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Fatherland. 1994.
Origine : Etats-Unis
Genre : Thriller / Politique-fiction
Réalisation : Christopher Menaul
Avec : Rutger Hauer, Miranda Richardson, Peter Vaughan, Michael Kitchen...


L'adaptation produite par HBO du livre de Robert Harris, journaliste anglais. L'histoire est a priori très alléchante, digne des meilleurs films de politique-fiction (un genre trop peu abordé), Docteur Folamour ou encore La Seconde Guerre Civile. Le film démarre avec des images d'archives du débarquement allié en Normandie de 1944, et avec une voix-off précisant... que le débarquement a échoué, que les américains sont rentrés chez eux, mettant fin à la guerre après s'être vengé du Japon avec les deux bombes atomiques. Mais l'Europe est définitivement tombée sous le joug du Troisième Reich, Espagne et Royaume-Uni y compris. Seuls les Soviétiques à l'est n'ont pas abdiqué et la guerre s'est transformée en guerilla à la frontière orientale de l'Empire allemand, aux limites polonaises et roumaines. Vingt ans plus tard, au début des années 60, Hitler est encore en vie, Staline également. Les troupes allemandes et soviétiques sont encore en lutte, à l'est. C'est pour avoir le salutaire appui militaire des Etats-Unis dirigés par Joe Kennedy (père de JFK) que le Führer cherche à jouer la transparence et à se rapprocher de l'Amérique. Des journalistes américains sont conviés en Allemagne, pour visiter et pour assister au meeting dans lequel Kennedy et Hitler doivent annoncer publiquement l'alliance entre les deux pays. Dans le même temps, Xavier March (Rutger Hauer), un commandant SS, enquête sur les mystérieux meurtres de hauts dignitaires nazis, à l'oeuvre pendant la guerre de 40. Il sera rejoint par Charlie Maguire (Miranda Richardson), une journaliste américaine impliquée malgré elle mais pour sa plus grande fascination dans cette même enquête.

Voilà. L'histoire du film peut donc sembler prometteuse, vue comme ça, mais en réalité elle ne cache qu'un vague film policier suintant son statut de téléfilm scène après scène. Le résultat de l'enquête n'est même pas un secret et est révélé dès le début, par la voix-off, au spectateur : l'Holocauste a été passé sous silence, les médias affirment que les juifs ont été "transplantés" à l'est, et la Gestapo élimine un par un tous ceux qui sont au courant de la réalité, afin qu'elle ne se révèle jamais aux américains, ce qui remettrait en cause l'alliance entre Hitler et Joe Kennedy. Il faut donc se taper une heure et demie d'une enquête mollassone, menée par deux comédiens assez peu inspirés (et le doublage français, d'une platitude toute "derrickienne", n'arrange rien) et convenue au possible. Il ne s'agit après tout que d'une autre histoire de complot, de pressions venant d'en haut et de terrible secret. Le traitement du film fait complètement l'impasse sur le côté politique-fiction, alors qu'il s'agissait sans aucun doute de la chose la plus intéressante que l'on aurait pu attendre. Comment aurait pu évoluer l'Allemagne nazie si elle avait été placée dans une telle situation géopolitique ? Comment sa société aurait-elle été organisée ? Rien de tout ça ne sera abordé. Les hautes personnalités politiques allemandes ne sont jamais impliquées dans le film sinon un peu nommément vers la fin de l'enquête, tandis que le point de vue du réalisateur se concentrera uniquement sur le commandant Marsh et sur la journaliste américaine. Les SS auraient été la même police que celle dans laquelle oeuvre le funeste Derrick que cela serait revenu au même. C'est tout juste si l'impression est donnée qu'il s'agit d'une dictature (y'a même une affiche des Beatles affichée à un mur !). Certes, il y a des affiches de propagande un peu partout, la croix gammée est omniprésente et les plans que l'architecte Speer avait prévu pour la Berlin d'après-guerre sont plus ou moins respectés, mais il est plus que regrettable que la perspective populaire et que la description de la politique intérieure soient délaissées au profit de cette enquête foireuse amenant à un grand secret, qui au moment de sa révélation ne suscitera qu'une vague scène d'émotion de deux minutes entre les deux personnages principaux, qui accusent un peu le coup au milieu d'un parc avant de se décider à tenter d'informer le Président Kennedy.
Viendra donc le dernier quart d'heure, qui avec les images d'archives de l'introduction sera le seul élément digne d'intérêt. Enfin, les troupes nazies sont rassemblées au meeting d'Hitler, unique instant où tout le potentiel de l'horreur idéologique nazie est exploitée au détour de quelques plans incluant la monstrueuse arrivée d'un Hitler grisonnant. Mais hélas, il est trop tard, et de toute façon l'issue ne fait aucun doute, puisque la gestapo n'est même pas sur les lieux, occupée qu'elle est à rechercher Marsh, qui n'a alors plus aucune utilité dans l'intrigue (c'est la journaliste qui doit désormais transmettre les fruits de sa découverte à la délégation américaine), si ce n'est celle de parler à son jeune fils. On apprendra que ce dernier, depuis ces évènements, a grandi, et que, tenez vous bien, c'est lui-même qui fait la voix off !
Bref Le Crépuscule des Aigles est un énorme gâchis, un téléfilm policier minable, qui à cause de son traitement complètement à côté de la plaque trouve le moyen de saboter complètement l'effet de choc que constituerait la découverte de l'Holocauste dans une Allemagne devenue "La Maison des Aveugles", comme il est dit textuellement dans le film en référence à la bâtisse dans laquelle se sont retrouvés les instigateurs de la "solution finale" pendant la guerre, et qui, lourdeur de la symbolique, est devenue un institut pour aveugles. Et dire qu'au départ, il devait s'agir d'un film cinéma (réalisé par Mike Nichols), mais qu'aucun studio ne se déclara interessé...

Loïc Blavier

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