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Brain Damage. 1988.
Origine : Etats-Unis
Genre : Horreur
Réalisation : Frank Henenlotter
Avec : Rick Hearst, Gordon MacDonald, Jennifer Lowry, Theo Barnes...




Frank Henenlotter n'est pas un réalisateur prolifique. Cinq films entre 1982 et aujourd'hui, plus un sixième, Bad Biology, actuellement en chantier (et qui promet d'être très corsé). Mais de ses rares films, on peut déjà dégager une fascination récurrente, celle des bas-fonds de l'Amérique et de toute la horde de déchets humains qui les peuplent. Des monstres difformes (les Basket Case, au nombre de trois), des putains (Frankenhooker) et, avec Elmer, des drogués. Ces différentes catégories de personnes se croisent dans le même milieu pourri et cradingue, et c'est du reste sans surprise que nous verrons débarquer dans Elmer un bonhomme promenant une cage en osier (dans laquelle est probablement enfermé le Belial de Basket Case), que nous fréquenterons des night club malsains et un hôtel miteux. Le tout dans une photographie bleutée assez crasseuse également. Pourtant, Brian, le héros, n'avait au départ rien à voir avec ce milieu. C'était un jeune homme stable avec un boulot, une copine, vivant en collocation avec son frère. Mais tout changea le jour où durant son sommeil il se fit posséder par Elmer, sorte d'étron doté de raisonnement et de parole ayant tout juste fui de l'appartement de ses propriétaires qui ne le nourrissaient pas assez bien à son goût. Pour s'assurer de la docilité de ses hôtes, Elmer leur injecte une puissante drogue dans le cerveau, ce qui permet de les rendre dépendants et de ne pas les voir se révolter dès qu'il part en quête de cervelle humaine, sa nourriture fétiche. C'est donc le début de la décadence pour Brian...



Elmer, le monstre, n'est ni plus ni moins que le démon de la drogue personnifié. Avec sa voix douceureuse très loin de coller à son aspect, il rassure, il amuse, il reste poli. De quoi amadouer son hôte, qui au début n'y verra que du feu et ne se rendra aucunement compte de la situation de dépendance dans laquelle il se place, pas plus qu'il ne sera concerné par les meurtres qu'il rend possible en trimbalant Elmer. La drogue est un danger pour soi et pour les autres, tel est ce que dit Henenlotter, qui évoque également le sujet du manque et de l'overdose. Mais il ne faudrait pas croire que la pourtant indéniable leçon de morale prend des allures classiques. Comme tous les films de Henenlotter, l'humour de très mauvais goût prend le dessus, et permet même d'excuser l'aspect plus qu'approximatif des effets spéciaux relatifs à Elmer (signés Gabe Bartalos). Très mal animé, le monstre est en plus doté d'un visage à la con : ses petits yeux bleus sont profondément enfoncés dans sa grosse tête, il louche, et sa gueule quand elle s'ouvre se révèle être un amas de piques, de dents et de petites tentacules placés n'importe comment. L'effet spécial est affligeant, mais le résultat est là : on se retrouve un peu avec le même décalage que le dessin animé South Park, aux animations complètement nulles mais avec un penchant assumé pour la provocation pas si bête que ça. On ne sera en revanche pas aussi tendres avec certaines hallucinations, principalement des flash lumineux ou des effets de négatifs colorés, qui pour le coup ne servent aucun second degré mais avouent plutôt le cruel manque de budget.
Cependant, plus le film avancera, moins il y aura d'effets ratés de ce genre. Cela tient aux "trips" de Brian, qui cessent d'être de vagues visions psychédéliques pour être plus fréquemment des hallucinations cauchemardesques généreuses en gore, témoin cette scène où le jeune homme se retire un grand fil sanglant par l'oreille, ou encore qui cessent d'être montrés par les yeux du personnage principal pour mieux êtres vécus par la perspective d'Elmer. Ainsi, celui-ci utilisera la poule dénichée par son hôte pour se faire littéralement et intégralement sucé, en profitant pour dévorer le cerveau de la jeune femme. Une scène très explicite et parfaitement révélatrice du mauvais goût de ce bon blagueur de Frank Henenlotter. La décadence de Brian ne sera pas non plus sujette à appitoiement, bien au contraire, puisque Elmer se montrera de plus en plus ironique. Ayant amadoué son hôte à tel point que ce dernier, bien que désormais conscient de sa dépendance, ne peut plus se passer de lui, Elmer lui imposera une véritable épreuve de force : dans un hôtel dégueulasse digne de celui de Basket Case, l'homme et la créature mesureront leur emprise l'un sur l'autre, l'un devant combattre sa toxicomanie, l'autre son jeûne forcé. Il n'y aura tout simplement pas de match, et Henenlotter de faire traîner en longueur les souffrances du garçon pour au final le révéler battu, humilié et prêt à laisser à Elmer toute la lattitude nécessaire pour qu'il puisse continuer sa boucherie.
Et au milieu de tout ça, les vieux propriétaires d'Elmer, eux aussi intoxiqués, chercheront à retrouver leur protégé. Ce sera l'occasion pour nous parler de l'histoire d'Elmer, aussi incongrue et foutraque que le monstre en lui-même.



Elmer, le remue méninge (pour une fois, signalons un titre français collant mieux au film que le titre original un peu banal de Brain Damage) est un de ces rares films sachant parler d'un sujet d'actualité généralement propice au pathos avec une irrévérence certaine et avec un penchant pour le dégueulasse qui le rendent ma foi assez percutant. Evidemment, le film n'est pas non plus extrêmement réfléchi (prétendre le contraire serait de la mauvaise foi, tant les étapes de la vie d'un drogué y sont convenues), mais cette amusante descente dans l'enfer de la drogue vaut bien mieux que par exemple un plus profond mais aussi plus tape-à-l'oeil Requiem for a dream. Les critiques respectables n'en feront jamais leurs choux gras, et le film restera certainement dans le ghetto du cinéma d'horreur des années 80, là où Henenlotter se sent parfaitement à l'aise et là où mine de rien il se révèle bien plus doué que certains de ses collègues réputés qui font des films à tour de bras pour de temps en temps pondre un bon film. Elmer est tout simplement un bon film, original, amusant et de mauvais goût.

Loïc Blavier

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