critiques


réalisateurs


acteurs


thèmes


origines



Escape from the Planet of the Apes. 1971.
Origine : Etats-Unis
Genre : Singeries d'anticipation
Réalisation : Don Taylor
Avec : Roddy McDowall, Kim Hunter, Bradford Dillman, Natalie Trundy...




Une navette spatiale vient de s’échouer au large des côtes de Los Angeles avec à son bord trois chimpanzés. Rapidement soustraits à la curiosité du public, ils sont internés dans le zoo de la ville et confiés au bon soin du Docteur Lewis Dixon. A la suite de quelques tests, ce dernier s’aperçoit qu’outre des capacités intellectuelles incroyables, ces trois chimpanzés de l’espace sont doués de la parole. Le secret ne pouvant être maintenu plus longtemps, le président des États-Unis décide de convoquer une commission d’enquête à laquelle les journalistes pourront assister mais pas participer afin de vérifier si les dires du Docteur Dixon sont vrais. Devant ladite commission, Cornelius et Zira –Milo, le troisième chimpanzé est mort accidentellement au zoo– font forte impression. A tel point qu’ils deviennent des objets de curiosité et sont baladés un peu partout en ville. Toutefois, le Docteur Otto Hasslein goûte peu leur célébrité, lui qui ne voit en eux qu’une menace, eu égard à leur mention de la destruction de la Terre 2000 ans plus tard...

L’explosion nucléaire sur laquelle se concluait Le Secret de la planète des singes laissait peu d’espoir quant à la mise en chantier d’une deuxième séquelle. C’est mal connaître Hollywood qui, dès qu’il y a de l’argent à amasser, est prête à mille prouesses. Et comme le film de Ted Post a bien marché, il revient à Paul Dehn de composer avec ce handicap pour prolonger la saga. Malin, il opte pour le bon vieil artifice de la littérature de science-fiction : le voyage temporel, inversant ainsi les données du premier film. Toutefois, cette pirouette scénaristique ne va pas sans occasionner quelques questionnements quant à la possibilité de ce voyage. Déjà, nos trois chimpanzés l’ont effectué à bord de la navette avec laquelle Taylor était arrivé sur la planète et qui, souvenez-vous, s’était enfoncée dans les eaux d’un lac. Sa récupération n’a donc pas dû être simple... mais laissons aux singes le bénéfice du doute. Par contre, cela nous amène à une seconde interrogation : compte tenu de leurs faibles avancées technologiques, par quel miracle ont-ils réussi à réparer la navette puis à la faire décoller ? Autant de questions qui resteront sans réponse puisque des préparatifs au vol en passant par le décollage, rien ne nous sera montré, le film démarrant judicieusement sur la navette échouée au large des côtes californiennes en 1973. Et c’est là l’un des miracles de ces Évadés de la planète des singes, réussir à nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Car il faut bien le reconnaître, nos légitimes interrogations ne résistent pas longtemps face à une première demi heure particulièrement alerte et riche en situations cocasses, sans pour autant sombrer dans l’humour facile.



En règle général, le voyage temporel est propice aux gags jouant la carte de l’anachronisme. Et bien que venant du futur, Zira et Cornelius sont à même de jouer sur ce registre compte tenu de leur environnement habituel quelque peu archaïque. Or, Don Taylor se refuse justement à tout humour facile. Certes, au contact des humains, Cornelius et Zira s’adonnent à quelques apprentissages pittoresques (le bain et le vin pour elle, la télévision et la boxe pour lui) mais ne nourrissent à leur égard aucunes exaltations particulières. Scientifiques avant tout, ils accueillent toutes ces découvertes avec pragmatisme, le décalage se jouant alors davantage dans le regard de leurs observateurs humains que dans leur manière d’appréhender l’inédit. En outre, les voir douillettement installés et profiter de tout le confort d’une suite grand luxe, pour ce que cela a de cocasse de prime abord, prend à la réflexion une tournure plus embarrassante. Les observer se vautrer assez volontiers dans le luxe nous renvoie à nos faiblesses face au confort de nos sociétés modernes, qui confine à la coercition. Ils agissent en reflets à peine déformants de nos penchants au cocooning en un effrayant mimétisme. Cependant, les hommes prennent bien soin de garder leur distance avec eux, les conservant sous leur joug. Toute dorée qu’elle soit, leur chambre d’hôtel n’en demeure pas moins une prison. Avant même que le récit ne les amène à se réfugier dans un cirque, Zira et Cornelius sont donc considérés comme des bêtes curieuses que l’on se plaît à exhiber un peu partout : ici dans un colloque de féministes, là au musée d’histoire naturelle... En dépit de la réelle sympathie que peuvent leur accorder les docteurs Dixon et Branton, et plus tard Armando, la majorité des gens ne les considère que sous le prisme de la curiosité liée à la nouveauté, et ce sans se départir d’un soupçon de condescendance à leur endroit. Après tout, même doués de parole, ils demeurent avant tout des singes dont on s’amuse de la gaucherie dans le cadre d’événements mondains qui les dépassent. Au moins, pour Taylor, les choses étaient claires : les singes le haïssaient, lui et tout ceux de son espèce. Dans le cas de Cornelius et Zira, c’est plus flou, le couple se retrouvant confronté à un océan d’hypocrisie. A leur égard, les hommes agissent de manière plus sournoise, à l’image du Docteur Otto Hasslein qui derrière ses attitudes mielleuses envers Zira nourrit de noirs desseins. La vision que le couple de chimpanzés a donné du futur l’effraie énormément. A tel point qu’il envisage très sérieusement de les tuer, dans un geste de rejet qui n’est pas sans rappeler celui du Docteur Zaius à l’égard de Taylor, chaque espèce voyant dans l’autre son propre outil de destruction. De fait, l’éventuelle entente entre les deux espèces demeure du domaine de l’impossible.
Tout en déclinant des motifs similaires à La Planète des singes (sentiment d’attraction/répulsion envers l’autre espèce, isolement...), Les Évadés de la planète des singes use d’une tonalité plus intimiste voire romantique en s’inscrivant dans les pas du couple Zira-Cornelius. Laissés pour compte le temps d’un épisode, les deux chimpanzés acquièrent ici une dimension tragique doublée d’une aura mythologique. Dans le même temps, en inversant certains codes de La Planète des singes (on ne prend plus partie pour un humain mais pour des singes), le film de Don Taylor révèle ses ambitions : revenir aux origines des événements aboutissant à la situation décrite par Franklin J. Schaffner et Ted Post. En atteste l’évocation d’Aldo, premier singe qui a su dire "non" à l’homme. Non content d’apporter une plus-value à cet univers en lui créant une mythologie, cet épisode énonce en quelque sorte ce qui pourrait advenir lors d’éventuelles suites. Et peu importe qu’au passage nous ayons à faire à une légère incohérence. Effectivement, par rapport à ce que nous avons vu jusqu’à présent, seul le docteur Zaius était censé connaître les origines de son espèce, et non pas Cornelius. Mais peut-être ce dernier a-t-il profité de son absence pour farfouiller dans ses papiers ? Quoiqu’il en soit, et comme je l’ai déjà mentionné plus haut, ces incohérences ne gênent en rien notre implication dans un récit où nous prenons fait et cause pour Zira et Cornelius, personnages touchants et symboliques de cette saga.



En optant pour une science fiction minimaliste, choix facilité par la modestie du budget –particulièrement visible en ce qui concerne l’hideux costume de carnaval censé figurer un gorille–, et en affichant une réelle volonté de coller au plus près des événements déjà narrés (le docteur Hasslein avait été évoqué par Taylor lors du prologue du premier film), Don Taylor poursuit la saga avec humilité et intelligence. Il a su contourner l’écueil du voyage temporel pour inscrire son film dans un tout global, plutôt que de réaliser une simple resucée ne visant qu’à engranger les dollars. Même s’il n’évite pas une légère baisse de rythme à mi film et que les humains sont quelque peu transparents, Don Taylor a su relancer habilement la saga, ajoutant encore au pessimisme de ses prédécesseurs.

Bénédict Arellano

Voir aussi :



Textes et images © Association Tortillapolis. Tous droits réservés.