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Faust : Love of the damned. 2001.
Origine : Etats-Unis / Espagne
Genre : Horreur
Réalisation : Brian Yuzna
Avec : Mark Frost, Isabel Brook, Jennifer Rope, Jeffrey Combs...


Bien qu'il repose en paix depuis maintenant un sacré bout de temps, ce brave Goethe aurait sans doute écarquillé tout grand ses yeux d'incrédulité s'il avait pu voir son Faust ainsi transformé en série B bruyante et saignante. Mais il faut quand même dire que le film de Brian Yuzna ne se base finalement pas du tout sur l'œuvre de Goethe, mais sur un comics de Tim Vigil et David Quinn intitulé Faust: Love of the damned qui reprend vaguement le mythe de Faust (qui vend son âme au diable tout ça...) pour livrer une bd furieusement violente et érotique où le bon Faust est devenu un vengeur masqué décapitant les méchants par paquets de douze à l'aide de longues griffes d'acier fixées à ses poignets (ce qui, il faut bien l'avouer est quand même plus excitant que de la littérature allemande du XIXe siècle. Sauf, évidemment, si ladite littérature est adaptée au cinéma par Murnau, mais ça c'est encore une autre histoire).



Bref, ce Faust là puise largement dans le style graphique du comics de Tim Vigil et David Quinn pour nous raconter la tragique histoire de John Jasper, un artiste bien déprimé après que des malfrats aient massacré sa copine pour je ne sais plus quelle raison sans importance. Le pauvre Jasper est donc sur le point de sauter du haut d'un pont quand le mystérieux M (pour Méphistophélès donc...) apparaît et lui propose un pacte plutôt cool : en échange de son âme, Jasper peut devenir Faust, à savoir une sorte de super vilain invincible au costume aussi rouge que ridicule et surtout possesseur de grandes griffes d'acier sacrément pratiques pour buter la gueule des vilain malfrats qui ont embêté sa copine...



Bon alors par dessus se greffe une simili intrigue policière dont le seul intérêt est de faire intervenir un gentil flic épris de justice mais surtout incarné par ce bon vieux Jeffrey Combs, ce qui fait toujours bien plaisir. Mais à part ça l'intérêt du scénario se réduit vraiment à servir de lien entre les nombreuses scènes gores, visqueuses et perverses du film. Brian Yuzna n'a finalement jamais vraiment fait autre chose, mais je m'en suis toujours très bien contenté pour ma part. Le bonhomme nous balance donc les prémices de son histoire à la figure en deux temps, trois mouvements et s'en désintéressera très rapidement par la suite, se contentant de faire intervenir ici et là quelques passages explicatifs destinés à faire avancer l'intrigue. Laquelle avance d'ailleurs à une vitesse peu commune, enchainant les péripéties des héros à un rythme d'enfer. Yuzna rythme son film avec une maitrise qu'on croyait disparue et qui n'est pas sans nous rappeler les heures de gloire de la série B horrifique.
Enfin, ainsi débarrassé d'un scénario dont on se contrefoutait de toute façon, Yuzna peut alors pleinement se concentrer sur les aspects les plus visuels de son film: mise en scène, esthétique et effets spéciaux.
La mise en scène reste assez discrète et sert principalement à mettre en valeur les effets spéciaux. Toutefois ce n'est pas parce qu'on ne remarque pas de mouvements de caméra sophistiqués que la réalisation n'est pas de bonne facture. Au contraire, Yuzna compose ses plans avec simplicité et savoir faire et fait preuve d'un sens du montage d'une parfaite efficacité. Et au final sa mise en scène met parfaitement bien en valeur l'esthétique baroque du film, notamment grâce à un jeu de lumières assez travaillé. Et au milieu de tout un décorum baroque souvent très soigné, surgissent maquillages et autres effets latexo-gores signés Screaming Mad George. Vieux collaborateur de Yuzna depuis Society, Screaming Mad George réalise des choses très belles et très sanglantes, qui volent facilement la vedette aux quelques effets virtuels très cheaps (mais aussi très rigolos). Les effets spéciaux sont caractérisés par un sens assez aigu du grotesque (la nana dont le cul et les seins gonflent démesurément...) qui jure admirablement avec les atours baroques dont semblait se parer le film. D'autant plus que tout ceci est traité avec un imperturbable sérieux et avec une volonté manifeste d'en donner pour son argent au spectateur. Dans un esprit très années 80 les scènes de sexe et de violence s'enchaînent sur fond de hard-rock tonitruant et dans une bonne humeur communicative. Dans le même ordre d'idée, Mark Frost endossant le costume rouge et cornu de Faust constitue à lui seul une excellente raison de voir le film. En effet, quel bonheur de voir l'acteur gesticuler et grimacer avec le plus grand sérieux dans son costume moulant et sublimement ridicule ! Qui plus est le personnage est un adepte de la punchline à la Freddy Krueger et même s'il n'égale pas le tueur de Elm Street, il possède un charisme assez marqué.
La simplicité de ses arguments (nombre de morts élevés et design original) et le soin apporté à sa réalisation empêchant le film de se classer parmi les nanars, nous sommes bel et bien en présence d'une série B de très bonne facture qui entreprend de divertir l'amateur du genre sans prétention. Bref, ce Faust version Yuzna est tout à fait sympathique !



Arnaud Schilling

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