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Elephant. 2003.
Origine : Etats-Unis
Genre : Drame
Réalisation : Gus Van Sant
Avec : Alex Frost, Eric Deulen, John Robinson, Elias McConnell...


Bon, j’ai pas mal réfléchis au film et à ce que j’ai pu retenir et interprété… Voilà un peu ce que j’en sors, ce que j’en pense, ce qui me dérange… Une critique donc ! Parce que si je me permets d’écrire un semblant de critique, c’est parce que je pense que ce film est un film important, que ce n’est pas un divertissement, qu’il fait passer un message important pour l’humanité, je vais essayer de le déchiffrer.
J'ai trouvé le film assez dur. On entre facilement dedans, on intègre bien les lieux, on pense au(x) lycée(s) qu'on a fréquenté, la mise en scène est particulièrement réussie, ainsi que le montage, qui donne une atmosphère d'intemporalité, on n'a pas idée du temps qui passe, on a le sentiment que tout s'est arrêté pendant une journée, on a l'impression que les choses se répètent et que de toute façon, on ne pourra l'éviter.
C’est un film marquant, un film grave aussi. Une palme cannoise je pense méritée, même si je n’ai pas vu toute la sélection, mais ce film est important parce qu’il présente une réalité. Le ton reste neutre, ce qui est indispensable : il n’apporte aucun jugement, il ne donne aucune solution, il ne dit pas pourquoi les choses se sont passées, tout reste finalement flou.



Mais pourquoi ce titre Elephant ? Alors, j’ai cherché, et apparemment, cela serait une référence à un moyen métrage du même nom où la violence serait très présente un peu comme dans ce film, voilà !
En ce qui concerne les détails et les références, on peut citer Full Metal Jacket, en raison de la similarité avec le camp d’entraînement militaire. Parce que, qu’est-ce qu’une école sinon, un lieu où l’on éduque les jeunes ? Mais quand on y pense, il montre simplement un système mis en place depuis des dizaines et des dizaines d’années partout en occident, un système scolaire loin d’être parfait d’où certains se font exclure, et souvent de façon inconsciente par ce même système. C’est grave, c’est dur, mais est-ce forcément une raison pour en arriver là ? Là encore pas de réponses, et on ne peut savoir.
Au niveau des détails, j’ai remarqué quelques vêtements des principaux protagonistes. Rien n’est mis au hasard. En ce qui concerne le taureau sur le tee-shirt jaune du petit blondinet, on peut penser à la référence du Minotaure. Je m’explique : le Minotaure était un être qui vivait dans un labyrinthe à l’écart de la société. Et qui l’avait mis à l’écart ? L’homme ! Cette même société parce qu’il voyait en lui un être différent. Alors il erre dans le labyrinthe comme ces jeunes qu’on voit déambuler, longtemps, dans les couloirs du lycée, on ne voit pas la fin de ces couloirs. Si je me souviens bien de la légende du Minotaure, c’est une créature moitié homme moitié taureau, qui est le fruit de l'adultère entre la femme du roi Minos et une créature divine sous forme de taureau. Lorsque Minos l'apprend il décide de bannir cette monstruosité dans un labyrinthe. Donc le Minotaure représente clairement l'être exclu de la société à cause de sa différence monstrueuse et son origine honteuse, un être à nature duale qui a perdu tout lien social et donc son humanité, qui erre sans fin dans un labyrinthe, aussi bien mental que physique. C'est pour cela que le réalisateur insiste tellement sur les déambulations des personnages dans les longs couloirs. Tous les marginaux du film sont donc des Minotaure en puissance (d'ailleurs on pourrait croire au début du film que le blondinet est l'un des meurtriers), mais certains se contentent de passer entre les remparts, de se déplacer dans l'arène (référence au taureau), comme la fille qui rase les murs.
Sinon, il y a aussi le sweet rouge du garçon avec sa copine. Celui où il y a écrit "lifeguard". Derrière il y a une grande croix blanche. Une cible à n’en pas douter. D’autant plus que ce même personnage est celui qui envoie des boulettes sur un des meurtriers.
Et puis il y a aussi les références à la photo, il y a aussi beaucoup de thèmes liés à l’adolescence, comme l’homosexualité, l’anorexie, la violence, le mal-être, l’impossibilité d’entrer dans un moule auquel on nous force à adhérer… La photo reste un élément essentiel en raison de sa capacité à cibler l’instant, à le définir et à l’immortaliser. La relation avec la mort et la photo, l’arme et l’appareil photo, un déclic dans les deux cas, un arrêt sur image. C’est dingue comme ce film est riche en références et en symboles ! Et j’en oublie ! Et il y’en a que j’ai même pas vu ! Donc, je vais m’arrêter là ! Plus j’y pense, plus ce film est extraordinaire ! Avec cette scène de fin, qui fait référence à Shining, bref, du grand art rempli de références et d’un thème fort.
Et puis la scène qui me dérange… Cette scène du baiser entre les deux garçons sur la bouche sous la douche (essayez de le dire 10 fois de suite à haute voix cette phrase, on va rire !) qui invite le spectateur à penser "ah bé voilà, s'ils sont si mal dans leur peau c'est parce qu'ils n'assument pas leur sexualité". C’est un peu exagéré, pas forcément nécessaire…

Au final, un film qui m’a mis mal à l’aise, qui ne rassure pas, et qui présente une réalité qui n’est pas si loin de nous finalement.
Malgré cela, j’ai beaucoup apprécié. Est-ce le film de l’année 2003 ? En tout cas, il mérite qu’on s’y attarde et qu’on parle de lui. C’est ce que j’ai fait non ?



Jérémie Conde

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