédulité face à tant de vacuité. Le réalisateur ne s’en cache pas, ses personnages n’ont pour seule fonction que de servir de « 4 heures » à notre boulimique croquemitaine. En ce sens, il ne fait aucun effort pour étoffer son intrigue, ni même justifier un tant soit peu ce qui se déroule à l’écran. Les origines du Funny man et ses motivations profondes nous sont inconnues, tout comme le sera la destination des quatre auto-stoppeurs, qui s’accommodent finalement fort bien de cette petite halte au manoir. Les personnages ne sont pas seulement creux mais aussi excessivement passifs. Hormis la voyante belliqueuse, aucun ne manifeste un réel désir de survivre, tous se laissant embobiner avec une confondante facilité. La victoire écrasante du Mal est donc acquise dès le début, Simon Sprackling ne cachant pas sa fascination pour son monstre. Ce dernier, avec son immense nez aquilin, et son menton proéminent semble d’ailleurs tout droit sorti de la faune de Legend. Quant à la présence de Christopher Lee, elle demeure anecdotique. Il interprète une sorte de Monsieur Loyal dont les accointances avec le Funny man demeurent obscures. Plus prosaïquement, sa présence vaut surtout caution auprès des distributeurs. Et par charité pour l’acteur, je n’évoquerais pas les raisons qui l’ont amené à participer à l’aventure, celles-ci pouvant être révélatrices d’une sénilité avancée.



Ce n’est donc pas avec Funny man que le genre s’est trouvé une nouvelle figure de proue. Ce film ressemble à une énorme farce, un jeu de massacre sans limites réalisé opportunément par un réalisateur qui par la suite n’oeuvrera plus dans la fiction. Déjanté, lourdingue et sans queue ni tête, Funny man parvient néanmoins à séduire le temps d’une scénette plus drôle que les autres, ou par ses effets spéciaux, de très bonne qualité en dépit d’un budget riquiqui. C’est peu, certes, mais pour peu que vous soyez plus sensibles que moi aux films bordéliques respirant la bonne humeur, Funny man est susceptible de faire votre bonheur.

Bénédict Arellano

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