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Cat People. 1982.
Origine : Etats-Unis
Genre : Fantastique
Réalisation : Paul Schrader
Avec : Nastassja Kinski, Malcolm McDowell, John Heard, Annette O'Toole...




Irena Gallier (Nastassja Kinski) débarque à La Nouvelle-Orléans où l’attend son frère Paul (Malcolm McDowell) duquel elle a été séparée dès sa plus tendre enfance. Après de rapides retrouvailles, Paul disparaît, laissant Irena découvrir seule la ville. Ses pas la conduisent au zoo où elle fait la connaissance de Oliver Yates (John Heard), le conservateur. Ce dernier tombe éperdument amoureux d’elle mais se heurte à un mur à chaque fois qu’il souhaite passer à l’acte. C’est qu’entre-temps, Irena a appris de la bouche même de son frère sa vraie nature, ce qui l’effraie. Issue d’une race incestueuse, elle ne peut avoir de rapports sexuels avec un homme autre que son frère sous peine de se métamorphoser en panthère. C’est quand même pas de bol !



Scénariste réputé depuis Yakuza et surtout Taxi driver, Paul Schrader a très vite décidé de porter lui-même à l’écran ses écrits –sa première réalisation, Blue Collar, date de 1978– non sans continuer à collaborer occasionnellement avec Martin Scorsese (Raging Bull, 1980). De prime abord, La Féline marque un semblant de rupture dans sa manière de fonctionner. Pour ce remake du film homonyme de Jacques Tourneur, Paul Schrader s’appuie pour la première fois sur un scénario dont il n’est pas l’auteur. Néanmoins, de part les thèmes abordés –inceste, dualité entre le Bien et le Mal incarnée par le personnage principal–, La Féline poursuit de manière logique les questionnements abordés lors de ses deux précédents films, Hardcore et American Gigolo. A travers ses œuvres, on sent Paul Schrader intrigué par les déviances qui peuvent affecter la vie de couple ou la vie de famille. La Féline ne raconte pas autre chose, imbriquant les deux de manière viscérale.
Beauté virginale, Irena nous apparaît en constant décalage avec le monde qui l’entoure, comme inadaptée à celui-ci. Il se dégage de sa personne une forme d’ingénuité qui tend à faire d’elle un être particulièrement vulnérable. En réalité, la nature profonde d’Irina est en sommeil et c’est son idylle avec Oliver Yates qui va contribuer à la révéler. Le récit se fait alors l’écho de son éveil à la sexualité, un éveil qui nous est ici présenté sous la forme d’une malédiction puisque laisser libre court à sa libido signifierait pour Irina tuer son amant, telle une veuve noire. A l’instar des loups-garous, Irina est un personnage tragique devant composer avec une malédiction contre laquelle elle ne peut lutter. En un sens, elle se retrouve prisonnière de sa propre sexualité. A ce titre, La Féline dresse un portrait particulièrement négatif du sexe qui ne peut ici se conjuguer que dans le sang ou la relation incestueuse. Nous sommes à des lieues de l’amour libre et du sexe joyeux véhiculés par les années 60 et 70. A sa manière, La Féline s’inscrit pleinement dans le cinéma des années sida, même si la maladie était encore relativement méconnue à l’époque de sa conception. En outre, le film dispense une image de la femme pas toujours très flatteuse. Véritable réceptacle des désirs de ces messieurs, le personnage d’Irina ne dépasse jamais le stade d’objet sexuel. A partir du moment où sa nature profonde commence à gagner du terrain, elle passe le plus clair de son temps dans le plus simple appareil, s’offrant littéralement à son homme, le fauve en elle se faisant soudain des plus dociles. Certes, le scénario tente de nous faire passer ce comportement pour de l’amour. Le hic, c’est que cette histoire d’amour entre Irina et Oliver ne dépasse jamais le stade de la romance à l’eau de rose particulièrement mal écrite. Tout sonne faux dans leur relation, à commencer par les dialogues dont cette phrase stupéfiante de bêtise prononcée par un Oliver au comble du romantisme : « Je t’ai aimé avant même que tu sois née ! ». Fichtre ! Quel séducteur ! Et tout est à l’avenant. Mais le plus drôle demeure encore la fin du film qui renvoie Irina à sa condition première –une panthère–, condamnée à vivre dans une cage en observant de loin son homme faire sa vie avec une autre femme. Si l’échange final entre les deux amants tend à donner une coloration mélodramatique à cette conclusion, on ne peut s’empêcher à cet instant de voir en Irina un objet encombrant que Oliver préfère garder sous le coude. A l’aune de cette fin, le film se teinte d’un moralisme chrétien qui tendrait à réprouver toutes les sexualités non conventionnelles.
La Féline se présente donc sous la forme d’un catalogue chic et choc pour n’aboutir finalement qu’à une vision très puritaine des choses. A l’inverse du film de Jacques Tourneur –un modèle de suggestion–, le film de Paul Schrader prend le parti de ne rien nous cacher, ou presque. Ainsi, le monde étrange des hommes-panthères nous est-il dévoilé dès l’entame du film, déclinant une imagerie de vidéo-clip à base de fumée artificielle et de filtres rouges avec en fond sonore, la chanson titre interprétée par David Bowie. Non contente d’éventer tout mystère quant à la suite des événements, cette introduction révèle le parti pris esthétique du film. Sur ce plan, il n’a pas trop mal vieilli, ne souffrant que de quelques choix hasardeux du réalisateur comme cette vision subjective de Irina lors d’une chasse nocturne dans les bayous. De même, le film nous gratifie de quelques scènes de transformations qui, utilisées avec parcimonie à base de savantes ellipses et reposant sur un montage efficace, font encore aujourd’hui leur petit effet. Il est juste dommage que le côté sulfureux d’un tel sujet n’ait pas été pleinement exploité par un Paul Schrader qu’on sent soudain gêné aux entournures. Pourtant, le choix de Malcolm McDowell pour interpréter Paul, personnage absent du film original, s’avère judicieux tant la moindre de ses expressions lui confère immédiatement un air inquiétant. Sa félinité se lit sur son visage et son regard, et les rares scènes où on le voit se confronter seul à sa malédiction le montre sous un jour différent. L’homme sûr de lui, qui accepte sa nature, se montre soudain plus fragile et empreint d’une amertume dont il ne peut se défaire. Il est vraiment dommage que la relation ambiguë qu’il entretient avec Irina soit à ce point écartée au profit de cette romance aussi conventionnelle que médiocre entre la jeune femme et son benêt de conservateur du zoo. Cette soudaine frilosité fait grand tort au film, le cantonnant sur les voies du conventionnel.



Issue de la vague de remake de certains grands classiques du cinéma fantastique initiée par la Universal en compagnie du The Thing de John Carpenter, La Féline ne parvient pas à faire oublier le film original. La faute à des partis pris pas suffisamment assumés par le réalisateur, et à une romance peu crédible qui fait régulièrement sombrer le film dans le ridicule. Cette descente aux enfers s’avère au final bien peu éprouvante et dépourvue de cet érotisme trouble qu’un tel sujet réclamait.

Bénédict Arellano

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