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Misbegotten. 1998.
Origine : Etats-Unis
Genre : Thriller / Action
Réalisation : Mark L. Lester
Avec : Kevin Dillon, Lysette Anthony, Nick Mancuso, Robert Lewis...


Paul et Caitlin Bourke s'aiment, et cela fait longtemps que ça dure. Seule ombre au tableau, l'absence d'un enfant en raison de la stérilité de Paul. Caitlin désire un enfant et, pour cela, elle est prête à recourir à l'insémination artificielle. Après bien des discussions, Paul finit par accepter, la mort dans l'âme. Ensemble, ils choisissent l'identité du futur donneur, un musicien. Ce qu'ils ignorent, c'est que ce musicien s'est fait tuer par Billy Crapshout, un désaxé qui s'est substitué au donneur. C'est son sperme qui sera à l'origine de l'enfant des Bourke, pour leur plus grand malheur.

Une naissance réserve bien des surprises et ce, malgré les énormes progrès effectués dans le domaine de la détection pré-natale (sexe, nombre ou tares de l'enfant). Pour le mari, celles-ci peuvent même s'avérer catastrophiques dans le cas où le bébé n'entretiendrait aucune similitude avec lui. La joie laisserait alors place à une coriace suspicion. En ce qui concerne Paul, la question ne se pose même pas puisqu'il sait déjà que l'enfant qu'il attend ne sera pas de lui. Et c'est bien ce qui lui fait le plus mal. Occupant un poste à hautes responsabilités et gagnant bien sa vie, il aurait aimé pouvoir donner la vie, seul détail qui l'empêche d'être un homme accompli. A défaut d'être en mesure d'engrosser son épouse, il se dit favorable à l'adoption, compromis plus qu'acceptable à ses yeux. Sauf que son épouse souhaite elle aussi donner la vie. Elle ne veut pas d'un enfant qui ne possède aucune caractéristique de l'un ou de l'autre. Dans cette optique, avoir recours à un donneur lui semble tout naturel et, surtout, elle n'y voit aucun mal. A elle maintenant de savoir trouver les mots pour convaincre son mari qu'il s'agira bien de leur enfant, et non pas seulement du sien. Tout deux font preuve d'un bel égoisme, cherchant chacun à trouver la meilleure solution pour lui-même, jusqu'à ce que l'un d'eux cède aux arguments de l'autre. En soi, le dilemme est déjà d'importance. Il le devient encore davantage lorsque s'insère dans l'équation la possibilité que le donneur puisse être la pire des pourritures. C'est cet aspect là que Mark Lester et Larry Cohen ont choisi d'illustrer.
Dans le domaine, Larry Cohen n'est pas un perdreau de l'année. Avec Le Monstre est vivant, il s'était déjà intéressé à l'enfantement douloureux. A l'époque, le père pourchassait son fils, dont l'aspect monstrueux et la soif de chair humaine, allait le contraindre à l'infanticide. Dans L'Enfant du mal, le bébé reste au coeur de l'intrigue mais, cette fois-ci, le danger provient du père biologique. Billy Crapshout est un déséquilibré mental doublé d'un parasite. Il tue à loisir des gens dont il usurpe l'identité, le temps de s'accorder du bon temps à peu de frais. C'est un impulsif qui parait incapable de douceur, ni de faire preuve de sentiment. Il a passé une bonne partie de sa vie en prison, passant du statut de souffre-douleur à celui de "caid". La prison l'a endurci, et a fait de lui cet être froid et, apparemment, insensible. Pourtant, il nourrit les mêmes espoirs que tout un chacun. Lui, l'être asocial dépourvu d'amour, se découvre, au hasard d'un courrier lu chez sa dernière victime, l'envie d'être père. Dès lors, il s'arrange pour connaître les heureux bénéficiaires de son don. Et nous assistons une nouvelle fois à l'intrusion du mal au sein d'une gentille petite famille, à la différence, toutefois, que celle-ci est double. A la persécution insidieuse orchestrée par Billy, s'ajoute la présence de plus en plus encombrante du bébé. Caitlin perd pied, souhaite se débarrasser de son enfant si longtemps désiré, fruit d'un monstre à visage d'angelot. Par moment véritable tête à claque, Kevin Dillon alterne jeu apaisé et pur cabotinage, notamment lors des scènes où il donne libre cours à ses accès de rage. Etant donné que l'enfant qu'attend Caitlin est le sien, il la considère comme sa femme légitime. Elle est la seule à ne rien avoir à craindre de son impulsivité. Elle est la seule capable d'en venir à bout.

Réalisé par Mark L. Lester, réalisateur musclé de Class 1984 et Commando, L'Enfant du mal ne brille pas par sa finesse. Il se concentre essentiellement sur les méfaits de Billy, au détriment des sentiments, plus qu'ambigus, de Caitlin. Il est vrai que le personnage se retrouve plutôt mal servi par le jeu sans nuance de Lysette Anthony. Néanmoins, son attirance pour Billy aurait gagné à être davantage développée. Elle aime toujours son mari, mais leur choix pour avoir un enfant tend à les éloigner. Paul Bourke devient irritable, se sent mal dans sa peau et finit par délaisser sa femme. Dans le même temps, Caitlin respire la joie et la bonne humeur, ne se lasse pas de cotempler son ventre qui s'arrondit (très légèrement) et elle meurt d'envie de connaître l'homme à qui elle doit son bébé. Mark Lester avait toutes les cartes en main pour jouer sur l'aspect angoissant d'une telle histoire. Il a préféré orienter son film vers une voie plus spectaculaire à base de scènes chocs et d'une fusillade finale. Difficile de dire si on a perdu au change. En l'état, L' Enfant du mal s'apparente à un Hollywood Night de bonne facture, qui repose tout entier sur les épaules de Kevin Dillon, acteur plutôt rare sur un écran. Et le fim de se clore sur une petite touche ironique, bien dans le style de Larry Cohen.

Bénédict Arellano

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