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District 9. 2009.
Origine : Nouvelle-Zélande / Etats-Unis
Genre : Science-fiction
Réalisation : Neill Blomkamp
Avec : Sharlto Copley, Jason Cope, Nathalie Boltt, Sylvaine Strike...


Peter Jackson, le réalisateur de la trilogie du Seigneur des anneaux, rêvait de participer à l’adaptation cinématographique de la saga Halo, jeu vidéo futuriste sorti sur Xbox et Xbox 360. Il avait déjà trouvé un réalisateur, Neill Blomkamp, sud-africain qui s’était fait remarquer grâce à son court-métrage Alive in Joburg qui racontait les problèmes liés à l’installation d’extra-terrestres dans la ville de Johannesburg.
Le projet Halo tombant à l’eau (désolé...), Blomkamp obtient 30 millions de dollars pour réaliser son premier long-métrage. Il reprend alors son idée originale, celle de son court-métrage de 6 minutes et quelques secondes, et en fait un film d’environ 1h50.



Ainsi, le film, commençant tel un documentaire, nous plonge en plein Johannesburg, où les habitants découvrent médusés l’apparition d’un gigantesque vaisseau extra-terrestre au-dessus de leur ville. Pourtant, rien n’en sort. Quelques mois plus tard, les autorités décident d’intervenir et entrent dans le vaisseau. Ils y trouvent des aliens malades, sous-nourris.
Pris en charge, les néo-étrangers finissent par faire peur aux habitants de la ville et les autorités parquent les extra-terrestres, surnommés crevettes, dans un camp, le District 9.
20 ans plus tard, c’est la société privée MNU (Multi-National United) qui gère le camp. Deuxième vendeur d’arme de la planète, la MNU n’a pour but que de réussir à faire fonctionner les armes extra-terrestres qui nécessitent de l’ADN alien pour marcher.
Mais face à la pression populaire, qui désire voir partir les crevettes de Johannesburg, les autorités décident de les déplacer dans un camp loin de la ville. C’est ainsi que Wikus est chargé d’organiser le transfert des crevettes d’un camp à l’autre. Cependant, les aliens ont des droits et chaque crevette doit signer l’avis d’expulsion. Wikus et ses équipes foncent sur le terrain et font le tour des taudis pour faire signer les monstres. On découvre alors les conditions de vie des aliens, traités comme des animaux, vivant dans des conditions sanitaires horribles, mangeant des ordures, et se faisant tuer au moindre signe d’agressivité.
Alors que Wikus fouille la baraque d’une crevette, il découvre un tube étrange, de technologie alien. En le tripotant, un liquide noir est rejeté sur son visage. C’est le début des ennuis pour lui.

Si je m’arrête volontairement ici dans le résumé du film, c’est que si je dévoile la suite, on va perdre la surprise de ce qui est sans doute l’essentiel du film, l’enjeu exceptionnel de cette histoire originale.



Wikus est donc le héros malheureux de cette histoire qui va se retrouver obligé de se réfugier dans le District 9, lui qui avait tant combattu ces crevettes qui le dégouttaient. Au milieu de tout cela, les enjeux sont assez simples. Wikus est la clé qui permettra à la MNU de contrôler les armes extra-terrestres, armes qui ont une capacité de destruction assez exceptionnelle.
Joué par Sharlto Copley, également acteur et producteur du court-métrage de Blomkamp, et qui jouera Looping dans l’adaptation de L’Agence tous risques, Wikus est un personnage qui n’a rien du héros. Maladroit, présenté comme une sorte de ringard, il doit faire face à une situation que nul autre être humain n’a vécue. L’acteur est fantastique ! Drôle, émouvant, crédible, il s’incruste à merveille dans ce film à faible budget se rapprochant d’une série B d’excellente qualité.
Car des qualités, ce film n’en manque pas. Véritable œuvre de science-fiction, l’auteur réussit à poser intelligemment des questions sur notre humanité, et c’est bien là le premier intérêt de la SF pure et dure. Ainsi, Neill Blomkamp, ayant insisté pour que le film ait lieu dans son pays, en profite pour réaliser une critique sociale virulente. Encore marqué par l’Apartheid, les habitants de Johannesburg n’hésitent pas à justifier le fait de parquer ainsi les extra-terrestres, ne leur reconnaissant pas le statut d’êtres conscients, voire d’êtres humains. Blomkamp n’hésite ainsi par à égratigner cette humanité qui fuit l’étranger, qui le chasse et qui le refuse. Le film s’affiche ainsi comme une allégorie de notre société contemporaine, qui s’inquiète de l’arrivée massive d’étrangers près de chez eux. Ne pas se mélanger avec ce qu’on ne connaît pas, pourrait-on résumer rapidement.
Le réalisateur montre une humanité violente, se considérant au-dessus de la vie extra-terrestre, faisant de certains des cobayes, se permettant de jouer avec la vie au point de mettre les profits d’une société au-dessus de la vie humaine et extra-terrestre.

Intelligemment construit, le film est monté de façon très originale. Le metteur en scène, jonglant avec des images façon documentaire, des images live, et même des images de caméras de surveillance, nourrit ainsi l’immersion totale du spectateur. Sa mise en scène, nerveuse, appuyée par des scènes live tournées caméra à l’épaule, s’illustre magnifiquement bien dans ce film de science-fiction qui s’impose comme la meilleure œuvre SF de la décennie. Les effets spéciaux, réalisés par la même société que celle qui s’est occupée du Seigneur des anneaux, réussissent là un coup de force en variant les effets physiques et numériques. Ce que l’on voit à l’écran paraît tellement réel qu’on en oublie l’aspect SF du film. Ce dont nous sommes témoins paraît trop réel.

On pourra aussi s'amuser à chercher les nombreuses références qui ponctuent le film. On pense surtout à quelques jeux vidéos, Half Life 2 par exemple ou encore Halo à travers quelques choix esthétiques (le petit vaisseau ou encore les crevettes qui m'ont fait penser aux Covenants dans leur façon de se déplacer et de se tenir). On pourra aussi y voir parfois un peu tout ce qu'on veut, mais il est clairement évident que le réalisateur a été nourri et l'est encore, par les jeux vidéos. Voilà un homme qui serait le bienvenu pour enfin donner au cinéma sa meilleure adaptation de jeu vidéo.



Au final, District 9 s’impose comme une franche réussite. Il rappelle que certains films peuvent encore aujourd’hui surprendre par leur originalité, soit dans l’histoire soit dans la forme (je pense par exemple à Cloverfield). Plus que l’originalité, c’est la liberté à laquelle le réalisateur à eu droit qui réconcilie (un peu) avec le cinéma de ces dernières années, tellement formaté.
Reste qu’au-delà du divertissement visuel (les scènes d’action sont tout simplement géniales), on sort du film un peu écœuré par cette humanité qui est la notre et qui nous rappelle que les hommes sont terriblement remplis de défauts et ne retiennent rien de leur propre histoire.

Jérémie Conde

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