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Fido. 2006.
Origine : Canada
Genre : Comédie horrifique
Réalisation : Andrew Currie
Avec : Carrie-Anne Moss, Dylan Baker, Billy Connolly, K'Sun Ray...



Alors que le monde sort tout juste de la Deuxième Guerre Mondiale, la planète Terre traverse un nuage stellaire de poussière radioactive aux conséquences effrayantes. Soudain, tous les morts se relèvent et dieu sait si il y en a à cette époque ! L’humanité, pour sa survie, doit à nouveau sortir les armes pour contrer ce nouveau fléau. Heureusement, elle bénéficie des loyaux services du Docteur Reinhold Geiger, l’homme qui a découvert la faiblesse des zombies : leur cerveau. Suite à cette découverte primordiale mais loin d’être décisive, il créé la Zomcon, une société chargée de protéger la population des zombies. Jamais à court d’idées, il invente également le premier collier pour les domestiquer. Si l’effet des radiations ne s’est toujours pas atténué, au moins la population a-t-elle appris à composer avec les zombies dont elle se sert de domestiques. A tel point que ne pas posséder un zombie peut faire passer une gentille famille américaine pour marginale, ce qui nuirait à son épanouissement dans ces jolis quartiers pavillonnaires.

La trilogie des morts-vivants de George A. Romero (j’exclue volontairement Land of the dead et Diary of the dead, qui ne sont à mon sens que des redites et les signes de son enfermement dans ce sous-genre) est tellement riche que pour tout réalisateur qui souhaite traiter le sujet il lui suffise de piocher au sein de celle-ci les éléments nécessaires à son intrigue. Par exemple, l’idée de départ de Andrew Currie -la domestication des zombies- se retrouve toute entière dans le troisième volet, Le Jour des morts-vivants. Dans ce dernier, Bub incarne la première tentative d’apprivoisement d’un zombie par l’homme -en l’occurrence le docteur Logan- et se pose en ancêtre de Fido, Tammy et consorts. Or là où George Romero se concentre sur l’inhumanité des expériences du Docteur Logan, véritable savant fou dépourvu de toute éthique, Andrew Currie préfère quant à lui s’appesantir sur le résultat et sa corrélation avec l’environnement aseptisé et coloré de ses petits quartiers pavillonnaires de l’Amérique des années 50. L’ambition du jeune réalisateur est simple et se résume à la mise en boîte de l’American way of life via la figure du mort-vivant, de retour en grâce depuis Land of the dead et Shaun of the dead.



Le film démarre plutôt bien avec un spot publicitaire à la gloire de Zomcon qui nous présente succinctement la somme d’événements ayant débouché sur la situation actuelle, à savoir des villes ceintes par des clôtures de sécurité marquant la frontière entre le monde des vivants et celui des morts-vivants. Par ce petit module en noir et blanc, Andrew Currie rend également un discret hommage à ses prédécesseurs, certaines images semblant tout droit sorties de La Nuit des morts-vivants. Ce petit film informatif nous indique que le gouvernement s’est satisfait d’une victoire à la Pyrrhus, et qu’il n’a pas hésité à confier les rênes de la sécurité à une société privée qui amasse des sommes d’argent colossales sur le dos des morts-vivants. Si vous voulez acquérir l’un de ces zombies domestiqués pour ne pas être en reste par rapport à votre voisinage, il vous faut l’acheter chez Zomcon. Si à votre mort, vous ne souhaitez pas revenir sous la forme d’un zombie, alors il vous faudra encore vous adresser à la Zomcon pour bénéficier d’un enterrement garanti définitif, moyennant bien sûr une grosse somme d’argent. La Zomcon est partout, assurant à la fois le service après-vente de « ses produits », la condamnation sans appel des mauvais citoyens qui se rendent responsables de la mort de leurs concitoyens en ne suivant pas le protocole d’utilisation des zombies domestiques, et en assurant les services funéraires. La Zomcon se trouve à la tête d’un commerce mortuaire des plus juteux et se garde bien de chercher plus avant une solution définitive au problème posé par la persistance des particules radioactives qui pullulent dans l’air terrestre. Elle s’est adaptée avec beaucoup de cynisme à la situation actuelle, s’abritant derrière des figures héroïques (le chef de la sécurité s’enorgueillit des 500 zombies qui figurent à son tableau de chasse, son père ayant été le premier !) pour que son message passe mieux auprès de la population. Et ça marche ! On ne dénombre aucune voix pour s’élever contre cet odieux commerce, ni même contre cette désagréable impression de vivre dans des prisons dorées. Andrew Currie nous dépeint une société repliée sur elle-même, blanche et banlieusarde, tout simplement heureuse de l’existence qu’on lui propose et ne se souciant guère de ce qui peut se passer au-delà des barrières édifiées par la Zomcon. Le réalisateur lui-même ne s’y intéresse pas, nous présentant l’extérieur seulement lors du climax pour mieux souligner l’aspect jardin d’Eden de cette petite ville banlieusarde. Pavillons coquets, pelouses impeccablement entretenues, criminalité inexistante, tout concorde à faire de leur existence un rêve éveillé couleur rose bonbon. Et dans ce paysage tout beau, tout propre, la présence des zombies ne jure pas puisqu’ils ne servent qu’aux tâches subalternes, représentant en quelque sorte les minorités qui, quant à elles, ont totalement disparu de la circulation. En partant d’un postulat peu original -le monde dévasté par les zombies- Andrew Currie a réussi à développer une alternative très intéressante dans l’idée mais qui, dans les faits, souffre d’un traitement trop consensuel.



Très vite (en gros au terme du film informatif) on s’aperçoit que le réalisateur préfère conter les affres de la solitude du petit Timmy Robinson au détriment des arcanes de la Zomcon. Choix regrettable dans la mesure où les atermoiements du garnement, bientôt accompagnés de ceux de sa mère puis de son père, fatiguent vite. Pour résumer, Timmy souffre du désintérêt que lui porte son père. Certes niveau amour maternel il est servi, mais cela ne remplace pas les bons moments de franche camaraderie qu’un fils rêve de partager avec son père. Au lieu de ça, il doit supporter de voir son père partir en catimini pour jouer au golf sans lui. Quant à sa mère, elle n’en peut plus. Elle en a marre de voir toutes les femmes du quartier se pavaner avec leurs zombies-domestiques et lui rabattre les oreilles avec eux toute la sainte journée. Elle veut être comme les autres, posséder son zombie pour traiter d’égal à égal avec ses voisines et ainsi éviter de se retrouver au cœur de leurs commérages. Bill ne veut pas entendre parler de zombies, il les hait et leur doit un profond traumatisme, lui qui a été contraint de tuer son propre père fraîchement revenu d’entre les morts pour sauver sa peau. On sent que si il ne s’occupe pas assez de son fils, c’est qu’inconsciemment il souhaiterait que son fils puisse le tuer sans aucune hésitation si, par malheur, il lui arrivait le même sort qu’à son propre père. Pour cela, il se refuse toutes tendresses et signes de complicité. Il n’a plus qu’une obsession en tête, économiser suffisamment d’argent pour que toute sa famille puisse bénéficier d’un enterrement définitif. Cette obsession le coupe totalement de sa famille alors même qu’elle trahit son profond attachement à celle-ci. L’intrusion de Fido, nom du caprice de Mrs Robinson, ne fait qu’accentuer la cassure entre le père et le reste de sa famille. Dans un même élan, le zombie devient l’ami tant rêvé par Timmy et le confident de Helen, prenant petit à petit la place laissée vacante par le mari. Mais tout cela se déroule sans outrepasser les bornes de la bienséance, l’intimité entre Helen et Fido n’allant pas plus loin que l’esquisse de quelques pas de danse. De même, les passages gores, inévitables dans les films de zombies, collent au plus près de la tonalité très gentillette de l’histoire. Bien sûr, il y a des morts, des enfants même (deux têtes à claques qui tourmentaient le pauvre Timmy), mais tout cela ne prête pas à conséquence tant le réalisateur a souhaité réaliser un film lumineux, vaguement humoristique et finalement trop propre sur lui. On sent des velléités satiriques chez le réalisateur, mais celles-ci ne dépassent jamais le stade du clin d’œil qu’on retrouve dans cette reconstitution de la vie dans les banlieues pavillonnaires des années 50 : l’homme travaille, la femme s’occupe de la maison et tout le monde est content. C’est un peu court d’autant qu’il s’abstient de placer une quelconque paroisse au sein de cette bourgade, pourtant vecteur de la sociabilité des habitants à cette époque, alors que le point de vue d’hommes d’Eglise sur cette invasion de succédanés de Lazare aurait pu apporter une dimension plus dramatique au récit. Finalement, le seul drame du film est d’être ni drôle, ni effrayant, juste ennuyeux à mourir.

Bénédict Arellano

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