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Diary of the Dead. 2007.
Origine : Etats-Unis
Genre : Reprise de franchise
Réalisation : George A. Romero
Avec : Michelle Morgan, Joshua Close, Shawn Roberts, Amy Ciupak Lalonde...




Entamée en 1968, la saga des morts-vivants de George A. Romero semble avoir trouvé son épilogue en 1985 avec Le Jour des morts-vivants. En trois films, le cinéaste a fait le tour de la question, nous dépeignant une humanité sombrant toujours plus avant dans la déliquescence tant elle se révèle incapable de faire front commun pour endiguer l’invasion. Dès lors, seules les initiatives individuelles ont une chance d’aboutir. Et si ce dernier film se clôt sur une infime note d’apaisement, il ne s’agit là que d’une goutte d’optimisme dans un océan de pessimisme. Après Le Jour des morts-vivants, tourner la page n’a pas été chose aisée pour George Romero. A Hollywood, on a vite fait de vous coller une étiquette dont il est bien peu évident de se défaire. En outre, et de manière paradoxale, le réalisateur jouit de beaucoup moins de liberté lorsqu’il s’éloigne des morts-vivants. Pour Incident de parcours (1988), il a par exemple été contraint de tourner un happy end en totale contradiction avec la noirceur du film. La Part des ténèbres (1993) a quant à lui pâti de la faillite du studio Orion, restant plusieurs années au placard. Et puis il y a Bruiser (2000), variation sur le thème du fantôme de l’opéra, qui est passé –à tort– totalement inaperçu. Alors ce qui devait arriver, arriva. Après avoir été pressenti pour l’adaptation du jeu vidéo Resident Evil (qui échut finalement à Paul W.S. Anderson), George Romero a consenti à donner un prolongement à sa saga des morts-vivants avec le médiocre Land of the dead (2005), maladroite allégorie de l’Amérique de George W. Bush. En dépit de quelques belles idées éparses, Land of the dead vient confirmer que George Romero a bel et bien tout dit sur le sujet. Vous comprendrez donc aisément que l’annonce d’un énième avatar de sa saga fondatrice par ses soins ne pouvait décemment susciter autre chose qu’un profond dépit...

Un simple reportage sur un fait divers se transforme en premier témoignage sur le début du chaos. Pour des raisons inexpliquées, les morts se relèvent et s’en prennent aux vivants. Très vite, les autorités se trouvent dépassées par un événement aux répercussions mondiales. Des étudiants en cinéma en plein tournage au moment des faits décident de rester ensemble pour retrouver leurs proches. L’un d’eux, Jason Creed, veut quant à lui filmer tout ce qu’il voit afin de rendre compte de la situation dans sa vérité la plus crue, par opposition aux médias. C’est son film que nous avons sous les yeux, intitulé "La Mort de la mort".



"La Mort de la mort"… Avec un titre pareil, on pourrait penser que George Romero s’est laissé aller au second degré, ce qui est loin d’être le cas. La distanciation, ce n’est pas trop le truc du cinéaste, qui a suffisamment foi en ses morts-vivants pour ne pas les pervertir avec un humour trop appuyé. Tout juste s’autorise t-il quelques clins d’œil. Malicieux, il donne la raison de la démarche lente de ses morts-vivants au détour du film d’horreur que réalisent Jason Creed et ses amis au début du film. De même, chaque plan de vidéo surveillance –en noir et blanc– renvoie avec nostalgie à La Nuit des morts-vivants, siège d’une maison à l’appui. Toutefois, George Romero a tout de même consenti quelques concessions. Ou tout du moins, a choisi de faire profil bas en réalisant un film moins radical qu’à l’accoutumée. Diary of the dead se situe donc à la croisée des chemins de deux tendances du cinéma actuel : le « reboot » (grosso modo, on peut apparenter ça à un rajeunissement de franchise dans la lignée de ce qui a été fait pour Batman avec Batman Begins, ou Superman avec Superman Returns) et le documenteur, popularisé par Le Projet Blair Witch.
C’est donc tout naturellement que George Romero fait table rase du passé en démarrant son film à l’instant même où cet étrange processus qui pousse les morts à se relever s’enclenche. La bande d’étudiants à laquelle le cinéaste s’attache n’a d’abord vent du drame que via les médias. Au huis clos originel succède une sorte de road movie durant lequel les survivants appréhenderont l’ampleur du phénomène en traversant le pays à bord d’un camping car pour un long périple. Cependant, et alors que le procédé du road movie s’y prête, George Romero préfère que ses personnages empruntent des chemins de traverses plutôt que de grands axes, s’évitant ainsi d’avoir à dépeindre à grande échelle le chaos. Malin, il utilise les nouveaux médias (internet en tête) pour tout de même conférer une portée mondiale à son récit. Et c’est là-dessus de se greffe le côté documenteur du film. Apprenti réalisateur, Jason Creed décide à l’aune des événements de jouer les reporters de guerre pour rendre compte de la situation du mieux possible. L’entame du film repose alors sur son seul point de vue, avant qu’une deuxième caméra ne fasse opportunément son apparition lors de la scène de l’hôpital, permettant ainsi à George Romero de multiplier les angles et les points de vue. D’ailleurs, compte tenu du parti pris initial, Diary of the dead s’avère très bien filmé. A tel point qu’on peut légitimement s’interroger quant à la véracité du procédé. La réponse est donnée dès le générique du film par l’intermédiaire de Debra, la copine de Jason, qui s’est chargée du montage de ses rushs et de l’ajout d’une musique pour, de son propre aveu, susciter la peur parmi les spectateurs. George Romero se refuse à s’enfermer dans les limites du gimmick employé, utilisant l’aspect cinéma vérité davantage pour étayer son propos que comme une fin en soi. Comme à son habitude, le réalisateur se sert des morts-vivants pour donner son avis sur le monde. Diary of the dead ne déroge pas à la règle, lui offrant l’occasion de discourir sur les médias en général et de la manière dont ils traitent l’information. Mais contrairement à sa trilogie, où le sous texte politique apportait à chaque fois une plus-value, ici, et comme deux ans plus tôt pour Land of the dead, cela a plutôt tendance à le desservir du fait tout à la fois d’un manque de finesse et de clarté dans le propos.
Jason Creed se pose comme le seul garant de la vérité en opposition aux médias traditionnels qui, comme un seul homme, relaient les mensonges d’états, prompts à vouloir étouffer une affaire pour laquelle ces derniers sont peut-être impliqués. A travers ce personnage, George Romero semble donner plus de crédit aux démarches individuelles de citoyens lambda qu’à celles de vrais journalistes. Ceux-ci sont très vite dépeints comme des fonctionnaires blasés, davantage motivés par l’obtention de leur chèque à la fin du mois que par la quête de la vérité. Nous sommes loin de l’image quasi chevaleresque que ces mêmes journalistes possédaient durant les années 70. Aujourd’hui, c’est une corporation qui joue souvent le mauvais rôle, raillée pour son opportunisme et son avidité. George Romero abonde dans ce sens, en en faisant les dociles porte-parole des puissants. Bien que manquant de nuance, ce point de vue est bien légitime compte tenu des divers exemples faisant état de médias manquant singulièrement de pugnacité et d’indépendance. Néanmoins, faire d’internet un nouvel eldorado pour tout ceux qui désirent être informés et bien informés, me paraît hasardeux. Internet est une auberge espagnole où l’on trouve tout et son contraire. Et quelques soient nos opinions, il sera toujours possible de dénicher au moins un site qui aille dans notre sens. En règle général, tout ce qui relève de l’information immédiate se doit d’être pris avec des pincettes, quelque soit son mode de diffusion. Pas pour George Romero, qui préfère se placer du côté de l’individu plutôt que du côté des institutions. Après tout, c’est un choix comme un autre. Le problème, c’est que tout cela manque de cohérence du fait du double rôle que Jason se voit attribuer.
D’un côté, il est donc celui qui rapporte les événements dans sa vérité la plus crue, mais il est aussi à l’image de ces reporters arrivistes prêts à tout pour rapporter un scoop. En filigrane, il est question de postérité. Apprenti réalisateur à l’avenir loin d’être assuré, Jason voit dans ces événements exceptionnels et dramatiques une opportunité de se faire un nom. De tout le film, il ne lâchera jamais sa caméra, même lorsque sa vie ou celle d’un de ses amis sera menacée. De l’ensemble des personnages, il est à la fois le plus invisible mais aussi le plus détestable de tous. Et même si George Romero lui prête quelques réactions humaines (peur, dégoût), l’antipathie à son encontre va crescendo tout au long du film. Il nous vient bien entendu à l’esprit l’image de ces reporters de guerre rendant compte de conflits armés avec pour seul souci de ne pas influer sur le cours de l’histoire, d’en rester les témoins passifs. Or, dans le cadre du film, cette neutralité n’a pas lieu d’être compte tenu des liens qui existent entre Jason et ses compagnons. Il paraît inconcevable dans un tel contexte qu’il préfère filmer une amie pourchassée par un mort-vivant plutôt que de lui venir en aide. Et loin de condamner cette attitude, George Romero prend le parti de la glorifier, le film se présentant sous la forme d’un hommage au travail de Jason Creed.



Assez déplaisant dans le fond, Diary of the dead s’avère néanmoins plus plaisant à suivre que Land of the dead. La structure du film –une fuite en avant– y contribue fortement, ne donnant pas cette impression d’insupportable surplace de son prédécesseur. En outre, les jeunes acteurs employés se montrent bien plus à leur avantage que ne l’étaient les Simon Baker, Asia Argento et consorts. Il n’empêche que de par son statut de « reboot », Diary of the dead se prive de toute possibilité pour développer cette espèce de ré-humanisation des morts-vivants amorcée lors du précédent film, ce qui en constituait d’ailleurs le seul intérêt. Dès lors, les morts-vivants se retrouvent relégués au simple rang de chairs mortes, ne générant même plus de cette poésie macabre si chère à son auteur. Quant à Romero, il donne l’impression de fonctionner en guidage automatique, toujours prêt à retrouver ses morts-vivants même si il n’a plus rien à dire sur le sujet depuis longtemps. L’existence d’un énième avatar, Survival of the dead, n’est pas pour rassurer quant à la suite de sa carrière. Ne reste plus qu’à espérer que sa nouvelle collaboration avec Dario Argento aboutira et que le résultat redonnera une seconde jeunesse à ces deux maîtres de l’horreur contemporaine devenus aujourd’hui des ersatz d’eux-mêmes.

Bénédict Arellano

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