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The Devil's Rejects. 2005.
Origine : Etats-Unis
Genre : Horreur / Thriller
Réalisation : Rob Zombie
Avec : Sid Haig, Bill Moseley, Sheri Moon Zombie, Ken Foree...


Rob Zombie nous avait déjà prouvé son amour pour le cinéma de genre avec le très bon House of 1000 corpses. Ce premier film, malgré quelques erreurs de débutant et quelques lourdeurs dans la réalisation, permettait déjà de faire découvrir aux spectateurs l’univers de Rob Zombie. Un univers dérangeant et grand guignolesque, mais surtout hautement référentiel. Suite directe de son premier métrage, The Devil’s rejects lève le voile sur un autre aspect de l’univers de Zombie.
On retrouve donc la famille Firefly, qui doit cette fois-ci faire face au shérif John Quincy Wydell, venu venger la mort de son frère. Il lance l’assaut sur la maison de nos dégénérés et réussi à capturer Mother Firefly, tandis qu’Otis, Baby et le captain Spaulding parviennent à s’enfuir.
Dès le début du film, on remarque des différences très marquées avec le premier film. Déjà cette suite est beaucoup plus réaliste, exit le grand guignol de House of 1000 corpses. Spaulding ne porte plus son maquillage de clown, les tueurs ne sont plus des boogeymen, mais des serial killers réalistes et sans pitié. La réalisation s’adapte à ce changement de style, et les effets clipesques hystériques et colorés disparaissent. Le film est moins "patchwork" que House of 1000 corpses et laisse beaucoup plus de place à la tension. Car le film développe une véritable atmosphère sèche et tendue, directement héritée de classiques des années 70 tels que Massacre à la tronçonneuse ou La Horde sauvage. Le paysage semi-désertique texan, la route poussiéreuse, le soleil de plomb, les motels crasseux… Ajoutons à cela une musique parfaitement adaptée, faite de morceaux country et de vieux rock sudiste, et on obtient le cadre idéal pour les atrocités de notre bande de tueurs. En effet, s’ils sont bel et bien poursuivis par un shérif psychopathe et extrémiste campé par l’excellent William Forsythe, Zombie n’en fait pas d’innocentes victimes, bien au contraire. Comme le prouve la scène du motel, extrêmement brutale et malsaine, où on voit Otis et Baby torturer et tuer de la plus atroce des façons une bande de musiciens. La scène choque et met mal à l’aise par son réalisme et sa crudité intense. Impossible de ne pas prendre en pitié les victimes. Alors que Rob Zombie avait réussi à rendre les meurtres de House of 1000 corpses réjouissants, et la famille Firefly attachante, il nous les montre soudainement sous un jour nouveau, comme des tueurs de la pire espèce, pourris et haïssables. Cette ambiguïté fait toute la force du film. S’il est clair que Rob Zombie aime énormément ses personnages, et donc nous les fait aimer également, il rappelle ici que ce sont des tueurs, de vrais salauds. Cette scène du motel trouve son opposé dans la scène de torture des Firefly par Wydell. A ses tueurs, le réalisateur oppose quelqu’un de pire encore, un shérif obsédé par une volonté de vengeance toute divine, qui le fera basculer progressivement de l’autre coté de la loi. La référence aux "Vigilante movies" et autres Death wish est claire. Mais cette scène où Wydell torture ses prisonniers au moyen d’un pistolet à clous divisera sans doute les spectateurs. La violence de Wydell peut paraître légitime (même si elle est assurément douteuse) au regard des salauds qu’il torture, ou bien le cœur des spectateurs peut pencher pour les Firefly, qui sont certes des tueurs, mais unis par les liens du sang. Et surtout, qui ont été élevés au statut d’icônes par Rob Zombie. Il multiplie les ralentis et les vues en contre plongée pour ses anti-héros, leur fait dire nombre de phrases cultes qui plairont à Tarantino… Au spectateur de choisir son camp.
Cette ambiguïté vis à vis des héros est clairement une des preuves que ce film dégage des thématiques bien plus riches qu’on aurait pu le penser de prime abord. On notera à ce propos que tout le film est empreint d’une dimension religieuse assez intéressante. En premier lieu la ressemblance physique de Otis avec les représentations du Christ, renforcée par les clous plantés dans ces paumes. Ensuite l’inefficacité de la prière contre Otis qui affirme clairement "I am the devil… " et que dire aussi de la véritable croisade des policiers, persuadés d’être envoyés par Dieu ? Et cette affiche parodiant la Cène ? The Devil’s rejects est assurément bien plus qu’une simple somme de références au cinéma américain des années 70. Il possède sa propre personnalité, essentiellement basé sur un bad guy et des héros à la psychologie fouillée, ainsi que sur toute une galerie de personnages secondaires très travaillés. Dany Trejo viendra ainsi montrer sa gueule patibulaire et ses tatouages pour le rôle d’un chasseur de prime particulièrement retors, Ken Foree et Michael Berryman camperont un excellent duo comique (!) et d’autres acteurs moins connus viendront incarner des rednecks enculeurs de poules ou des putes vérolées…
Et le film se terminera sur cette splendide scène finale, jusqu’au boutiste, désespérée et pourtant incroyablement libératrice, comme l’était Easy Rider à la fin des années 60…

Bref, malgré des défauts bien naturels pour un débutant, Rob Zombie nous livre un excellent film, fait par un fan pour les fans, à la thématique riche et au casting soigné. Et une chose est sûre, que l’on aime ou pas ce film, on n'a pas fini d’entendre parler de Rob Zombie, qui risque fort de laisser une trace comparable à celle que des gens comme Sam Raimi, Wes Craven ou Clive Barker ont laissée…

Arnaud Schilling

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