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From Beyond. 1986.
Origine : Etats-Unis
Genre : Horreur
Réalisation : Stuart Gordon
Avec : Jeffrey Combs, Barbara Crampton, Ken Foree, Ted Sorel...


Tout juste un an après avoir éclaboussé tous les spectateurs avec son Re-animator tout dégoulinant de sang, Stuart Gordon récidive avec un From beyond bien visqueux. De quoi enchanter les amateurs de son premier film. Pour ce faire, Gordon s’entoure de la même équipe, à savoir Charles Band et Empire Productions accompagné de Brian Yuzna à la production, Richard Band à la musique, Jeffrey Combs et Barbara Crampton devant la caméra, et Lovecraft pour inspirer tout ce beau monde. Enfin vaguement inspirer, car comme pour Re-animator, la nouvelle éponyme de Lovecraft servant de base au scénario est largement réinterprétée afin de coller aux obsessions de ce pervers de Stuart Gordon.



Dans ce second film il nous raconte donc l’invention de ce curieux engin qu’est le Resonator, une sorte d’appareil étrange composé d’un haut socle, d’une boule luminescente et de larges lames de métal qui vibrent. Ceci est l’œuvre du professeur Pretorius et de son adjoint Thillingast : leur appareil envoie des ondes résonnantes dans la glande pinéale, ce qui permet d’ouvrir les perceptions, de développer l’appétit sexuel ou encore d’accéder à une autre dimension, évidemment peuplée de gros monstres baveux et vindicatifs...

C’est donc avec une joie non dissimulée qu’on retrouve le réalisateur et ses acteurs fétiches dans cette nouvelle histoire horrible. Anciennement Herbert West, Jeffrey Combs joue cette fois le rôle de l’assistant du docteur Pretorius. Quant à Barbara Crampton, son rôle de psychiatre rapidement dévergondée a suffisamment marqué les mémoires pour que le magazine Playboy lui consacre quelques pages ! Avec ce film, le but de Gordon semble assez clair, nous montrer plein de monstres et aller toujours plus loin dans la folie graphique qui caractérisait déjà son premier méfait. L’intrigue est donc généreuse en apparitions dégoulinantes de bestioles de l’au delà, et le film démarre sur les chapeaux de roue. Dès le début nous voyons le fameux Resonator se mettre à fonctionner : une lumière rose violacé vient éclairer le visage de Thillingast, et une sorte d’anguille rosâtre vient flotter dans l’air. La bestiole s’approche du jeune scientifique et montre son hostilité en lui arrachant un bout de joue. Thillingast panique et court chercher Pretorius, véritable instigateur du projet. Celui-ci ne cache pas son enthousiasme, et pousse la machine à fond, jusqu’à ce qu’une autre bestiole arrive et lui arrache la tête.
Le moins qu’on puisse dire est que Gordon ne perd pas de temps, et tout le reste du film sera à l’avenant. Quelques passages plus calmes espaceront les utilisations du Resonator, qui seront marquées par l’apparition de toujours plus de bestioles gluantes. Le scénario du film est clairement un vague prétexte pour mener cette histoire tambour battant, en créant une ambiance de folie furieuse toujours grandissante. Ce qui commençait avec la venue de quelques monstres tourne vite au carnaval gore et cul ! En effet Gordon s’amuse à pervertir ces personnages, ainsi la jeune psychiatre en tailleur strict avec sa jupe très comme il faut est soudainement prise de picotement à l’entrejambe suite aux effet du Resonator, et se transforme en bête de sexe affublée d’une tenue sado maso ! Quant à Thillingast, après qu’une bête l’ait avalé, il se retrouve épilé de la tête aux pieds tandis que sa glande pinéale lui sort de la tête comme une verge affolée. Il arpente désormais les couloirs de l’hôpital psychiatrique où on l’a conduit, les yeux révulsés et à la recherche d’une nourriture capable de le rassasier. Nouvellement bouffeur de cerveau, il se sert directement sur ses victimes en appliquant sa bouche contre l’œil et en suçant bien fort : radical !



From beyond est pourtant bien moins sanglant que les aventures de Herbert West. Le film joue sur un autre niveau, et le sang est ici remplacé par tout ces liquides visqueux crachés par cette impressionnante galerie de monstres. Il y en a de toutes les formes, de toutes les tailles. Des petites méduses affamées qui flottent dans l’air, des gros vers pleins de dents… et puis il y a Pretorius. Le professeur subit un traitement des plus repoussants, en effet sa tête, aspirée par les créatures, fait désormais partie de l’une d’elle. Bien loin de s’en plaindre, Pretorius a l’air de très bien s’amuser avec son nouveau corps malléable, duquel il fait sans cesse jaillir des membres ignobles, griffus et préhensibles. Le film joue beaucoup sur cette apparence changeante, le monstre se transforme, des ailes lui poussent, son cou s’allonge, etc. Il est impossible de deviner qu’elle sera la prochaine forme prise par la repoussante créature. Le film bénéficie à ce titre d’excellents effets spéciaux, qui ont certes un peu vieillis, mais ils font encore illusion actuellement. La force de ces maquillages et de ne jamais avoir cet aspect plastique qui nuirait à leur réalisme. Au contraire les monstres ont tous l’air très organiques, ce qui leur confère une très forte présence à l’écran. De plus leur aspect huileux et gluant, renforcé par les violents éclairages roses du film, leur donne un aspect assez gerbant qui ravira les amateurs de monstres !
Bref, Gordon ne fait pas dans la dentelle et va jusqu’au bout de ses idées, aussi barges soient-elles, et notamment, il ne lésine pas sur les paraboles sexuelles. L’érotisme a toujours été présent dans le cinéma d’horreur : de même que la violence, le sexe est un tabou volontiers brisé par le genre. Souvenons-nous un instant du Dracula de la Hammer qui choquait plus par ses allusions érotiques que par sa violence. Le roman de Bram Stoker avait été lui même considéré comme sulfureux à l’époque de son écriture. Mais From beyond ne se contente pas de suggérer, Gordon rue dans les brancards en multipliant les symboles phalliques, et en faisant de ses monstres des créatures lubriques qui n’ont qu’une envie : violer la pauvre psychiatre ! La censure apprécie peu, et le cinéaste aura maille à partir avec la commission scandalisée, qui émet l’appréciation suivante : « Violence ininterrompue de la première à la dernière image ». Mais Stuart Gordon, lui qui avait déjà montré la pauvre Barbara Crampton se faire violer par un zombie sans tête (!) dans Re-animator, a maintenant l’habitude de ces conflits.
Pour From beyond, Gordon reste donc fidèle à lui même et fait de son film une œuvre bien trash qui ne recule devant aucun excès. Relativement peu violent, le film est par contre vraiment ignoble et étale généreusement ses monstres visqueux et ses humains fous à lier !

Arnaud Schilling

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