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Trauma. 1976.
Origine : Royaume-Uni
Genre : Thriller vieillot
Réalisation : James Kenelm Clarke
Avec : Udo Kier, Linda Hayden, Fiona Richmond, Patsy Smart...




Paul Martin (Udo Kier) est un jeune écrivain qui a connu le succès dès son premier roman. Pour la rédaction de son second opus, il s’astreint à une vie d’ermite, enfermé dans la quiétude de la maison de Straw Hill qu’il a loué pour pouvoir finir dans les temps. Or cette solitude commence à lui peser, au point qu’il ne parvient plus à écrire une ligne. Il réclame donc à son éditeur la venue d’une secrétaire afin qu’il puisse lui dicter le roman qu’il a en tête. Celle-ci, prénommée Linda (Linda Hayden), le fascine par sa froideur qui colle parfaitement avec sa propre attitude. A tel point qu’il aimerait bien la posséder... à ses risques et périls car la demoiselle semble cacher des motivations autres que le simple besoin de gagner de l’argent.



Réalisé par l’obscur James Kenelm Clarke, spécialisé dans le cinéma érotique, Exposé jouit d’une réputation sulfureuse du fait de son appartenance à la liste des films interdits en Angleterre sous l’ère Thatcher (les video-nasties), au même titre que les plus connus L’Au-delà de Lucio Fulci, Evil dead de Sam Raimi, La Dernière maison sur la gauche de Wes Craven ou encore Anthropophagous de Joe d'Amato. Si on ajoute à ça la présence en tête d’affiche de l’inquiétant Udo Kier, tout juste sorti du diptyque De la chair pour Frankenstein (1973) / Du sang pour Dracula (1974) de Paul Morrissey, il n’en faut pas plus pour titiller la curiosité des amateurs de bizarreries en tout genre, dont je suis. Pourtant, il nous faut très vite déchanter tant une fois encore le qualificatif « film culte » semble n’avoir été apposé bien en vue sur la jaquette du DVD qu’à des fins strictement commerciales. Sous couvert d’un huis clos étouffant, Exposé s’avère n’être qu’un pâle film d’exploitation aux rebondissements éculés voire totalement abracadabrants.
Les premières scènes nous décrivent un Paul Martin antipathique, particulièrement froid et désagréable dont le succès naissant renforce l’immodestie. En outre, le réalisateur prend un malin plaisir à brouiller les cartes, laissant à penser que derrière l’écrivain se cacherait un hypothétique psychopathe. Après nous avoir fait comprendre à quel point la maison de l’écrivain se trouve isolée via des plans des champs alentours, auxquels s’ajoutent en fond sonore une communication téléphonique au contenu sursignifiant entre Linda et une employée de la maison d’édition de Paul, il filme ce même Paul de dos, emmenant une poule de luxe dans sa chambre, avec force gros plans sur ses mains fermant la porte de la chambre à clé ou s’approchant de manière menaçante du cou de la demoiselle. A cela s’ajoute des visions morbides entrecoupant leur coït et sa manie de porter des gants en latex pour faire l’amour. Mais tout ça relève du trompe-l’œil. La poule de luxe s’avère être en réalité la petite amie de Paul, ou en tout cas sa régulière, et lui-même, plutôt que de folie homicide, semble souffrir d’une profonde culpabilité. L’écrivain n’est pas tout blanc, et il a dû par le passé commettre un acte répréhensible que son subconscient lui rappelle aujourd’hui, au point de l’empêcher d’écrire autre chose que cette litanie de « inquiéter » et « harceler », qui en dit long sur son état d’esprit. Le jeu consiste à savoir de quelle teneur est cette culpabilité. Or nous n’aurons pas vraiment le loisir de nous interroger à ce propos puisque dès l’irruption du personnage de Linda dans la vie de l’écrivain, la raison de son trauma nous apparaît de manière plus qu’évidente. Un plan trop insistant sur la dédicace figurant sur le premier roman de Paul Martin suivi d’un autre sur la photo d’un illustre inconnu que Linda trimballe avec elle dans sa valise suffisent à éclairer notre lanterne à ce sujet. Davantage que la carte du suspense, James Kenelm Clarke souhaite jouer celle du thriller vénéneux autour de deux personnages aussi mutiques et froids l’un que l’autre. Durant tout le film, tous deux se jaugent, chacun semblant attendre son heure mais pour des motifs différents. Et en attendant l’évident dénouement, James Kenelm Clarke s’adonne à quelques digressions qui, au lieu d’accentuer notre sentiment d’étouffement, ne font qu’accroître cette lancinante sensation de remplissage.
Ainsi, l’introduction de deux villageois un peu rustres oriente le film sur les terres de Chiens de paille avec viol de rigueur mais sans jamais en atteindre la puissance perturbatrice. La faute à la mise en scène timorée du réalisateur qui, si par ailleurs il se complaît dans l’étalage des formes accortes de ses deux comédiennes –dont le point d’orgue est atteint lors d’une scène saphique réunissant les deux donzelles–, rechigne à s’attarder sur l’agression dont Linda est l’objet. Filmant au plus près de ses acteurs, il expédie la scène en une poignée de secondes, donnant presque à penser qu’il ne s’agit là que d’une rêverie de la jeune femme. Son penchant pour l’onanisme participe de cette supposition. A l’échelle du film, ces deux individus n’incarnent rien d’autre qu’une péripétie dont la réelle portée ne se révélera que lors du risible rebondissement final.



Sans une classification bienvenue dans cette liste vouée à prémunir la jeunesse anglaise de films au contenu choquant, Exposé serait à coup sûr tombé dans l’oubli. A découvrir aujourd’hui, Exposé se révèle pour ce qu’il est : un inoffensif thriller conjuguant sans grand génie violence – et encore, peu graphique– et érotisme. A noter que le film a connu un remake en 2009 réalisé par Martin Kemp dans lequel on retrouve Linda Hayden dans un rôle secondaire.

Bénédict Arellano

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