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Dèmoni. 1985.
Origine : Italie
Genre : Gore
Réalisation : Lamberto Bava
Avec : Urbano Barberini, Natasha Hovey, Karl Zinny, Paola Cozzo...




Pendant les années 80, le cinéma de genre italien a amorcé un déclin duquel il a bien du mal à se remettre encore aujourd’hui. Extrêmement prolifique et inventif durant les années 60 et 70, il ne s’est plus borné ensuite qu’à de vagues resucées de succès américains. Et il a vu de surcroît s’essouffler successivement ses plus fiers représentants, au premier chef desquels trône Dario Argento voire, parce que le monsieur à ses fans, Lucio Fulci. Dario Argento justement, qui en ce début des années 80 multiplient les projets, aussi bien en tant que réalisateur qu’en tant que producteur. Tout ne fonctionne pas comme il le voudrait, de nombreux projets tombant à l’eau, jusqu’à cette année 1985 où il parvient à en concrétiser deux. Phenomena tout d’abord, film qu’il réalise et Démons qu’il se contente de produire, confiant la réalisation à Lamberto Bava, fils du "maestro" Mario Bava.
Lamberto Bava a occupé le poste d’assistant sur quasiment tous les films de son père depuis La Planète des vampires en 1965. Fatalement, ses premières réalisations n’ont pu qu’être placées sous l’influence de l’œuvre paternelle. Toutefois, Lamberto Bava s’en démarque assez vite par une approche moins poétique et plus quotidienne de l’horreur. Avec Démons, il s’adonne au gore, ne laissant rien ignorer des nombreux sévices dont ses personnages sont victimes. Et il ne laisse guère planer le doute quant à ses influences, cette fois-ci plus américaines que paternelles.

Sheryl se rend gentiment à ses cours lorsqu’un homme surgit au devant d’elle sur un quai de métro en lui tendant une invitation à l’avant-première d’un film. Une fois remise de la peur occasionnée, elle demande au mutique bonhomme une seconde invitation qu’elle offre de ce pas à son amie Kathy qu’elle devait rejoindre. Les deux jeunes femmes font donc l’école buissonnière pour se rendre au cinéma qui projette le film. Sur place, une poignée de convives se pressent dans la salle, non sans avoir joué avec les objets promotionnels présentés dans le hall, dont un masque chromé avec lequel se blesse l’un d’entre eux. Une anodine blessure qui prend tout son importance au moment où l’un des personnages du film projeté, éraflé de la même manière, se transforme en démon. La fiction devient réalité et le convive blessé de se transformer en démon à son tour. La panique peut alors s’emparer des spectateurs...



A bien des égards, Démons constitue une synthèse de la carrière de Lamberto Bava, partagée entre l’héritage paternel et les propres aspirations du fiston. En effet, il paraît difficile de ne pas remarquer l’hommage appuyé que le fils rend à son père par l’intermédiaire du film dans le film. Dans celui-ci, quatre jeunes gens arpentent les ruines où se cacherait le tombeau de Nostradamus. A cette occasion, Lamberto Bava ne cherche pas à singer le style de son père (et heureusement, tant il ne possède pas le talent esthétique de Mario Bava) mais plutôt à raviver la mémoire collective en évoquant son plus fameux film -Le Masque du démon- via les décors (une cathédrale à l’abandon) et surtout ce masque maudit, élément déclencheur de l’intrigue. Ce masque contamine les personnages comme l’œuvre de Mario Bava contamine celle de son fils. Cependant, l’hommage ne perdure pas au-delà de la prolifération du Mal. Une fois que le lien entre ce qui se passe à l’écran et ce qui se produit dans la salle est avéré, Lamberto Bava passe à tout autre chose.
Le film étant d’une très courte durée (à peine 1h20), sa mise en place est elle-même fort brève. Néanmoins, on peut s’amuser des quelques personnages grossièrement dessinés qui émargent en préambule. En plus des deux amies évoquées dans le résumé -dont l’une n’aime pas les films d’horreur-, nous faisons la connaissance de deux couples (de jeunes amoureux et un couple qui fête là son anniversaire de mariage. La grande classe !), d’un mac et de ses deux prostituées, d’un aveugle ( !??) et de son guide et de deux amis, que la présence de Sheryl et Kathy ne laisse pas indifférents. Tout ce beau monde ne suffit pas à remplir la salle mais permet à Lamberto Bava d’animer sa première partie, qui se joue à la fois sur l’écran et dans la salle. A ce propos, il est amusant de voir les mines plus ou moins effrayées des spectateurs alors que le film qui se déroule sur l’écran n’a rien de traumatisant. A croire que Lamberto Bava a voulu montrer le public réagir comme il rêverait qu’il le fasse devant ses films. Peine perdue à en juger par la suite des événements, une succession ininterrompue de massacres tous azimuts plus spectaculaires qu’effrayants. Le huis clos que constitue le cinéma Metropol ne sert qu’à piéger les personnages et non pas à instaurer un climat de peur. D’ailleurs, Lamberto Bava sort du cinéma dès qu’il le peut, quitte à nous imposer ces quatre camés qui circulent dans la ville à bord d’une voiture volée. Complètement inutiles au récit, les quatre personnages ne feront que grossir les rangs des démons lorsque dans sa bienveillance, le cinéma maudit les accueillera en son sein, leur permettant d’échapper à la police…mais pas à une mort certaine. Voilà tout ce qui intéresse le réalisateur, la contamination de ses personnages et le combat désespéré que les survivants mènent face aux démons. Dès lors, tout ce qui a trait à l’origine du Mal, ou du moins à l’origine de cette séance spéciale, n’est jamais développé. La porte qui s’ouvre sur les quatre voyous, ou bien ces autres portes qui ne donnent que sur des murs lorsque les spectateurs souhaitent quitter le cinéma, attestent pourtant d’une volonté de rapprocher Démons des films de maison hantée sans que Lamberto Bava ne s’oriente plus avant dans cette voie. Dès lors, la découverte de pièces jouxtant la salle de cinéma n’aboutit qu’à un cul-de-sac, aussi bien physique que narratif. A l’image de Lamberto Bava, les personnages tournent vite en rond. La salle de cinéma fait figure de point central auxquels tous les chemins mènent, en dépit de toute logique géographique. Lors du clou du spectacle, un survivant (George) s’empare de la moto et du katana exposés dans le hall, et s’en va pourfendre du démon. Quelque soit l’escalier qu’il emprunte, que cela soit à la montée ou à la descente, il demeure invariablement prisonnier de la salle et du bon vouloir du réalisateur, trop heureux de pouvoir immortaliser son héros -chemise arrachée aux manches et katana fièrement brandi- dans une posture qui rappelle Ash et sa tronçonneuse dans Evil Dead. C’est qu’au-delà de l’hommage initial à son père, Lamberto Bava place son film sous l’égide du cinéma d’horreur américain, Evil Dead donc mais aussi la saga des morts-vivants de George Romero. Incapable de justifier d’un point de vue scénaristique toutes les horreurs que nous venons de voir (la projection spéciale d’un film d’horreur apparaît vite comme un prétexte), Lamberto Bava semble changer son fusil d’épaule à l’approche du terme, ménageant à son film une fin ouverte, ouverte sur un monde en plein chaos.



Le cinéaste transalpin a en quelque sorte voulu réaliser son Zombie à lui mais dénué de tout sous texte politique, n’en retenant que les excès gores. A ce niveau-là au moins, il n’y a pas tromperie sur la marchandise. Le sang gicle à tout va, les chairs explosent et les démons se régalent. Ça manque tout de même d’un vrai sens de la mise en scène et de l’esthétisme. La prédominance d’un éclairage rouge des plus agressifs a sans doute beaucoup plu à Dario Argento mais ne suffit pas à donner du relief aux scènes d’horreur, qui dépendent trop des seuls maquillages de Sergio Stivaletti. Alors au début, on s’en amuse, d’autant que certains meurtres sont particulièrement croquignolets (un couple étranglé en plein baiser, l’aveugle qui se fait arracher les yeux) mais à la longue, tout cet étalage de tripaille pour le plaisir lasse un peu. Et quand on pense qu’il a fallu quatre scénaristes pour accoucher de ce film, je me dis que dans le milieu du cinéma il y a décidément des gens qui sont payés à ne rien faire.

Bénédict Arellano

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