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Seijû gakuen. 1974.
Origine : Japon
Genre : Film de nonnes
Réalisation : Norifumi Suzuki
Avec : Yumi Takigawa, Fumio Watanabe, Emiko Yamauchi, Ryouko Ima…


Les années 70, l’âge d’or du cinéma d’exploitation, où tous les excès semblaient permis dans films qui multipliaient les scènes de sadismes ultra violentes et celles d’érotisme totalement gratuit. Ainsi les WIP (Women in prison), Nazixploitations et autres épouvantes démoniaques italiennes fleurissaient dans la bonne humeur générale. L’Eglise catholique gardienne des bonnes mœurs ne pouvait que s’insurger devant de tels écart à la morale, et pourtant tous ces films n’allaient pas aussi loin dans le blasphème que ceux de ce genre particulier qu’est la Nunsploitation (les films de nonnes chez nous). Sans doute né dans les années 20 avec Haxan: la sorcellerie à travers les âges du danois Benjamin Christensen, c’est Les Diables de Ken Russel qui donne ses lettres de noblesse au genre : Anticléricalisme féroce et délires baroques deviennent les signes distinctifs du genre.
Au Japon, la religion catholique est très minoritaire, pourtant le courant y a connu un vif succès. Et Le Couvent de la Bête Sacrée est sans conteste l’un de ses plus beau représentants.



Le film raconte le destin de la jeune Mayumi, qui entre dans les ordres pour enquêter sur la mort de sa mère et percer le secret derrière l’identité de son père. Son arrivée perturbe l’ordre établi, et une campagne de délation ne tarde pas à viser les nonnes lesbiennes ou voleuses. Mais alors que le sadisme des punitions va croissant, Mayumi découvre que ce couvent cache de nombreux mystères.

Le film a été tourné pour la Toei, alors spécialisée dans le film de yakusa ultra-violent à la Fukasaku. Dans les années 70 les différentes majors japonaises se livraient encore de féroces batailles pour faire le plus d’entrées, et c’est dans se contexte qu’elles se sont emparées du film de nonnes.
Dans son film, Suzuki se désintéresse tout de suite de l’anticléricalisme qui caractérise le genre en Europe pour surtout s’attacher au sévices que subissent les nonnes rebelles. Aussi le réalisateur affiche une complaisance malsaine pour la violence et le sang. Le film multiplie les scènes de tortures chaque fois plus sadiques et plus perverses : des novices à demi nues sont contraintes de se fouetter l’une l’autre, le chat à neuf queues devient le plus sûr moyen expiatoire et même la nuit les nonnes en abusent, celles qui ont le malheur de tomber enceintes (la faute la plus grave) sont rouées coups de pieds… Suzuki n’y va pas de main morte, le spectateur jubile en voyants ces nonnes plongées dans des bains d’acides, pendues, transpercées de pieux… Cependant même s’ils sont nombreux ces excès ne viennent jamais prendre le pas sur l’intrigue, la narration demeure fluide et rythmée tout au long du film.
Chaque élément venant faire avancer l’intrigue (l’enquête de la jeune héroïne , et sa vengeance par la suite) est judicieusement amené. Le film à l’intelligence de ne pas sombrer dans le simple catalogue d’atrocités, et ne risque à aucun moment de lasser le spectateur.



En fait, Le Couvent de la Bête Sacrée emprunte autant au WIP qu’au film de vengeance : les nonnes sont cloîtrées dans leur couvent comme dans une prison, et chaque écart à la règle est aussitôt suivit d’une punition. Ainsi entre les sœurs se nouent des liens de camaraderie semblables à ceux qu’on trouve dans les WIP. Le réalisateur va même plus loin, en montrant l’incontournable scène de saphisme, présente au cahier des charges de tout nunsploitation qui se respecte. Les nonnes sont presque montrées comme des écolières indisciplinées, qui passent leur temps à chaparder de la nourriture, fumer en cachette, se battre ou encore flirter. Ce qui évidemment sert de prétexte pour filmer les sévices.
La dimension de film de vengeance interviendra dans la deuxième moitié du métrage, avec ce superbe personnage de prêtre aux faux airs de Raspoutine échappé de l’enfer nucléaire de Nagasaki. Et d’ailleurs cette trame de vengeance par filiation est directement issue des westerns spaghettis.
Le Couvent de la Bête Sacrée apporte même un caractère original au nunsploitation en introduisant des scènes de bondage tout à fait dans l’optique fétichiste japonaise. Et finalement ce qui fait la richesse du film, bien plus que le scénario ou les tortures, c’est ce caractère japonais du film. En effet on est loin du mauvais goût fauché qu’on retrouve par exemple dans les films de Jesus Franco (grand amateur du genre, il a réalisé entre autres Les Démons du sexe, qui brillent par leur sadisme et leur érotisme outranciers). Au japon, la violence et le sexe sont perçus différemment de chez nous. Il en découle un soin très particulier porté à la mise en scène et à la photographie. Les éclairages sont toujours soignés, et le film regorge de cadrages alambiqués et d’amples mouvements de caméras. Norifumi Suzuki soigne sa mise en scène, et n’hésite jamais à transcender la dimension baroque et dantesque du film par sa caméra. Certaines scènes, comme la torture à coups de ronces et de rose, deviennent presque de la poésie raffinée et perverse.

Bref, Le Couvent de la Bête Sacrée, s’il n’atteint quand même pas la force d’un film comme Les Diables, n’en demeure pas moins un très bon nunsploitation, construit avec soin et talent.



Arnaud Schilling

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