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Fantômas se déchaîne. 1965.
Origine : France / Italie
Genre : Comédie policière
Réalisation : André Hunebelle
Avec : Jean Marais, Louis de Funès, Mylène Demongeot, Jacques Dynam...




A la fin de Fantômas, le bandit aux mille visages était parvenu à échapper à ses poursuivants, les laissant le bec dans l’eau. Une suite était donc à craindre et celle-ci ne se fit pas attendre, sortant sur les écrans l’année suivante. Au générique, aucun changement à signaler, l’essentielle de la distribution restant à l’identique, et toujours sous la direction de André Hunebelle.

Alors que tout le monde pensait que Fantômas était de l’histoire ancienne, celui-ci se rappelle bien vite au bon souvenir de la population en kidnappant le professeur Marchand. Ce dernier a travaillé sur l’élaboration d’un rayon télépathique voué à contrôler la pensée et à diriger les gens à distance, une invention qui ne pouvait laisser Fantômas indifférent. Avec elle, il ambitionne de conquérir le monde et, si il a le temps, l’univers (selon la formule consacrée).

Le côté petit bras de Fantômas dans le film précédent jouait beaucoup en la défaveur du personnage. A la lecture du résumé succinct ci-dessus, on sent qu’un effort a été effectué pour que les actes de Fantômas se marient mieux avec l’image qu’il aimerait donner de lui-même, autrement dit celle de maître incontesté du crime. En outre, le titre choisi indique une volonté d’aller plus loin dans la démesure et d’octroyer à Fantômas un pouvoir de nuisance encore plus important. L’entame de Fantômas se déchaîne entérine cette impression.
Passé le rappel des faits via un générique en dessins animés qui retrace les grandes lignes du précédent opus et la remise de la Légion d’Honneur au commissaire Juve pour son action contre Fantômas (preuve que déjà à l’époque, on remettait cette distinction à des personnes pas vraiment méritantes), le bandit impassible n’éprouve aucune difficulté à s’immiscer dans les studios de télévision pour confirmer son retour lors d’une allocution de ce même commissaire. En agissant ainsi, il réaffirme sa toute puissance et son statut de maître du jeu. Ce n’est pas par peur de Fandor et du commissaire Juve qu’il s’est astreint au silence durant une année, mais par choix. C’est lui, et lui seul, qui dicte les règles du jeu. Son intervention télévisée le démontre, comme elle atteste de l’impuissance chronique de la police par l’intermédiaire du commissaire Juve, ridiculisé une nouvelle fois. Il faut reconnaître à Fantômas ce statut inédit de méchant victorieux. Il ne revient pas pour se venger -pourquoi le ferait-il d’ailleurs, puisqu’il a conservé les bijoux dérobés lors du premier film- mais pour asseoir encore davantage sa totale impunité. La moindre de ses apparitions est un affront de plus fait à la police française, non seulement incapable de l’arrêter mais qui plus est, infichue d’identifier l’homme derrière les masques. Il paraît imbattable, sans que cela ne suffise à l’imposer comme une grande figure du panthéon des méchants cinématographiques. Toujours aussi féru de transformisme, Fantômas est plus désincarné que jamais. Peu à peu, il se mue en fantasme dont la présence n’est même plus nécessaire à la mécanique comique du film. A ce propos, André Hunebelle ne varie pas d’un iota les recettes du premier film, jouant toujours autant des quiproquos. Petite nuance néanmoins, si les personnages principaux n’en sont plus à s’accuser les uns les autres d’être Fantômas, en contrepartie, ils se mettent à le voir partout. C’est que désormais, Fantômas tourne à la véritable obsession. Hier dubitatif quant à son existence, Fandor lui attribue aujourd’hui tous les actes criminels portés à sa connaissance. Il n’est maintenant plus question pour lui de prendre la menace à la légère et il n’hésite pas à empiéter sur les plates-bandes de la police pour tenter de l’arrêter.



Plus encore que dans le premier film, la police incarnée par le commissaire Juve et l’inspecteur Bertrand multiplie les gaffes et, partant, les gags. Des gags qui se servent plus que jamais de James Bond comme influence notable. Lorsque ce n’est pas l’utilisation de gadgets qui l’évoque clairement, comme cette gabardine dotée d’un faux bras ou encore ce cigare pistolet et cette jambe de bois mitraillette, ce sont carrément les dialogues qui rappellent l’agent 007 à notre bon souvenir. Le commissaire Juve s’enorgueillit de ces trouvailles, dont il se sert avec une jubilation non feinte. C’est bien simple, le bonhomme tue à tour de bras les hommes de mains de Fantômas dans des éclats de rire frénétiques. Dans ce film, le jeu de Louis de Funès cède plus facilement à l’hystérie, ce qui rend des scènes déjà trop longues sur le papier -le voyage en train entre Paris et Rome, par exemple- proprement insupportables. Heureusement, son génie comique emporte parfois l’adhésion, notamment lors des scènes où il se débat avec son faux bras récalcitrant. Des moments d’absurdités bienvenus dans un film qui peine par ailleurs à s’extirper des sentiers déjà balisés par Fantômas. André Hunebelle ne parvient pas à se renouveler. Preuve en est cette réutilisation de l’arc scénaristique laissé lettre morte dans le premier film, à savoir l’attirance de Fantômas pour Hélène, et repris ici dans le but d’étoffer une intrigue encore bien mince. André Hunebelle développe davantage cette trame, réservant quelques instants d’intimité entre Fantômas et Hélène à l’aune d’une relation reposant sur le chantage. Mais tout cela ne revêt pas un grand intérêt tant cette sous intrigue n’influe en rien sur les rapports entre les divers personnages. Plutôt que de pervertir le personnage de Hélène, cette sous intrigue la maintient dans son statut de belle plante, l’affublant de très seyantes tenues joliment portées par Mylène Demongeot. Les Fantômas véhiculent une image de la femme très vieille France, interdite d’émancipation et qui doit s’éclipser lorsque les hommes s’expliquent entre eux. Hélène ne doit pas faire de l’ombre à son homme, Fandor, personnage pourtant d’un ennui profond dont la vocation héroïque semble n’être là que pour satisfaire l’ego de son interprète.



Et le film de se conclure sur une énième course-poursuite se concentrant sur les seuls Fantômas, Fandor et Juve. Une ultime scène spectaculaire qui, outre la fameuse D. S volante du gredin masqué, jouit des premières prises de vue en direct et en grand format de vol en chute libre. Comme quoi, le cinéma français de l’époque était aussi capable d’innovation, même si cela se faisait au profit de faux raccords flagrants dotant Louis de Funès d’une jolie crinière poivre et sel !

Bénédict Arellano

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