critiques


réalisateurs


acteurs


thèmes


origines



Cube² Hypercube. 2002.
Origine : Canada
Genre : Copie ratée
Réalisation : Andrzej Sekula
Avec : Kari Matchett, Geraint Wyn Davies, Grace Lynn Kung, Matthew Ferguson...




Huit personnes se réveillent enfermées dans ce qui apparaît être un labyrinthe géométrique. Elles ignorent toutes pourquoi elles sont là et surtout comment elles sont arrivées là. Rapidement, elles tentent désespérément de trouver une solution au problème insoluble qui se pose à elles, en vain. Après de nombreux efforts pour trouver la sortie, la lassitude les guette. Tout porte à croire que ce labyrinthe sera leur tombeau.

Huis clos oppressant et parfaitement maîtrisé, Cube s’est imposé comme un brillant film fantastique compensant son manque de moyens par une belle inventivité. Sa suite, tardive, jouit de davantage de moyens mais question idées, c’est le néant. La lecture du résumé en atteste, les scénaristes se sont contentés de reprendre bêtement les grandes lignes de leur modèle. Un manque d’imagination qui transparaît jusque dans la caractérisation de certains personnages. Parmi les duplicata, on retrouve la femme médecin, le type qui a travaillé en partie à la fabrication du cube (sans le savoir, bien évidemment), l’étudiante et le personnage bonus qui se fait malmener lors du prologue. Et parmi les « subtiles » déclinaisons, nous avons le détective qui remplace le policier et la vieille dame atteinte d’Alzheimer en lieu et place de l’attardé mental. En tout et pour tout, Cube² compte huit personnages véritablement actifs alors que le premier n’en comptait que six. Autres innovations, chacune d’entre elles arborent les vêtements et les quelques effets personnels qu’ils avaient au moment de leur disparition. En outre, tous les cubes disposent de la même lumière, une lumière directe presque clinique. Cela a pour effet d’amoindrir considérablement l’aspect pénitentiaire du premier film tout en ajoutant une dimension plus volontiers science fictionnelle. On peut alors aisément imaginer que chacune de ces personnes aient été happées par un rayon lumineux émanant d’on ne sait quel vaisseau d’origine extraterrestre. Une voie que le premier film n’avait pas réellement creusée, se concentrant davantage sur les efforts désespérés des captifs et l’émergence de tensions entre eux, et qui aurait pu être une piste intéressante à suivre pour cette séquelle. Or cette possibilité apparaît rapidement comme étant de l’ordre du fantasme, Cube² se bornant à une explication finalement bien terre à terre.



En effet, là où le film de Vincenzo Natali demeurait volontairement obscur sur ce qu’était exactement ce cube et à qui il servait, le film de Andrzej Sekula se propose de nous le révéler. On ne dira jamais assez à quel point l’engouement phénoménal suscité par la série X-files et ses théories du grand complot ont eu un impact considérable sur le petit monde de la fiction. Achevée en 2002, cette série trouve dans l’esprit un prolongement dans Cube² puisqu’il ne fait cette fois-ci nul doute que le gouvernement trempe dans cette affaire de cube aux pièges mortels. Mais avant cette fin dénuée d’ambiguïté, quelques indices nous mettent la puce à l’oreille. Tout d’abord, la présence d’un Colonel qui, connaissant l’endroit dans lequel il se trouve, préfère se donner la mort plutôt qu’attendre qu’elle vienne le chercher. Au passage, on l’entend se lamenter sur l’absence de chiffres, clin d’œil aux personnages du premier film qui voyaient justement dans les chiffres inscrits dans chaque cube le moyen de se sortir d’affaire. Et puis au fur et à mesure que chacune des personnes enfermées révèle sa profession, le lien qui les unit devient alors évident. Elles ne sont pas là par hasard mais bel et bien pour être éliminées afin que personne ne puisse remonter jusqu’à l’existence de ce piège mortel. Des méthodes plus simples et tout aussi efficaces auraient pu être utilisées mais cela n’aurait guère servi les desseins des instigateurs de cette suite qui, plus elle déroule le fil de son récit, plus elle nourrit notre ennui.
De durée pourtant égale, le film de Andrzej Sekula paraît durer deux fois plus longtemps. La faute à plein de petits détails qui, additionnés, deviennent rébarbatifs. Déjà, et dès le départ, on ne ressent jamais ce sentiment de claustrophobie que la situation des personnages devrait pourtant induire. De même que le danger émanant de ce piège géométrique. Et la raison en est simple, les personnages peuvent voyager de cube en cube sans rencontrer le moindre problème. Il n’y a donc plus cette épée de Damoclès qui pèse constamment au-dessus de leur tête à chaque fois qu’ils décident de quitter un cube pour un autre. Leurs pérégrinations deviennent alors sans saveur et les cubes eux-mêmes en perdent leur aspect oppressif. A ce titre, Cube² est un film hermétique et froid qui ne stimule pas l’imaginaire, ni ne suscite l’effroi. Et la pauvreté du scénario n’est guère compensée par une mise en scène tape-à-l’œil, multipliant les prises de vue de biais et les mouvements circulaires qui, plutôt que de nous faire perdre nos repères contribue à nous filer mal au crâne. Quant à l’hypercube du titre, il n’est jamais réellement exploité. Tout juste permet-il à certains personnages de se retrouver face à leur double, évoquant des dimensions parallèles. Mais au-delà du simple gimmick - Simon qui assassine plusieurs fois et Becky et Jerry- cela ne va pas chercher bien loin. Et hormis Simon, qui témoigne de bien peu de sang froid, tous sont de constitution solide, s’effrayant juste ce qu’il faut des rares pièges tendus et ne souffrant ni de soif, ni de faim. Du coup, on en viendrait presque à éteindre nos téléviseurs pour ne pas troubler leur tranquillité.



A ce compte là, la question de savoir si donner une suite à Cube était une idée judicieuse ne se pose même pas tant la réponse paraît évidente. Cube² dispose de tous les attributs de la séquelle inutile qui ne parvient jamais à se défaire de l’ombre de son modèle. Et puis cela vient confirmer que toutes les bonnes idées ne sont pas déclinables à l’infini, à plus forte raison lorsqu'il s’agit d’un huis clos.

Bénédict Arellano

Textes et images © Association Tortillapolis. Tous droits réservés.