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Il carabiniere. 1981.
Origine : Italie
Genre : Policier dramatique
Réalisation : Silvio Amadio
Avec : Fabio Testi, Massimo Ranieri, Chiara Salerno, Enrico Maria Salerno...




Attention, attention ! Ne surtout pas se laisser prendre au piège d'une jaquette aguicheuse, d'un résumé accrocheur et de noms encourageants ! Sur le papier, nous avons en effet une histoire de vigilante avec le grand Fabio Testi réalisée par Silvio Amadio, à qui l'on doit un giallo des plus pervers qui soit, à savoir Amuck avec Rosalba Neri et Barbara Bouchet. Quant à ce qui est sur l'écran... Et bien c'est déjà une affaire de famille : Enrico Maria Salerno et Valeria Valeri (deux des acteurs principaux) sont les parents de la petite Chiara Salerno, qu'ils chaperonnent dans ce qui n'est que son second film. Et nous avons surtout un drame à tendance Petite maison dans la prairie mâtiné de Roméo et Juliette pour faire bonne mesure. A savoir, que je vous explique la situation rocambolesque : d'un côté il y a les Palumbo, une famille de modestes paysans regroupés derrière leur madre (Valeria Valeri) pour protéger leur territoire d'un promoteur immobilier aux dents longues. La loi est de leur côté, mais qu'est ce que la loi face à un promoteur mafieux tel que De Michelis (Enrico Maria Salerno), capable d'activer ses réseaux politiciens pour que l'État puisse décréter l'expropriation ? Les relations sont déjà tendues, mais lorsqu'on y ajoute une relation amoureuse entre l'un des fils Palumbo, Paolo (Massimo Ranieri) et la fille De Michelis, Angela (Chiara Salerno), cela risque de tourner à l'aigre. C'est que les tourtereaux communiquent par courrier, même lorsque Paolo devient carabinier à Rome, et qu'ils projettent même de se marier.

Tout ceci est cousu de fil blanc : à peine la relation entre Paolo et Angela est elle nouée que le spectateur devine déjà la suite de l'histoire, bien aidé par la fameuse jaquette menteuse. Ça va se finir en meurtre et Francesco Palumbo (Fabio Testi) prendra les armes. Reste à savoir quand... et ça tarde à venir. Amadio se sent visiblement à son aise au milieu des intrigues familiales, qu'il fait traîner en longueur 1h10 durant. Nous avons donc droit au développement de tous les personnages principaux, chose qui aurait été louable si ces caractérisations n'avaient pas été faites avec les grosses ficelles qui, enroulées dans le fil blanc, forment des cordes dans lesquelles le réalisateur se ligote volontairement.
A ma droite, la famille De Michelis. Le père : promoteur mafieux qui préfère la parole à l'action. Ah ça, ils vont voir ce qu'ils vont voir, les Palumbo, il va les exproprier vite fait bien fait... Un an plus tard (grosse ellipse), ils sont toujours dans leur ferme, et les politicards véreux à Rome n'ont toujours pas levé le petit doigt. Quant au jeune Paolo, lui aussi il ne paie rien pour attendre. Donc il attend, sans en être conscient. Et le spectateur d'attendre aussi, envisageant lui aussi de faire une ellipse à l'aide de la touche "avance rapide". Pour sa part, Angela De Michelis a droit à un passé psychologique : se sentant responsable de la mort de sa mère lors d'un accident de la route, elle était revenue chez son père pour se refaire une santé mentale grâce au médecin de famille. Son salut, elle le trouvera dans l'amour de Paolo. Là démarre la rébellion contre le père décidé à tuer cette relation dans l'œuf, même si la santé mentale de sa fille doit en pâtir. Du Shakespeare en conserve.
A ma gauche, les Palumbo, héros qui pour le coup détruisent toutes les possibilités d'empathie pour cette pauvre famille résistant tant bien que mal aux pressions de De Michelis. Star du polar violent au charisme indiscutable (l'habitué du bis italien fréquenta quand même Ursula Andress, incarnation du sex symbol), Fabio Testi est ici réduit au rang de fils n'ayant pas su couper le cordon. Bien qu'il le fasse pour des raisons d'honneur, il reste désespérément accroché à sa mère, qu'il juge fragile à l'extrême, susceptible d'être vaincue par la moindre contrariété. On peine à y croire : la mère est incarnée par Valeria Valeri, âgée d'à peine 55 ans et ne présente aucune trace physique de fragilité. Les scènes de tourment simulées plus que jouées par l'actrice sont ainsi totalement surfaites. Et quand bien même elles ne l'auraient pas été, il aurait été difficile d'éprouver de la peine pour ces Palumbo qui comptent aussi dans leur rang un troisième frère, véritable guignol échappé des comédies de Toto. Un gros moustachu qui se désespère du fait que sa femme (qui vit dans la ferme) se refuse à lui. Incompréhensible est le choix d'avoir utilisé un tel personnage, qui n'a aucune utilité de tout le récit. De l'incompréhensible on passe à la stupéfaction en constatant qu'un autre personnage comique vient se rajouter au cercle des Palumbo : un curé bon vivant sans cesse en conflit avec son enfant de chœur turbulent. Ajoutons-leur sur le même plan un postier alcoolique qui vient pisser sur la tombe des ambitions sentimentales de Silvio Amadio.



De part ces caractérisations hors sujet entre un mafieux fainéant, une famille tuyau-de-poêle (au sens moderne tout de même) et des amants romantiques à en faire chavirer les ménagères, il est rigoureusement impossible de se sentir impliqué dans l'histoire développée, qui se limite en fait à bien peu de choses. C'est pire lorsque survient l'assassinat tant attendu : la fille De Michelis se retrouve internée dans un hôpital psychiatrique où elle revoit en surimpression, en boucle et au ralenti la scène du meurtre, tandis que la mère Palumbo pète les plombs et se met à parler à l'oreiller de son fils mort, persuadée que Paolo est bien vivant. Quant au moustachu lubrique, il ne sait plus où se mettre... Et Amadio de comprendre l'improbabilité d'un tel personnage. L'envie de sourire devant tant d'outrance est amplifiée par une partition musicale signée Ubaldo Continiello, spécialisé dans les musiques de films érotiques, qui nous fait là une musique d'ascenseur guillerette qui n'aurait pas juré dans les séquences les plus champêtres de La Petite maison dans la prairie. D'autant moins fort est le sentiment de détresse que la vengeance de Fabio Testi n'en est pas pour autant automatique... il attend six mois, puis il se met à enquêter pour savoir qui se trouve derrière ce meurtre. Il a dû oublier jusqu'à l'existence du mafieux bien décidé à virer les Palumbo de leur terrain et à empêcher le mariage entre Paolo et Angela. C'était pourtant évident. Mais non : il enquête mollement, distille quelques baffes ici et là et se retrouve confronté à l'inertie de la police qui, sans même être dirigée par les contacts politiques de De Michelis (mais en a-t-il vraiment ?), est bâillonnée par une loi trop peu compatissante pour les victimes. Bien que sa vengeance ne dure que 20 minutes (et se termine anonymement), Amadio trouve le moyen de perdre son temps dans un commissariat, développant au passage ce côté réac-sécuritaire souvent associé à Umberto Lenzi, sans pour autant en reproduire l'esprit excessif permettant de relativiser ce discours d'autant moins brillant qu'il repose sur une affirmation ici discutable : de véritables policiers auraient-ils négligé d'enquêter sur la mort "accidentelle" d'un des leurs ?

Un flingue pour un flic est vraiment un film bas de gamme. Avec lui, Silvio Amadio quitte définitivement le monde du cinéma et Fabio Testi continue à diluer un genre auquel il avait participé à donner des lettres de noblesse dans de vagues associations pas très reluisantes (le polar de champs de courses de Speed driver, et maintenant le polar shakespearien rural). La fin d'une époque...



Loïc Blavier

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