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The Faculty. 1998.
Origine : Etats-Unis
Genre : Science-fiction
Réalisation : Robert Rodriguez
Avec : Famke Janssen, Piper Laurie, Robert Patrick, Salma Hayek...




1998. Kevin Williamson est au top, il vient d'enquiller coup sur coup les scripts de Scream, Souviens-toi...l'été dernier et Scream 2. Scénariste chouchou d'Hollywood, il venait de redéfinir cyniquement les codes du slasher et les avatars que ses films avaient engendrés marchaient encore plutôt fort. C'est ainsi qu'il se pencha donc sur The Faculty, avec cette fois pour objectif de redéfinir les codes d'un genre science-fictionnel bien particulier : l'invasion secrète extra-terrestre, genre qui connut son apogée durant les années 50, avec comme plus beau représentant L'Invasion des profanateurs de sépultures de Don Siegel. Pour ce faire, Williamson va reprendre quasiment à l'identique la recette de Scream. Il va donc reprendre un groupe de jeunes, exagérément caricaturaux : une pom pom girl pimbèche, un souffre-douleur, le capitaine de l'équipe de foot, un dealer intellectuel, une gothique, la nouvelle... Et il va les placer dans leur milieu naturel : le lycée principalement, mais d'autres fois chez eux, dans la luxueuse banlieue résidentielle d'une ville américaine standard. Après la découverte au lycée d'une sorte de bestiolle aquatique méchante, il se rendront vite compte qu' une invasion extra-terrestre à grande échelle est à l'ordre du jour, aussi terrible qu'en apparence invisible, puisque les dits aliens agissent en parasites et investissent les corps de leurs victimes sans les modifier. A partir de là, la tache de notre agaçant groupe de jeunes (Josh Hartnett dans le lot, c'est dire si ils sont agaçants) est de convaincre leur entourage que l'invasion a commencé, que le personnel enseignant (beau casting : Famke Janssen, Piper Laurie, Salma Hayek, Robert Patrick...) est contaminé, et qu'il va falloir combattre avant que tout le lycée puis toute la planète soient atteints. Bref, c'est L'Invasion des profanateurs de sépultures transposée chez les jeunes de la fin des années 90. Limite démago, Williamson (accompagné d'un Robert Rodriguez qui filme le tout de façon plan-plan) se complaira dans l'exagération des caractères de ses personnages principaux, des élèves qui sont censés représenter l'univers scolaire américain, et qui se rebelleront contre leurs professeurs, au début du film les seuls méchants de l'histoire. Il faut bien caresser son public dans le sens du poil... En attendant, le jeunisme qui règne est horripilant, à l'image de toutes les reprises de grands classiques américains des années 70 qui constituent la BO, comme celle du "I'm Eighteen" de Alice Cooper, ou encore celle du "Another Brick in the Wall" de Pink Floyd, deux chansons très adolescentes (du reste Cooper avait déjà vu son "School's Out" réutilisé dans Scream).



Pour ce qui est des codes de ce sous-genre de science-fiction, on ne peut guère dire que Williamson s'est foulé. Là où Scream s'evertuait à déconstruire le genre, The Faculty se limite à quelques références par-ci par-là, cinématographiques ou littéraires, évoquées directement par l'une des personnages, qui anticipe ainsi les épreuves à venir. De plus, si Invasion of the Body Snatchers ou encore La Chose (davantage le remake de Carpenter que l'original) sont incontestablement des influences à ne pas rater, en revanche comment peut-on dignement prétendre à analyser cet aspect de la science-fiction en nous ressortant plusieurs fois des références aux mauvais Men In Black ? Bref, The Faculty reprend juste la structure narrative d'un film 50s en y insérant quelques éléments, histoire de dire que tout ça n'a pas été construit n'importe comment. Il faut dire que la tâche est tout de même plus ardue que celle exigée par Scream, les slashers n'étant pas à proprement parler des films très élaborés. Mais ce que The Faculty perd en déconstruction (et donc en cynisme), il le gagne en divertissement pur et dur. Oui mais voila, ceci est sabordé par ce que nous évoquions plus haut : le jeunisme et le côté résolument moderne du film. Il n'est guère possible de ressentir quelque chose envers des personnages si stupides, et toute la partie "paranoïaque", celle où les jeunes tentent de convaincre leur entourage, sera assez pénible. La suite se révèlera tout de même un peu mieux, puisque l'invasion se sera intensifiée, et qu'il sera temps pour les personnages d'agir véritablement. Un peu mieux, mais pas fabuleux, à l'image du personnage de la prof campée par Famke Janssen, qui passe d'une personnalité de coincée moche à celle d'une superbe femme fatale comme elle sait si bien les jouer. Ici s'agit ici en l'occurence d'une vague tentative d'humour (comme il y en a de temps à autres dans le film), mais qui représente bien le côté un peu grossier d'un film qui a franchement tendance à souligner exagérément tous ses personnages ainsi que les situations dans lesquelles il les place, à défaut de souligner les codes d'un genre qui se révèle plus fin qu'il n'y parait. La fin du film, grand moment de n'importe quoi, nous incitera même à nous interroger sur la pertinence de l'interprétation du genre par Williamson. Ou bien est-ce tout bonnement un procédé putassier destiné à raccoler le plus de public possible...



Loïc Blavier

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