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The Beastmaster. 1982.
Origine : Etats-Unis
Genre : Heroic fantasy
Réalisation : Don Coscarelli
Avec : Marc Singer, Tanya Roberts, John Amos, Joshua Milrad...




Dar est un miraculé. Alors qu’il venait d’être extrait prématurément du ventre de sa mère afin d’être exécuté, un fermier de passage le sauve des mains de l’horrible sorcière chargée de la tâche. Il grandit ainsi en toute quiétude sous la protection de cet homme qui l’a pris sous son aile, déployant durant son adolescence la capacité de communiquer télépathiquement avec les animaux. Devenu un vaillant jeune homme, la malchance le rattrape sous la forme des hordes de Djuns (prononcez « djeuns ») qui s’abattent sur son village, ne laissant aucun survivant lui excepté, grâce au courage d’un chien. Désormais livré à lui-même, il erre dans des contrées désertiques jusqu’à la cité d’Aarouk, là où le destin lui a donné rendez-vous.



A la suite de la version animée du Seigneur des anneaux par Ralph Bakshi, l’heroic fantasy arrive en force sur les écrans en ce début des années 80. En l’espace d’un an à peine, pas moins de trois films se réclamant du genre arrivent dans nos salles avec par ordre d’apparition Conan le Barbare, Dar l’Invincible et Dark Crystal. Des trois, c’est le film de Don Coscarelli qui a eu le moins bonne presse, pâtissant de sa trop grande proximité avec le film de John Milius. Pourtant, les griefs qui ont pu lui être faits s’avèrent inhérents aux conventions du genre. Dans l’un comme l’autre, on retrouve ce même climat obscurantiste, ces populations réduites à l’esclavage et ces hordes de barbares détruisant tout sur leur passage. A ce propos, le nom de celles-ci dans Dar l’Invincible –les Djuns– laisse peu de doute quant à l’inspiration du scénariste. Le choix des décors, pour l’essentiel de vastes territoires désertiques dominés par la rocaille, rapproche également les deux films même si, bénéficiant d’un plus faible budget, Don Coscarelli n’a pu s’offrir le luxe de délocaliser son tournage en Espagne, se contentant des paysages de Pyramid Lake et de la Simi Valley en Californie. Pour le reste, chaque réalisateur suit son petit bonhomme de chemin : pavé de motivations vengeresses pour Conan le Barbare, et de bonnes intentions pour Dar l’Invincible.
En dépit d’un passif pas particulièrement joyeux, Dar se présente comme un homme foncièrement bon et pas revanchard pour un sou. Il a un côté immature que l’âge de son interprète –34 ans à l’époque– ne trahit en rien. En fait, la destruction de son village s’apparente pour lui à un mal pour un bien puisque ce triste événement lui permet de s’ouvrir au monde. Passé un bref instant de recueillement lors de l’immolation de ses concitoyens, Dar reprend vite goût à la vie. Il gambade gaiement dans des contrées désertiques, s’entraîne au maniement du sabre et, surtout, fait connaissance avec les divers personnages et animaux qui l’accompagneront jusqu’au bout de son périple. Le ton est bon enfant, limite grotesque lorsque le grand Dar poursuit les deux mangoustes chapardeuses pour finir piégé dans des sables mouvants, ou quand le même se sert de ses amis les animaux pour réussir à embrasser Kiri, une esclave dont il a assisté à la toilette (le veinard !). Ce ton badin tranche nettement avec l’entame plus sombre et cruelle du récit, quoique non dénuée d’absurdités. A ce sujet, il convient de se pencher sur le cas de cette prophétie, dont les moyens mis en œuvre pour la rendre caduques défient l’entendement. Alors que le bon sens conduirait tout simplement à tuer l’enfant encore dans le ventre de sa mère, en l’occurrence la reine de la cité d’Aarouk, l’esprit tortueux de Maax fomente un plan bien plus retors. Il mandate l’une de ses sorcières à la tête monstrueuse vissée sur un corps superbe pour s’adonner à un joli tour de passe-passe : faire passer l’enfant du ventre de sa mère à celui d’une vache qui n’avait rien demandé. Et le plan ne s’arrête pas là. Après avoir pratiqué l’accouchement par césarienne et sans anesthésie du pauvre bovidé, ladite sorcière prend bien soin d’apposer le sceau royal sur la mimine du prématuré (et pourtant extrêmement bien portant !) avant de songer enfin à le tuer. Dans le genre pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, Maax se pose en champion toutes catégories. Ou alors le scénario se fait fort d’illustrer les limites de la délégation. Quoiqu’il en soit, il s’agit là du point le plus nébuleux d’un scénario par ailleurs fort simple qui consiste grosso modo à amener Dar à accomplir son destin.
Dar... il serait peut-être temps de faire plus avant connaissance avec le héros de cette épopée (rires) dont l’élégant patronyme ne saurait masquer une certaine rigidité à l’heure d’accomplir sa destinée. Avec son air d’adolescent attardé, il s’inscrit dans la longue tradition des redresseurs de torts, bien que ses actes héroïques ne suffisent pas à masquer sa vraie motivation : la belle Kiri. Il ne s’agit pas tant pour lui de la conquérir, celle-ci ne semblant guère disposée à lui opposer une quelconque résistance, que de la libérer du joug de l’infâme Maax, qui non content de sacrifier des enfants à tour de bras, maintient la population de Aarouk dans un climat de terreur après avoir emprisonné son Roi. Du nanan pour Dar qui bien aidé de son aigle, de sa panthère et de ses deux mangoustes, brave tous les dangers avec une insolente réussite. En outre, il se voit opposer des adeptes de la sorcellerie particulièrement pudiques, qui se gardent bien d’user de leurs sortilèges en public. Il en résulte des péripéties plutôt pauvres en enjeux dramatiques et qui plus est souvent phagocytées par les touches humoristiques apportées par Kodo et Podo, les deux mangoustes, véritables « sidekicks » du héros. Le film se retrouve ainsi constamment le cul entre deux chaises, alternant des scènes très légères louchant allégrement du côté du jeune public et quelques scènes à la noirceur exacerbée comme ces plans du village après le passage des Djuns –corps empalés à l’appui– ou bien ces curieuses créatures, sortes de chauve-souris humanoïdes préfigurant les monstres de Mimic, à l’étreinte mortelle. Du propre aveu du réalisateur Don Coscarelli, cette hétérogénéité est principalement due aux choix du producteur exécutif Sylvio Tabet qui lui imposait constamment d’adoucir le ton du film, alors que lui l’aurait souhaité beaucoup plus sérieux. Il apparaît néanmoins que le réalisateur de Phantasm n’est pas particulièrement à l’aise avec les grandes scènes d’action, notamment le massacre du village de Dar dont on peine à juger de la violence et de l’ampleur. Par contre, il s’en sort nettement mieux lorsqu’il s’agit d’évoquer une imagerie tout droit sortie des enfers. Ainsi, le combat final et nocturne opposant Dar et ses compagnons aux hordes de Djuns, tous encerclés par des murs de flammes, confère enfin un aspect spectaculaire et fantastique aux actions héroïques du maître des animaux. Esthétiquement, la scène a de l’allure, au point d’aviver mes regrets d’avoir découvert le film sur un support de piètre qualité. En tout cas, cette scène permet à Don Coscarelli de conclure en beauté un film au demeurant plutôt brouillon et long à se décanter.



Particulièrement irrité par cette expérience, qu’il considère encore aujourd’hui comme la pire de sa carrière, Don Coscarelli retournera par la suite à un relatif anonymat avant de faire un retour tonitruant avec le déjanté et mélancolique Bubba Ho Tep. Quant au personnage de Dar l’Invincible, il reviendra hanter les vidéoclubs via deux suites dont la première –Dar l’Invincible 2 : La Porte du temps– sera réalisée par Sylvio Tabet en personne, exauçant ainsi son souhait le plus cher.

Bénédict Arellano

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