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Beverly Hills Cop III. 1994.
Origine : Etats-Unis
Genre : Comédie / Action
Réalisation : John Landis
Avec : Eddie Murphy, Judge Reinhold, Timothy Carhart, Hector Elizondo...


Scandale dans la communauté des fans du Flic de Beverly Hills ! Jerry Bruckheimer et Don Simpson ne sont plus à la production, Harold Faltermeyer ne compose plus la bande originale, et plusieurs personnages censés être indéboulonnables n'apparaissent plus ! Dehors le commissaire Bogomil, l'agent Taggart, le stressé Friedman ! Pire que tout : le chef gueulard d'Axel Foley meurt dans l'introduction ! En plus de cela, le film ne se déroule même plus à Beverly Hills, mais dans un parc d'attraction calqué sur Disneyworld ! Et puis les années 80 sont bel et bien éteintes, et ce qui faisait la mode de l'époque n'a désormais plus court... Y compris Eddie Murphy, en perte de vitesse. Ce scénario si controversé est signé Steven De Souza, qui possède à son palmarès les scripts des deux premiers Die Hard, mais dont le travail semble particulièrement influencé par le réalisateur qui le chaperonne (comment expliquer autrement que l'homme soit passé de Piège de Cristal à Street Fighter ?). En l'occurrence, il s'agit ici de John Landis, vieux routier de la comédie sardonique, fort différent des débutants Martin Brest et Tony Scott qui l'avaient précédé pour les deux premières apparitions d'Axel Foley. Ce n'est donc pas une grande surprise de constater que Le Flic de Beverly Hills 3 s'affranchit dans une large mesure des recettes des deux productions Bruckheimer / Simpson.

Pour venger le meurtre de son patron l'Inspecteur Todd, Axel Foley se rend en Californie et plus précisément à Wonder World, célèbre parc d'attractions mis en cause par l'une des preuves laissées sur le lieu du meurtre. Ayant eu l'occasion de voir le visage de l'assassin de son patron, Foley reconnaît immédiatement le responsable de la sécurité du Wonder World. Il ne reste donc plus qu'à rassembler les preuves et à découvrir quelles sont les magouilles abritées par le Wonder World.

Bien que les puristes hurlent au scandale, il faut bien admettre que situer l'action dans un sous-Disneyland a de quoi soulager. D'une part parce que cela met un terme au règne de l'ambiance "palmiers et milliardaires" à l'origine de l'immonde aspect des deux précédents films (surtout celui de Tony Scott, dont les couchés de soleil orange resteront à jamais comme d'ignobles fautes de goût typiquement années 80), et d'autre part parce que, connaissant Landis, on ne peut qu'y voir la volonté de se moquer effrontément de la superficialité incarnée par Beverly Hills. Quitte à donner dans le look carton-pâte, autant le faire à fond, et ce sous-Disneyland s'y prête assez bien avec ses manèges à sensation, avec ses mascottes animalières et ses parades débiles. Après tout, Beverly Hills n'est rien d'autre que le Disneyland des yuppies... Comme on peut s'y attendre, Landis ne se prive pas pour égratigner le monde féérique du pays de Mickey Mouse, pas plus propre que Beverly Hills. Walt Disney trouve sa propre personnification dans le personnage de l'Oncle Dave, inoffensif vieux fou retourné en enfance, persuadé d'être à la tête d'un paradis de l'innocence. L'enquête de Foley sert en réalité à Landis de moyen pour percer avec humour la "magie" de ce haut-lieu de l'enfance béate et pour mettre en avant le capitalisme cynique (la caissière au grand sourire qui réclame 35 dollars pour le billet d'entrée), le je m'en foutisme des employés déguisés en personnages de cartoons (qui en privé jouent aux cartes dans un tripot aménagé) et le manque d'"âme d'enfant" des employés de la sécurité et de leurs alliés gangsters (dont John Saxon). Ces sarcasmes sont la première forme d'humour de Landis, et ils succèdent ainsi aux dévergondages satisfaits auquel se livraient les personnages des deux films précédents. Il n'est plus question pour Foley de convertir qui que se soit à ses méthodes de force, pas plus qu'il n'est question de faire feu pour le plaisir de rigoler un bon coup. Landis dilue les fondements reaganiens à la base de la trilogie et préfère miser sur la moquerie à l'encontre du monde de Wonder World. Eddie Murphy perd au passage l'opportunité de montrer ses talents de cabotinage et Judge Reinhold, alias l'agent Rosewood, traditionnel allié de Foley, se voit lui aussi limité à la portion congrue du gâteau. Les deux personnages ne semblent pas intéresser Landis et leurs pitreries sont bien dérisoires. Ce qui n'est pas pour relancer Eddie Murphy, mais qui allège enfin une série jusqu'ici si plombante.

Ceci étant, il est tout de même très difficile de voir Le Flic de Beverly Hills 3 comme un des fleurons de la filmographie de John Landis. Bien moins sarcastique que dans Hamburger Film Sandwich ou Amazon women on the moon, ses gags n'ont rien de très mordants. Le ton est davantage à l'humour potache, dosé de telle façon que le studio Paramount ne puisse pas en prendre ombrage, mais que Landis et ses amis (une foule de caméos : Joe Dante, Ray Harryhausen, George Lucas...) puissent s'en amuser durant la durée du tournage. Cela ne pèse pas très lourd face aux grosses scènes d'action obligées (plus de 50 millions de dollars de budget), toutes plus conventionnelles les unes que les autres (le sauvetage d'enfants...) et filmées par un Landis qui de toute évidence s'en fiche éperdument. Sans saveur et généralement accompagnées de gags machinaux, elles sont un grand frein aux envies de Landis, qui se serait certainement vu plus subversif. Bruckheimer ou pas, il fallait bien s'attendre à ce que le réalisateur ne puisse avoir le dernier mot. Au final, personne n'aura été satisfait, puisque le film se planta au box-office... La Paramount mit un terme à la série et Eddie Murphy avouera logiquement quelques années plus tard détester ce Flic de Beverly Hills 3. Actuellement, l'acteur nous menace d'ailleurs de tourner un quatrième opus "revenant aux sources". Preuve que Landis ne l'aura pas suffisament dégoûté d'Axel Foley.

Loïc Blavier

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