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The Dark Knight. 2008.
Origine : Etats-Unis
Genre : Batman bis
Réalisation : Christopher Nolan
Avec : Christian Bale, Heath Ledger, Aaron Eckhart, Gary Oldman...




Quatre Batman, ce n’était pas encore suffisant pour la Warner, toujours soucieuse de rentabiliser au maximum ses franchises. Guère échaudée par l’échec d’un Superman Reborn, la Warner décide de profiter pleinement de ces années 2000 propices aux remakes et aux adaptations de comics en mettant en chantier un nouveau Batman. En titrant cette nouvelle version Batman Begins, le studio ne fait pas mystère de ses intentions. Plus question d’accumuler les chiffres sur l’affiche, place à un nouveau départ avec un Batman rajeuni et à l’univers moins gothique (Batman, Batman le défi) et moins disco (Batman Forever, Batman et Robin). Batman Begins renvoie donc à la fois à cette volonté de revenir aux origines du mythe (ce que Tim Burton avait judicieusement su éviter) et celle de démarrer une nouvelle franchise. En dépit de sa piètre qualité, le film de Christopher Nolan a rencontré un franc succès, condition sine qua non au lancement d’une suite. Celle-ci joue la carte de la suite directe, reprenant le cours des événements là où le premier film s’était achevé.

Batman fait désormais partie intégrante de la vie des habitants de Gotham City. Apprécié de tous -sauf des criminels, cela va de soit- il fait même des émules au sein de la population. Toutefois, cela n’empêche pas la mafia locale de se développer. Heureusement, Batman peut compter sur le concours et l’abattage du pugnace procureur Harvey Dent qui a fait de la lutte contre la pègre son cheval de bataille. A eux deux, assistés du commissaire Gordon, Ils sont même sur le point de gagner la bataille. Manque de pot, un nouveau psychopathe sévit en ville et change la donne. Son nom, le Joker.



Et oui, le Joker ! Ennemi n°1 de Batman, il est celui qui parle le plus au grand public, quand bien même ce dernier ne serait pas très au fait de l’univers du personnage. Il est donc normal de le retrouver ici, d’autant que la fin de Batman Begins avait bien pris soin de l’introduire. Et plus encore que le film précédent, qui mettait en scène deux figures jusque là oubliées du grand écran (Ra’s Al Ghul et l’Epouvantail), The Dark Knight affiche son indépendance vis-à-vis des quatre premiers Batman en se réappropriant totalement les personnages du Joker et de Harvey Dent/Double Face. Le Joker n’est plus ce bouffon extraverti magnifié par l’interprétation déjantée de Jack Nicholson, ni Harvey Dent/Double Face ce clown ridicule incarné sans nuance par un Tommy Lee Jones en roue libre. Heath Ledger intériorise davantage la folie latente du Joker, ne la laissant éclater qu’en de rares occasions. Son interprétation se démarque par son calme, celui préfigurant la tempête. Quant à Aaron Eckhart, son interprétation n’a guère à souffrir des comparaisons puisque le personnage de Harvey Dent n’avait jusque là joué que les simples utilités. Ce n’est plus le cas ici, Harvey Dent étant le personnage pivot du film, celui vers lequel converge tous les axes du scénario. C’est à travers lui que se joue les principaux drames du film ainsi que le duel opposant le Joker à Batman. Son importance donne à The Dark Knight des accents de film policier, sa lutte pouvant être celle de Eliot Ness contre Al Capone, cet autre grand balafré du crime. Par contre, la « transformation » de Harvey Dent en Double Face est nettement moins réussie. Christopher Nolan semble alors embarrassé par cette figure de l’univers de Batman, dont la vengeance qui s’effectue parallèlement au dernier méfait du Joker sonne creux. A cet instant, le personnage n’a plus vraiment d’intérêt et alourdit de trop une intrigue qui commençait déjà à tirer à la ligne. C’est d’autant plus dommage que les différents protagonistes bénéficiaient jusqu’ici d’une consistance qu’on n’avait plus l’habitude de voir dans la série depuis Batman le défi.
Cependant, qu’on ne s’y trompe pas, The Dark Knight ne repose pas entièrement sur les personnages. Blockbuster oblige, le film doit compter son lot de grosses scènes d’action. Sur ce plan, Christopher Nolan a progressé par rapport au premier film, réussissant à les rendre plus lisibles et donc plus agréables à suivre. Cependant, cette surenchère pyrotechnique -cache misère d’environ 90% des séquelles- n’est pas le plus réussi du film. Certes, c’est spectaculaire à souhait (poursuites en veux-tu en voilà, explosions en tout genre, bagarres homériques, cascades à moto,…) mais au final assez convenu. La destruction de décors fait partie du cahier des charges de tous films de super-héros qui se respectent, donc on ne s’en étonne même plus. Par contre, là où le film parvient à surprendre c’est par cette tension permanente que Christopher Nolan parvient à lui instiller. L’ombre du Joker plane sur tout le film, contaminant la moindre scène, même celles où il ne figure pas. Il est le grand maître d’œuvre de l’histoire, tirant les ficelles à sa guise. Sorti de nulle part, il est et reste une énigme pendant tout le film, aussi bien pour les personnages que pour nous. Certes, il s’agit d’un psychopathe dont la propension à faire le mal souffre d’aucune contestation. Néanmoins on peut savoir gré à une production de cette envergure de ne pas nous en tartiner trois couches sur ses origines et les raisons du mal qui l’habite. En conservant jusqu’au bout son mystère, il représente l’incarnation parfaite du mal absolu et partant, l’adversaire le plus coriace d’un Batman complètement démuni face à lui. Batman se retrouve d’autant plus démuni que, sur le plan personnel, il est en train de perdre l’amour de sa vie -Rachel Dawes (Maggie Gyllenhaal remplace Katie Holmes)- au profit de Harvey Dent. La perspective d’un triangle amoureux cul-cul la praline dans la lignée de Spider-Man 2 laisse augurer le pire. Contre toute attente, ce triangle amoureux ne phagocyte pas le nerf de l’histoire, s’intégrant parfaitement à celui-ci. Seule sa résolution apporte un bémol à cette appréciation par un trop plein de tragique grossièrement appuyé. D’ailleurs, cette scène marque l’essoufflement d’un film jusque là plutôt réussi. Par la suite, The Dark Knight -en plus d’apporter une justification à son titre- donne la désagréable impression de vouloir moraliser ce qui a précédé. D’une noirceur infinie, le film s’ouvre soudain à la lumière, notamment lors de la scène des ferries dont la finalité est d’entériner le bon qui sommeille en chacun des habitants de Gotham City, n’en déplaise au Joker. Son échec donne raison à Batman et à Harvey Dent dont l’abnégation se retrouve ici récompensée. Leur combat n’est pas vain, même si âpre, long et pas toujours reconnu à sa juste valeur. Et le film de se conclure le cul entre deux chaises sur un Batman rasséréné quant à l’utilité de son action mais de plus en plus seul. En somme, Christopher Nolan fait de lui une sorte de martyr sur l’autel de la défense de la veuve et de l’orphelin.



Ce qui nous amène à nous interroger sur l’utilité de reprendre ad vitam aeternam le même genre de figure héroïque. Tous les tourments dont souffre Bruce Wayne/Batman ont déjà été traités par le passé. L’extrême solitude du héros, ses doutes quant au bien fondé de ses actes, l’utilité de ceux-ci, tout cela sent le réchauffé à plein nez. Les super héros ont ceci d’embêtant qu’ils se ressemblent tous plus ou moins dans leur rapport à la société et de la place qu’ils occupent au sein de celle-ci. Rejetés, incompris, incapables de mener une vie normale, ils n’ont plus que leurs actes héroïques pour se démarquer les uns les autres. Mais là encore, tout cela devient lassant à force de destructions systématiques, de copines constamment en danger et de méchants très très méchants. Alors oui, on peut louer ici le travail plus maîtrisé de Christopher Nolan par rapport au premier film et à certains de ses confrères, mais on peut aussi trouver rébarbatif de se plonger dans un film à la formule aussi éculée. Si le travail de super héros est éreintant, suivre leurs aventures l’est tout autant.

Bénédict Arellano

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