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Freejack. 1992.
Origine : Etats-Unis
Genre : Science-fiction
Réalisation : Geoff Murphy
Avec : Emilio Estevez, Rene Russo, Mick Jagger, David Johansen...


New York, 1991. Alex Furlong, célèbre pilote de F3000, s’apprête à disputer une course très importante pour lui. Les essais se passent à merveille, sa voiture marche du tonnerre et sa fiancée Julie Redlund l’aime plus que jamais. Bref, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Enfin, jusqu’à cet accrochage en pleine course avec un concurrent au terme duquel la voiture d’Alex explose en vol. S’en est fini de l’as des circuits, du moins en 1991, puisque avant qu’il ne meure, un champ magnétique l’a aspiré pour l’emmener sain et sauf en 2009 où un mystérieux homme riche convoite ardemment son corps. Mais Alex ne l’entend pas de cette oreille et s’enfuit avec le fol espoir de comprendre ce qui lui arrive.



Ronald Shusett aime bien la science-fiction et celle-ci le lui rend bien. Heureux producteur et co-scénariste de Alien puis Total Recall, deux succès, il récidive dans le genre avec Freejack, libre adaptation d’un roman des années 50 de Robert Sheckley, Immortality, Inc. Par sa structure -la longue traque d’un homme qui ignore ce qu’on lui veut- Freejack rappelle Total Recall, les deux films étant, du propre aveu de Ronald Shusett, des relectures de La Mort aux trousses de Alfred Hitchcock. Mais là où Paul Verhoeven parvenait à retranscrire toute l’urgence de la situation par une réalisation énergique et maîtrisée, Geoff Murphy échoue à imprimer un rythme haletant à sa chasse à l’homme. Pourtant, Alex Furlong ne ménage pas sa peine et ce n’est pas non plus les moyens qui manquent côté poursuivants pour le rattraper. On dénombre pas moins de deux groupes armés qui partent à ses trousses. Le premier, celui qu’on appellera « l’officiel » puisque c’est celui qui organise son voyage temporel de 1991 à 2009, travaille pour McCandless, un richissime homme d’affaire, et est dirigé par le très professionnel Vacendak. Bénéficiant d’une lourde logistique et du machiavélisme de son leader, ce groupe armé représente l’ennemi n°1 pour Alex, bien qu’il souhaite l’attraper vivant. Quant au second groupe, il s’agit de mercenaires plutôt indisciplinés dont les intentions sont assez troubles de prime abord, puisque leur attitude laisse à penser qu’ils souhaitent venir en aide à Alex alors qu’en fait ils ne veulent que l’abattre. Partant de là, Geoff Murphy orchestre les scènes d’action d’usage, avec une préférence pour la course-poursuite motorisée. Après tout, il serait dommage d’avoir un champion de F3000 pour héros et de ne pas lui donner l’occasion de s’illustrer dans son domaine de prédilection ! Las, la grande scène d’action motorisée pâtit d’une réalisation plutôt quelconque et d’un déroulement qui est loin de nous accrocher à notre fauteuil. Il faut dire aussi que lors de cette scène, l’adversité manque cruellement de consistance. Vacendak se contente de défier Alex par écran interposé pendant que ces hommes, aux buggys et au look bâtis sur le modèle des Mad Max (une référence qui ne joue pas en faveur du film), valdinguent dans le décor au premier contact. Et la poursuite de se clore sur le plongeon du héros dans les eaux saumâtres de la ville, une manière élégante de nous signifier que LA scène d’action du film est tombée à l’eau. Néanmoins, que Freejack ne soit pas un monument du cinéma d’action n’est pas forcément rédhibitoire. Oh, bien sûr, c’est un peu dommage pour Emilio Estevez qui avec ce film espérait sans doute devenir une vedette du genre mais il fallait bien qu’il se fasse une raison : il n’avait pas les épaules pour.



Exploitant le filon de la science-fiction, Freejack se doit de faire valoir d’autres atouts qu’une abondance de scènes à vocation spectaculaire, comme sa vision de la société américaine de 2009 (un futur plus qu’imminent en ce qui nous concerne et à l’heure où j’écris ces mots). Or, dans ce registre le film déçoit encore, bien qu’on puisse savoir gré au chef décorateur d’avoir mis la pédale douce sur les délires futuristes. Ainsi, hormis les véhicules et quelques autres détails d’ordre technique, les Etats-Unis de 2009 ressemblent à ceux de 1991. Tout juste les scénaristes ont-ils exagéré les écarts entre les classes sociales, corollaires d’une seconde Dépression. Désormais, il n’y a plus que la classe des gens aisés et la classe des gens pauvres. Entre les deux, un fossé. Quand Alex débarque en 2009, on se dit que cet homme là va devenir une figure héroïque grâce à laquelle les petites gens vont pouvoir s’émanciper de leur situation de victimes. Qu’il sera une sorte de Spartacus des temps modernes derrière lequel la foule se lèvera comme un seul homme pour renverser tous ces nantis qui ont la police à leurs bottes. Peine perdue. Alex passe son temps à fuir dans l’indifférence générale, et ce malgré une prime imposante (plusieurs millions de dollars) pour qui aidera la police à l’alpaguer. La population ne pèse d’aucun poids dans le film. Tout juste nous signifie t-on que les quartiers qui les abritent sont de plus en plus malfamés. Preuve en est cette nonne qui ne se balade jamais sans son fusil à pompe. Et puis Alex n’a pas trop le temps non plus de frayer avec eux, pressé qu’il est de retrouver sa bien-aimée. Une chance pour lui, Julie a bien réussi professionnellement parlant, et vit dans les beaux quartiers de Manhattan. Il n’aura donc pas à se soucier de la misère alentour. Alex Furlong est un personnage sans relief dont l’avenir de corps de substitution colle parfaitement à sa personnalité proche du néant. Car ce n’est que ça un Freejack, un homme mort dans le passé que de riches individus du futur font voyager dans le temps une fraction de seconde avant leur décès effectif pour récupérer un corps en bonne santé alors que le leur dépéri à vue d’œil, conséquence d’une couche d’ozone en voie de disparition plus qu’avancée et qui ne fait plus son office protecteur. Cependant, le choix de Alex n’est pas uniquement mû par ce seul désir de disposer d’un corps jeune et svelte. Non, il y a une raison plus énigmatique là-dessous.



Petit rappel des faits : lorsque Alex périt, il laisse derrière lui sa petite amie Julie Redlund avec laquelle il se serait bien marié. Lorsqu’il se réveille en 2009, pour lui il ne s’est passé que quelques minutes depuis leur dernier baiser sur la ligne de départ alors que pour Julie, tout cela remonte à 18 ans. Durant un tel laps de temps, les rides ont le temps de se creuser et pourtant, première bonne nouvelle pour Alex, Julie est plus rayonnante que jamais. A croire qu’elle bénéficie d’une crème miracle qui la préserve des ravages du temps. Néanmoins, cela ne l’empêchera pas de minauder qu’elle est désormais trop vieille pour Alex lorsque ce dernier voudra laisser parler sa libido. Et seconde bonne nouvelle, elle n’a pas refait sa vie, demeurant désespérément seule. Son patron, McCandless, aurait bien aimé en faire sa femme mais il sait fort bien qu’il se ferait jeter alors il préfère manipuler le continuum espace temps pour s’accaparer l’enveloppe de l’homme qu’elle porte toujours dans son cœur : Alex. Et oui, toute l’histoire ne repose que sur une simple histoire de fesses ! Alors comment voulez-vous après ça apprécier un film sans enjeux, aux scènes d’action molles et au héros lymphatique ? C’est quasiment mission impossible ! Au moins peut-on remercier Mick Jagger (de retour au cinéma après Running out luck de Julian Temple) et dans une moindre mesure David Johansen (chanteur des New York Dolls) qui par leur jeu décomplexé et très second degré apportent un salvateur souffle rock’n’roll à un film bien morne.

Bénédict Arellano

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