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Les Deux crocodiles. 1987.
Origine : France
Genre : Comédie
Réalisation : Joël Séria
Avec : Jean Carmet, Jean-Pierre Marielle, Marie-Christine Adam, Annie Savarin...




Emile Rivereau, vieux commerçant, part rendre visite à sa mère, laissée dans une pension bretonne. Dans le train, il rencontrera René Boutancard, ex-truand célèbre reconverti dans la conduite de taxis et dans la gestion d'une boîte de strip-tease. Partant tout d'abord pour escroquer Rivereau, Boutancard finira par apprécier la compagnie du vieil homme. Ensemble, ils vivront quelques péripéties qui avouons le ne présentent guère d'intérêt. Joël Séria, le réalisateur, est ici très loin de son génial et très sombre Mais ne nous Délivrez pas du Mal, produit quelques quinze ans auparavant. Entre-temps, le bonhomme est tombé dans la comédie polissonne de qualité, avec notamment Les Galettes de Pont Aven, et n'en est guère sorti jusqu'à une cessation d'activité de six ans à partir de 1981. Les Deux Crocodiles marquait donc le retour de Joël Séria au cinéma. Un retour qui se fait avec Jean-Pierre Marielle, déjà acteur dans Les Galettes de Pont Aven ainsi que dans plusieurs films de Séria, et dans le même cadre que ce même film : la Bretagne.



Mais voilà, Séria n'a pas grand chose à raconter ici, et son film piètine avec une obstinence déraisonnable dans le médiocre, coincé qu'il est entre deux possibles orientations : la comédie pure et le film de camaraderie empreint de tendresse. Non pas que ces deux aspects eurent été incompatibles, mais tout de même, au final, ni l'un ni l'autre ne sont convenablement retranscrits, et dès lors il était hors de question que la mayonnaise prenne. La faute à un script assez indigent, qui n'est qu'une suite d'aventures sans lendemain, reliée entre elles par un double fil rouge (les "backgrounds" des personnages : le banditisme pour l'un, la famille pour l'autre) à la fois trop léger pour être interessant et trop présent pour permettre au film de prendre des allures de films à sketch. Alors on suit sans grande motivation l'histoire du film, qui nous plonge dans le fin fond de la Bretagne paysanne, où Joël Séria parvient parfois à faire illusion et à rappeler vaguement qu'il fut le brillant réalisateur durant les années 70 de plusieurs films très virulents sur la vie en France profonde. C'est le cas notamment lorsqu'il s'amuse à filmer des beaufs en pleine action, principalement cette famille paysanne assez immonde, avec une grosse matronne qui s'accroupi pour pisser dans la grange avant d'aller préparer un repas à base de sang de vache, le tout se terminant par l'arrivée de la fille de famille, autre truie dévoilant ses bourrelets pour appeler le personnage de Jean Carmet à l'adultaire. Fort peu ragoûtant, et d'un humour assez douteux, mais enfin, belle satire de la France profonde. Le reste n'est malheureusement pas du même accabit, et se contente de scènes poussives : fréquentation régulière d'un club de strip-tease qui peine à établir un climat malsain, apparition de vieux ennemis de Boutancard aussi menaçants qu'ils sont furtifs, pitreries d'une sénile madame Rivereau, ou encore présence d'un contrefacteur d'argent qui surjoue comme un cochon. Liste presque exhaustive, et qui le serait tout à fait si l'on ajoutait quelques scènes du même type que celles des paysans beaufs, en moins réussies. C'est dire si le film est très léger, et surtout peu drôle. De plus, Carmet avec ses expressions d'ahuri et Marielle avec sa confiance en soi ont beau livrer de bonnes performances, leur camaraderie ne prend pas non plus, puisque ce ne sont pas les quelques mollassones scènes évoquées qui permettront de croire en un quelconque tissage d'une nouvelle amitié. Tout de même, signalons une fin plutôt audacieuse, malheureusement un peu sabotée par l'indifférence qu'ont pu auparavant inspirer les personnages.



Loïc Blavier

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