Fantômas contre Scotland Yard. 1967. Origine : France / Italie Genre : Comédie (?) policière Réalisation : André Hunebelle Avec : Jean Marais, Louis de Funès, Mylène Demongeot, Jacques Dynam...
Après avoir échoué dans sa tentative de conquérir le monde, Fantômas revient à ce qu’il sait faire de mieux : l’extorsion de fonds. Il se rend en Écosse chez Lord Mac Rashley auquel il énonce son nouveau plan génial. Il veut soumettre tous les riches de la planète à un impôt de vivre dont il sera bien entendu le seul bénéficiaire. Ledit Lord doit lui servir de porte-parole auprès des autres grandes fortunes pour que tous s’y plient. Pas très ravi à cette idée, Lord Mac Rashley décide de tendre un piège au bandit en se servant de ses ennemis jurés comme appât. C’est ainsi que le commissaire Juve, l’inspecteur Bertrand, Fandor et Hélène se voient conviés en son château.
En 1967, lorsque sort ce Fantômas contre Scotland Yard, Louis de Funès a acquis son statut de star du cinéma comique. Entre le premier et le troisième Fantômas, l’acteur à cassé la baraque à de nombreuses reprises, notamment via Le Gendarme de Saint-Tropez et sa suite, mais surtout grâce à son association avec Bourvil dans Le Corniaud (1965) et La Grande vadrouille (1966). A travers ces films, il a imposé l’image du français moyen irascible et de mauvaise foi, mais au fond pas si mauvais bougre pour peu qu’on se donne la peine de creuser plus avant. A l’aune de ses succès, son temps de présence à l’écran sur les Fantômas a petit à petit grignoté sur celui de son partenaire Jean Marais, qui se trouve lui plutôt en fin de carrière, au point de lui ravir toute la place dans ce troisième opus. Jean Marais se retrouve donc relégué au rang de figurant durant les trois-quarts du film, avant de s’octroyer enfin quelques scènes d’action en toute fin de métrage. Et le fait qu’il interprète en parallèle le rôle titre ne change rien à l’affaire. D’une part, parce que celui-ci passe le plus clair de son temps sous les traits d’un autre et, d’autre part, parce que même sous son « vrai » visage, le comédien doit arborer un masque pour incarner le malandrin. Le commissaire Juve, donc, devient le personnage central autour duquel tourne toute l’intrigue, suivant cette constante de la série, le faire tourner en bourrique. Pour l’occasion, les scénaristes en appellent au folklore local, jouant sur les esprits qui hanteraient les lieux. Le pauvre commissaire va voir fleurir les pendus et autres macchabées dans sa chambre sans que quiconque ne puisse corroborer ses dires, faute de voir lesdits cadavres lorsque tous pénètrent dans sa chambre. Les précédents films nous avaient déjà alerté quant au goût très prononcé du réalisateur pour les gags à répétition. Mais ici, cela prend une ampleur proprement insupportable, à l’image du jeu de Louis de Funès. Par trois fois au moins, il nous rejoue la scène du commissaire poussant des cris d’orfraie à la vision d’un cadavre dans sa chambre, trébuchant sur une marche en allant chercher les autres convives et écarquillant les yeux lorsqu’il se rend compte qu’il n’y a plus la moindre trace d’un cadavre dans la pièce. Ce n’est déjà pas drôle la première fois, alors imaginez au bout de la troisième… Et tout est à l’avenant. Des scènes exagérément longues, qui se répètent jusqu’à plus soif (la quête d’un cheval par le commissaire Juve et l’inspecteur Bertrand en est l’exemple le plus probant) sans apporter cette dose d’humour tant recherchée. André Hunebelle ne fait aucun effort de mise en scène, se contentant de filmer très platement son acteur principal en roue libre. D’ailleurs, Louis de Funès se révèle incapable de sauver ne serait-ce qu’une scène, comme il avait pu le faire lors des précédents films. Ici, tout paraît bâclé. Les scènes comiques sont mal amenées voire très mal écrites, ne reposant que sur les gesticulations de l’acteur. Le film, comme le comédien, en devient épuisant à force de brasser de l’air. Et, comme pour l’épisode précédent, le titre s’avère bien mensonger.
Fantômas contre Scotland Yard. On est en droit de s’interroger devant le manque de pertinence de ce titre. Il y a bien un représentant de la police anglaise pour le justifier, mais celui-ci n’apporte rien au récit, si ce n’est quelques remarques goguenardes à l’intention de son collègue continental. A aucun moment, ce policier flegmatique tente de mettre à mal le plan ourdi par Fantômas. D’ailleurs, personne n’ose. Pourtant, Lord Mac Rashley avait exposé un plan qui devait lui permettre de prendre au piège Fantômas, mais il semble l’avoir oublié en cours de route. Comme il semble avoir oublié l’existence des nombreuses cachettes dans son château, propices aux coups fourrés du bandit. Et Fantômas de se sentir comme chez lui dans cet édifice, ayant eu tout le loisir on ne sait trop quand, ni comment, d’aménager les lieux à sa guise. Tout cela participe de la légèreté avec laquelle a été conçu ce film. Et le comble, alors qu’ils sont tous là pour lui, c’est qu’il n’y a pas une voix pour s’élever et évoquer la possible responsabilité de Fantômas dans les tourments du pauvre commissaire Juve. Tous agissent comme si le brigand n’existait plus. C’est à se demander ce qui ne tourne pas rond chez eux !
Bénédict Arellano |