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Броненосец Потёмкин. 1926.
Origine : U.R.S.S.
Genre : Film historique
Réalisation : Serguei Eisenstein
Avec : Aleksandr Antonov, Vladimir Barsky, Grigori Aleksandrov, Ivan Bobrov......


En 1905, sur le Cuirassé Potemkine, l'équipage prolétaire aux conditions de vie désastreuses se révolte contre les immondes officiers, tous boursouflés de festin et d'orgies sans nom rendus possibles par la scandaleuse exploitation des basses classes sociales perpétrée par les forçats du tsarisme.



Il va sans dire que le film du plus grand et intelligent et doué réalisateur de tous les temps est avant tout une description de la vie, ou du semblant de vie, telle qu'elle était pour les pauvres ouvriers (ici des matelots) sous le régime crapuleux de Nicolas le Sanguinaire, cette vermine lâche guidée par le mystique et ignoble moine Raspoutine. Et ce que Eisenstein montre est révélateur de toute une ignoble oppression capitaliste poussant le pauvre peuple au désespoir le plus noir. Cannibal Holocaust n'a qu'à bien se tenir. Insultés, traînés dans la vase, les pourtant vaillants marins du Cuirassé se voient réduits au rang de bêtes, à qui l'ont donne juste ce qu'il faut de nourriture pour survivre. Une nourriture de plus avariée, pourrie, grouillante d'asticots et de moisissure, qui rendrait malade n'importe quel homme. Sauf que voila, les matelots sont ici ce qu'il se fait de mieux dans l'humanité : leur courage est sans bornes, et leur stoïque résistance ne peut que tirer les larmes des yeux du fébrile spectateur esbaudit par tant de bravoure. Alors, poussés à bout par l'humiliation permanente que les officiers leur infligent, ils vont se révolter pour prendre eux-mêmes le contrôle du navire, y instaurer un climat populaire et démocratique, sans inégalités, sans que personne ne soit avantagé par rapport à ses camarades. Il y a donc lutte pour l'humanité dans ce qu'elle a de plus belle. Mais les matelots, loin d'être individualistes, vont aussi propager le grand mouvement révolutionnaire sur la terre ferme, où ils seront reçus avec la gloire qu'ils méritent par un peuple également exploité jusqu'au sang, jusque dans leur lit où les laquais de Nicolas le Sanguinaire viennent sans vergogne égorger leurs fils et violer leurs compagnes. La lutte est donc inévitable, mais problématique : si les révolutionnaires possèdent l'avantage du nombre, en revanche, ce sont bien les innommables capitalistes réactionnaires qui ont les armes. Ils n'hésiteront pas une seconde à s'en servir contre les faibles et les sans défenses, s'en prenant même honteusement à un tout jeune poupon, arraché du bras de ses parents par l'immoralité d'un garde acquis à la doctrine officielle de la Russie Impériale. Et pourtant, la force de conviction des révoltés du Potemkine va payer : la bataille est gagnée sur leur navire, les capitalistes retournent au néant. Bien sûr, cette victoire n'a pas été sans prix : ils ont dû payer le prix du sang, témoin cette scène où un révoltant officier veut donner l'exemple en croyant avoir matté la rébellion. Pourtant, comme il se méprenait sur le courage de ses ennemis ! Ceux-ci continuèrent la lutte, le sacrifice. De nombreux camarades périrent sous les balles blanches mais pas à blanc. Leur mémoire de martyres restera à jamais gravée dans les esprits les plus combatifs de ce siècle...



Les événements de 1905 ont, comme chacun sait, amenés finalement à la défaite des révolutionnaires. Dans le pays, Nicolas le Sanguinaire a même fait ouvrir le feu sur un peuple qui en appelait pourtant naïvement à la charité de son Tsar. Mais 1905 et principalement la bravoure de l'équipage du Cuirassé Potemkine est ce qui représente le mieux le premier pas vers la grande et glorieuse Révolution de 1917, où les espoirs de toute l'humanité trouvèrent leur personnification dans le bolchévisme. Malgré le second degré eployé dans cette critique, le film d'Eisenstein, un peu orienté tout de même, n'en est pas moins un classique de mise en scène et de force émotionnelle. Evidemment, son propos pourra en exaspérer certains (surtout avec certaines scènes un peu trop appuyées -celle du landau, grand classique-), mais je n'en suis pas, bien au contraire.

Loïc Blavier

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