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Fantômas. 1964.
Origine : France / Italie
Genre : Comédie policière
Réalisation : André Hunebelle
Avec : Jean Marais, Louis de Funès, Mylène Demongeot, Jacques Dynam...




La France possède aussi ses héros populaires, dont ce Fantômas, personnage de fiction créé par Pierre Souvestre et Marcel Allain. D’abord héros littéraire, ce personnage devient célèbre lorsque Louis Feuillade -maître du cinéma fantastique français au temps du muet- l’adapte pour le grand écran en 1913. Il signe pas moins de cinq films, tous tirés des romans. Par la suite, Fantômas a connu diverses adaptations dont une série américaine dans les années 1920-1921 et un remake en 1940. On peut s’interroger sur les raisons d’une énième adaptation 24 ans plus tard, quoique celles-ci peuvent se résumer en un seul nom : James Bond.
Le succès de James Bond contre le Dr No en 1962 a fait des émules. En Europe, cela se traduit par la co-production franco-italienne OSS 117 se déchaîne, autre personnage de roman, que réalise André Hunebelle en 1963. Ce même André Hunebelle qui, la même année que Banco à Bangkok pour OSS 117, réalise ce Fantômas. A l’époque, ce réalisateur à déjà une longue carrière derrière lui, orientée essentiellement vers le cinéma populaire avec des titres comme Le Bossu (1959), Le Capitan (1960) ou encore Les Mystères de Paris, tous trois avec Jean Marais. Il apparaît donc plus que jamais comme étant l’homme de la situation pour adapter Fantômas aux exigences du public des années 60. Pour l’occasion, il retrouve son acteur fétiche Jean Marais qui incarne pas moins de deux rôles, celui du journaliste Fangor et celui de Fantômas lui-même. Et il lui associe Louis de Funès dans ce qui se présente comme un savant mélange d’action et de comédie.

Un criminel du nom de Fantômas commence à faire parler de lui dans le tout Paris. Existe-t-il vraiment ou n’est-ce qu’un canular ? Pour le commissaire Juve, son existence ne fait aucun doute et il multiplie les allocutions télévisées pour rassurer la population : la police veille. Quant au journaliste Fandor, il considère Fantômas comme une vaste supercherie, n’hésitant pas à pondre un faux entretien du criminel. Mal lui en prend. Vexé, Fantômas le fait kidnapper pour s’assurer que désormais, il relatera ses nombreux faits d’armes avec plus d’emphase et plus du tout de moqueries. Et des actions d’envergure, le bandit aux mille visages en a concocté quelques unes.



La trame du film de André Hunebelle ne se réclame d’aucun roman en particulier, préférant jouer la carte de l’originalité ou, tout du moins, de la liberté. Et, sans trahir les origines du personnage (humaines ou extraterrestres ?), le film s’attache à nous présenter Fantômas, à nous le décrire en tant qu’icône du crime.
Caché derrière de multiples masques et ne signalant son existence que par l’entremise de cartes de visite signées de son nom, Fantômas a tout de la légende urbaine. Une légende qui, face à sa persistance, ne rencontre pas le même accueil. Si la presse, par la voix du journaliste vedette Fandor, crie haut et fort à la manipulation pure et simple visant à masquer l’incompétence de la police, cette dernière considère bien évidemment la menace Fantômas comme réelle. Néanmoins, son porte-parole le commissaire Juve minimise-t-il la menace en usant d’une savoureuse comparaison. En substance, il admet le danger représenté par Fantômas (un voleur doublé d’un assassin) mais considère qu’il n’est rien comparé au fléau des accidents de la route, nettement plus meurtriers. Une manière habile, et pour le coup vraiment drôle, d’inviter la population à davantage se préoccuper de ses affaires plutôt qu’à chercher noises à la police. Mais, dans un cas comme dans l’autre, on sent poindre derrière leurs propos une insolence que Fantômas ne goûte guère. Ayant une haute estime de lui-même, il souhaite être reconnu à sa juste valeur. Or celle-ci semble être un chouïa exagérée. Braquage d’un casino, divers vols de bijoux, rien qui ne le distingue du commun des voleurs, si ce n’est les énormes moyens dont il dispose (base secrète, sous-marin de poche...). Sous cet angle, Fantômas ressemble davantage à un sale gosse qu’à l’ennemi public n°1, statut qu’il estime pourtant mériter. Et ce n’est pas son goût pour le travestissement (un coup il se grime en Fandor, un autre en commissaire Juve) qui permet de démentir cette impression. Il en résulte un profond décalage entre ce qu’il est dit de lui (homme sans foi ni loi qui tue comme on se mouche) et ce qu’il fait réellement. Dans le film, il ne tue personne, préférant s’amuser à ridiculiser des adversaires qui n’ont pas forcément besoin de son concours pour y parvenir. Dès lors, arrive ce qui devait arriver, le personnage titre brille par son inconsistance. A force de pouvoir ressembler à tout le monde, il finit par n’être plus personne, pas même cette figure démoniaque du crime qu’on aimerait nous vendre. Oh, il évoque bien à un moment donné son attirance pour Hélène, la compagne du journaliste, preuve qu’il est aussi capable de sentiment. Mais ce qui aurait pu augurer d’un combat de coqs pour les beaux yeux de la photographe, et accessoirement inciter Fandor à abandonner cet air nonchalant et trop sûr de lui, accouche en réalité d’une souris. André Hunebelle balaie cette ébauche d’arc scénaristique d’un revers de la main et n’y reviendra plus, préférant se consacrer aux divers quiproquos qui émaillent le récit. Car en vérité, Fantômas ne sert qu’à impulser l’humour du film, un humour qui joue sur le registre du théâtre de boulevard.



On rejoint ici une vieille tradition du cinéma français, et qui ne se dément toujours pas aujourd’hui, selon laquelle le cinéma populaire se doit d’être comique. Il n’y a qu’à jeter un œil au box-office des meilleures entrées des films français pour s’en rendre compte, les deux premières places sont occupées par des comédies, Bienvenue chez les ch’tis et La Grande vadrouille. En conséquence, alors que Fantômas dispose de tous les ingrédients pour être un bon sérial, André Hunebelle se contente d’en tirer une poussive comédie qui ne repose que sur l’abattage de Louis de Funès. Un Louis de Funès qui jusqu’alors enchaînait les seconds rôles plus ou moins marquants, à l’image de l’épicier Janvier dans La Traversée de Paris, et qui, en l’espace de deux rôles (Ludovic Cruchot dans Le Gendarme de Saint-Tropez et le commissaire Juve) décroche enfin la timbale pour devenir un acteur incontournable du paysage cinématographique français. Acteur ultra nerveux capable de mimiques incroyables, il fait preuve ici d’un minimum de retenue, sans doute eu égard au standing de son personnage. Par moment, son jeu se fait plus subtil, les gesticulations hystériques faisant place à une gestuelle plus posée, parfois proche du mime. Il s’agit alors des séquences comiques les plus efficaces même si jamais hilarantes. A force d’être toujours le cul entre deux chaises, André Hunebelle n’arrive à rendre son film ni drôle, ni spectaculaire. Les quiproquos issus des multiples déguisements de Fantômas tournent court à force d’être surexploités, signe d’un scénario trop peu étoffé. C’est bien simple, si l’on enlève ces quiproquos, il ne se passe plus rien. Quant aux scènes spectaculaires, elles se résument à la longue poursuite motorisée qui clôt le film et à la descente endiablée de Fandor et Hélène à bord d’une auto dont les freins ont été trafiqués. Des scènes qui accusent leur grand âge, surtout lorsque les effets de transparence sont aussi bâclés. De fait, à chaque fois que les comédiens sont filmés à l’intérieur d’un quelconque moyen de locomotion avec le paysage défilant maladroitement derrière eux, on se croirait dans le parodique Y’a-t-il un pilote dans l’avion ?.

Fantômas représente vraiment le cinéma d’un autre âge, celui où l’on pouvait capitaliser sur deux acteurs quinquagénaires sans risquer de faire fuir le public. C’est bien la seule curiosité d’un film franchement décevant, qui manque de ce petit grain de folie que seul Louis de Funès parvient par moment à insuffler. Fantômas aurait pu être une merveille de film pop, coloré et pétillant, et non pas ce triste film aussi figé que le faciès bleuâtre du bandit aux mille visages. Il faut croire que Alfred Hitchcock avait raison lorsqu’il disait que plus le méchant était réussi, plus le film avait des chances d’être bon. Fantômas n’étant ici qu’un fantoche, il ne fallait pas s’attendre à des miracles. Et de miracles, il n’y en eu point.

Bénédict Arellano

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