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Cursed. 2005.
Origine : Etats-Unis
Genre : Horreur
Réalisation : Wes Craven
Avec : Christina Ricci, Jesse Eisenberg, Joshua Jackson, Judy Greer...


Pour le moins inconsistante est la carrière de Wes Craven. Capable de livrer des oeuvres phares dans le domaine de l'horreur (La Dernière Maison sur la Gauche, La Colline a des Yeux, Les Griffes de la Nuit, L'Emprise des Ténèbres...) aussi bien que des films tout simplement d'honnête facture (Freddy sort de la nuit, Scream, Le Sous-sol de la peur), il n'en a pas moins réalisé quelques cochoncetés : L'Eté de la Peur, Un Vampire à Brooklyn, Scream 3... Cursed entre dans cette dernière catégorie, et les difficultés rencontrées lors de sa production ne sauraient constituer une excuse valable. Car qu'aurions-nous pu attendre d'un scénario rédigé par Kevin Williamson, dont le seul fait d'arme, Scream, a constitué l'alibi pour toute une plâtrée de slashers dégénérés qu'il a lui-même rédigé, faisant dors et déjà preuve de son manque d'imagination flagrant. De même, lorsqu'il se pris à revisiter la science-fiction comme il l'avait fait pour le slasher avec Scream, cela aboutit à The Faculty, film de Robert Rodriguez à côté de la plaque. Alors qu'espérer de la tardive tentative d'un bonhomme déjà fort heureusement passé de mode de revoir le mythe du loup-garou ? Rien du tout ! Et c'est effectivement ce que l'on obtient, le résultat faisant même régresser Wes Craven au rang de tâcheron sans expérience.

Nous voici donc plongés dans l'histoire de Jimmy et de Ellie, un frère et une soeur mordus par un loup-garou, qui vont avoir le malheur de découvrir progressivement leur nouveau de lycanthrope avant de se décider à retrouver et à supprimer celui qui est à l'origine de leur malédiction. Classique, et à vrai dire on ne peut plus convenu. Une grosse partie du film se concentre sur les indices de la lycanthropie, donnant lieu à des scènes ne sortant jamais de la norme. Ellie se sent mal sur son lieu de travail, où elle flaire l'odeur du sang, tandis que son frère Jimmy, un gringalet lycéen, nous rejoue le coup du Michael J. Fox de Teen Wolf. Le mal-être domine, sans toutefois être comparable à celui de Ginger Snaps, autre histoire de loups-garous liés par les liens du sang qui abordait le sujet du passage à l'âge adulte avec une lourdeur incroyable, mais qui disposait tout de même d'une bonne dose de gore. Ce qui n'est même pas le cas de Cursed, qui se contente d'effleurer tout cà d'une manière consensuelle qui doit être autant imputable au script de Williamson qu'aux producteurs de Dimension/Miramax. Ainsi on ne versera jamais dans la tragédie, ni dans l'horreur. Les personnages sont fades et stéréotypés (Ellie est une jeune femme perdue dans une relation amoureuse difficile, tandis que Jimmy est la cible des moqueries du capitaine de l'équipe de foot du lycée, à qui il rêve secrètement de voler la copine) et le gore n'est présent que pour quelques scènes en numérique extrêment lisses. Il faut le voir pour le croire : lorsqu'un loup-garou arrache la moitié du cou d'un personnage, la plaie est propre comme si on avait découpé un personnage de bande dessinée aux ciseaux. Du reste, le numérique ne se contente pas de saboter les scènes sanglantes, il donne également à tous les loups-garous une apparence irréelle à mille lieux des créatures de Rob Bottin (Hurlements) ou de Rick Baker (Le Loup-Garou de Londres), propice à des scènes beaucoup trop agitées pour être honnêtes, d'autant plus que la mise en scène de Craven gère extrêmement mal ces incrustations numériques. Toutes les scènes mettant en scène des loups-garous relèvent du calvaire, et on se croierait revenus dans le Van Helsing de Stephen Sommers. Un film auquel on songe d'ailleurs à plusieurs reprises, notamment lorsque Craven décide de verser dans un humour totalement incongru et déplacé (au milieu d'une attaque de loup-garou, il fait intervenir un homosexuel désirant faire son coming out à un Jimmy tentant de fuire). Les ruptures de ton de ce genre seront nombreuses, témoin cette autre scène d'angoisse qui s'achève sans transition aucune sur un amoureux transis venu faire sa déclaration à Ellie, et achèveront de faire du script un monument d'incohérence. Et encore, soyons charitables et ne parlons pas des idées tout bonnement à la con (un chien transformé en loup-grou, une diseuse de bonne aventures qui professe deux fois dans le vide sans ne servir à rien, le coup de la femme loup-garou jalouse...)
Mais est-ce qu'avec tout ceci, Williamson a encore essayer de refaçonner un sous-genre du cinéma d'horreur, comme il l'a fait avec le slasher et la science-fiction ? Oui et non. Non, car il ne se contente en réalité que de reprendre les règles classiques, sans essayer de les développer. Tout juste peut on signaler quelques libertés prises avec le mythe traditionnel : l'argent ne tue plus mais il blesse, un pentagramme apparaît sur la paume des loups-garous... Cest tout. Et un vague "oui" pour le reste, qui se perd en références diverses faites à des films qui n'ont parfois aucun rapport avec la lycanthropie : les griffes qui crissent sur le métal fond songer à Freddy, le musée de l'horreur dans lequel se déroule l'une des scènes finales (car il y en a deux : nous sommes en présence d'une fin à tiroirs) bouffe à tous les râteliers (Lon Chaney, château de Dracula, et même Xenia la Guerrière, me semble-t-il !). Quand à la touche humoristique apportée par l'un des has been de la série Happy Days qui vient se faire chambrer à tour de bras, laissons-la tranquille, elle ne mérite pas qu'on s'y attarde.

Cursed est un film mal fait, mal écrit, sans inventivité aucune et sans doute traité par dessus la jambe par des créateurs ne souhaitant que se libérer au plus vite du pesant "development hell" qui a frappé la production. Au moins, contrairement à Scream, ce film du duo Craven / Williamson ne risque pas de faire de petits.

Loïc Blavier

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