critiques


réalisateurs


acteurs


thèmes


origines



The Last King of Scotland. 2006.
Origine : Royaume-Uni
Genre : Thriller / Drame
Réalisation : Kevin MacDonald
Avec : Forest Whitaker, Gillian Anderson, James McAvoy, Kerry Washington...


Nicholas Garrigan est un jeune écossais qui vient d’obtenir son diplôme de médecine. Lassé de sa vie morne en écosse, il décide de partir pour l’Ouganda, certain de pouvoir s’y rendre utile. Cependant il débarque dans un pays en plaine révolution. Et, séduit par la personnalité du nouveau leader du pays, Idi Amin Dada, il accepte de devenir son médecin personnel. Mais sans le savoir en acceptant ce poste il deviendra complice d’une dictature sanglante et terrifiante.

Après son coup d’Etat le 25 janvier 1971 Idi Amin Dada s’auto désigne comme « président à vie » d’Ouganda. Il règne sur l’Ouganda jusqu’en avril 1979. En huit ans, il aura saigné le pays à blanc et fait des milliers de victimes. Son arrivée au pouvoir a cependant été bien acceptée par la communauté internationale, notamment par le gouvernement britannique.
Aussi, voir arriver un film sur ce dictateur fait par un anglais augurait une remise en question et une auto-critique féroce.
Pourtant MacDonald ne traite finalement que très peu de l’Angleterre et des magouilles politiques qui ont pu avoir lieu. Est-ce un mal ? Eh bien au vu du film on peut dire que non ce n’est pas un mal, bien au contraire...
MacDonald choisit pourtant pour son sujet un angle d’approche des plus discutables : Il adapte en réalité le livre homonyme et primé de Giles Foden. Celui-ci choisit de traiter des relations qu’a entretenu le dictateur avec son médecin personnel. MacDonald reprend donc le personnage fictif du jeune docteur aventureux déjà présent dans le livre, et en fait un personnage attachant, auquel le spectateur blanc peut aisément s’identifier. On peut donc s’interroger sur la nécessité d’un tel personnage, et surtout sur les implications que peuvent avoir le fait de finalement représenter l’ensemble des victimes du dictateur par un personnage blanc...
Mais si on dépasse ces questions polémiques et stériles sur la couleur de peau ou sur la politique, il reste du film un excellent thriller, sombre et oppressant, qui nous entraîne dans les recoins les plus tortueux de l’âme humaine.

Car finalement la force du Dernier roi d’Ecosse c’est ça : un film qui perce à jour l’intimité du dictateur pour nous montrer la part la plus monstrueuse de l’humanité. Idi Amin Dada (qui se surnommait lui-même « dernier roi d’Ecosse »), tout dictateur fou qu’il était, possédait un charisme impressionnant et excellait dans l’art de manipuler ses semblables. En somme un personnage fascinant. Un personnage qui à l’époque avait su manipuler l’opinion publique, et qui quelque part, continue de manipuler les spectateurs dans ce film. Le Dernier roi d’Ecosse est construit comme une lente et éprouvante descente aux enfers. Celle du médecin écossais qui découvre peu à peu la monstruosité de Amin. Ainsi le film qui débutte sous des dehors rieurs et légers, deviendra de plus en plus dur et de plus en plus sombre. Et finalement l’horreur culminera dans la dernière ligne droite du film, véritablement choquante et incroyablement dure. L’impact de ces scènes finales est démultiplié par l’attachement qu’on éprouve pour le jeune médecin naïf, et surtout par le fait que l’histoire racontée est inspirée de faits réels. Les images d’atrocités que nous livre le film ne sont que le macabre écho de massacres réellement perpétrés. Ca fait froid dans le dos.
Mais l’impact de ce film n’aurait pas été aussi fort s’il n’avait pas été servit par des acteurs aussi exceptionnels. Forest Whitaker est tout simplement génial en Amin, sa performance est vraiment impressionnante et a été judicieusement saluée d’un Golden Globe. Face à lui, James McAvoy incarne le jeune médecin avec beaucoup de naturel et de vérité.

Bref, pour traiter d’un dictateur sanglant au cinéma, Kevin MacDonald a fait le pari risqué de jouer sur l’émotion de spectateurs en nous livrant un véritable thriller au scénario correctement ficelé et à l’interprétation bluffante. Une réussite.

Arnaud Schilling

Textes et images © Association Tortillapolis. Tous droits réservés.