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Army of Darkness. 1992.
Origine : Etats-Unis
Genre : Comédie / Horreur / Aventures
Réalisation : Sam Raimi
Avec : Bruce Campbell, Embeth Davidtz, Marcus Gilbert, Richard Grove...




Avec Darkman, Sam Raimi est devenu un nom sur lequel les producteurs pouvaient compter. Son premier film de super-héros obtint des scores fort honorables, plaçant le réalisateur dans l'oeil des gros studios. Evil Dead 3 allait donc se faire auprès de Dino De Laurentiis mais surtout auprès de la Universal, distributeur influent attiré par le succès international des deux premiers épisodes. Mais qui dit major hollywoodienne dit aussi grand-public, et les pontes de la Universal ne pouvaient tolérer les débordements gores vus dans les deux premiers volets. Cela tombait bien : Sam Raimi et son frère Ivan, avec lequel il écrivit le scénario, avaient envie de faire des nouvelles aventures de Ash totalement autre chose que les hystériques séances de démembrements ayant fait la réputation des deux premiers films. Comme le sous-entendait la fin d'Evil Dead 2, Evil Dead 3 ne se déroulerait plus dans la cabane au fond des bois, mais au moyen-âge. L'aventure et l'humour remplaçeraient l'horreur pour inscrire cette séquelle dans la lignée de films tels que Jason et les argonautes. Evil Dead 3 devint ainsi L'Armée des Ténèbres, la Universal souhaitant éviter d'apparenter trop ouvertement le film de Raimi à ses deux prédécesseurs (ce qui est plutôt absurde compte tenu que L'Armée des Ténèbres commence là où Evil Dead 2 s'arrête).

Dans ce troisième volet, nous assistons donc à l'arrivée de Ash au moyen-âge, suite à l'ouverture d'une porte dimensionnelle dans la fameuse cabane forestière. Résumant brièvement l'opus précédent, Raimi prend quelques libertés dans le déroulement des évènements (chose qu'il avait déjà faite au début d'Evil Dead 2), et l'armée médiévale n'accueille plus Ash comme un libérateur, mais comme un ennemi à la solde du Duc Henry, l'ennemi du Roi Arthur. Débarquant pile au moment où s'achève une bataille entre les deux camps, Ash sera traîné au château royal, où il sera poussé dans le puits aux démons. A la surprise général, il en ressortira vainqueur. La prophétie du vieil alchimiste s'annonce véridique : Ash serait le libérateur envoyé des dieux pour aider le Roi à libérer son royaume des démons. Cette tâche passe par l'obtention du Necronomicon, vieux grimoire magique pouvant également aider Ash à retourner dans son siècle.



L'aventure remplace donc l'horreur dans ce récit aux volontés épiques, démarrant même sur le mode "Il était une fois", puisque le film n'est en fait que l'histoire racontée par Ash à ses collègues de travail. L'introduction nous montre donc le personnage de Bruce Campbell pérorer auprès de ses collègues vendeurs de supermarché, cherchant à les impressioner en dévoilant ses actes de bravoure. Dès cet instant, nous savons que l'humour d'Evil Dead 3 (pardon, de L'Armée des ténèbres) n'aura pas la même saveur qu'auparavant. Pourtant, tout au long du film, Raimi joue encore et toujours l'exagération cartoonesque. Mais en se débarassant de toute forme d'horreur au profit du récit d'aventures, il perd également une bonne dose d'agressivité qu'il pense pouvoir compenser en allant encore plus loin au niveau du burlesque. Hélas, ce jusqu'au-boutisme comique, hérité des Trois Stooges autant que des cartoons, alourdit considérablement un film dont l'ampleur épique est déjà totalement absente. Décors sans grandeurs (quelle honte que ce château royal !), personnages caricaturaux, quête au Necronomicon réduite à deux péripéties, Raimi semble avoir traîté l'aspect "aventures" par-dessus là jambe, lui qui avait pourtant bien pris soin dans les deux opus précédents de ne jamais oublier qu'il réalisait un film horrifique autant que comique. L'armée des morts de la fin du film, avec ses squelettes animés à la Ray Harryhausen, ne saura même pas relever le niveau, tant l'assaut porté au château du Roi se fait anecdotique. Raimi ne s'est donc concentré que sur son aspect comique, et avec fort peu de bonheur. Le trop-plein est atteint : les clins d'oeil sont légions, on ne compte plus les "punchlines", et on ne peut que s'attrister des gags potaches incessants. Ash, dans la tradition des deux films précédents, continue à s'en prendre plein la gueule. Mais cette fois-ci, l'absence d'horreur ne donne pas la même portée à ses mésaventures, substituant les flots de sang et la main découpée par des "trouvailles" ouvertement absurdes. Peu de souffrance pour le personnage principal : ses ennemis semblent être ses compagnons de blagues. Fourchette dans les fesses, visage déformé par un vent trop fort, pain dans la gueule (avec bruit de petits oiseaux gazouillant) et même l'alter-ego maléfique partageant son corps (concept repris par Bruce Campbell pour son mauvais Man with the screaming brain). A toutes ces taquineries, Ash répond par d'autres taquineries. Sa tronçonneuse ne sert plus à rien et est remplacée par une main bionique d'aucune utilité. La personnalité même du héros se fait tout autant remarquer : à la malchance légendaire se substitue une mauvaise foi prononcée, un égoïsme exacerbé, une prétention illimitée et une maladresse alarmante. Ash devient la caricature du personnage imbécile qu'il était dans Evil Dead 2. On ne peut que le déplorer, surtout que Raimi n'évite pas non plus de jouer sur le comique relatif à la confrontation des époques, façon Les Visiteurs, mais dans le sens inverse. Ash n'est plus un imbécile : c'est un guignol. Plus généralement, la même remarque pourra être faite au sujet des démons, devenus eux aussi des guignols.

Voilà l'exemple type de la surenchère comique à éviter. Devenu une référence en deux films, Ash s'est assuré un public fidèle, demandeur de nouvelles bévues cartoonesques. Raimi lui en donne plus que de raison, avec insistance, plongeant tête la première dans des gags de potaches, incité en cela par l'abandon du genre horrifique. Trop c'est trop, et Evil Dead 3 devient un film très pénible, beaucoup plus proche de Hercule (future production de Raimi) que des deux premiers Evil Dead. Raimi aura beau ressortir autant de director's cut possibles (et c'est vrai que son film fut retouché à la demande de Universal) : L'Armée des ténèbres ne restera toujours qu'une triste pantalonnade.



Loïc Blavier

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