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The Crimson Pirate. 1952.
Origine : Etats-Unis
Genre : Aventures
Réalisation : Robert Siodmak
Avec : Burt Lancaster, Nick Cravat, Eva Bartok, James Hayter...


A la fin du XVIIIe siècle, un capitaine de pirates, Vallo, s’empare d’un navire espagnol qui ne transporte pas d’or mais des armes. Le Capitaine décide de vendre ces armes aux insurgés de l’Ile de Cobra dont le meneur se nomme El Libre. L’émissaire du roi d’Espagne, le baron Gruda, capturé par les pirates, offre une forte somme au capitaine Vallo si celui-ci lui livre El Libre. Vallo, accompagné de son ami Ojo le muet, débarque à Cobra où il apprend qu’ El Libre a déjà été fait prisonnier. Mais le second de Vallo, Bellows, comprend que le capitaine, tombé amoureux de la fille du révolutionnaire, va épouser leur cause en leur offrant les armes. Il décide alors de livrer lui même El Libre et sa fille aux Espagnols. Vallo parviendra à délivrer son équipage et à libérer la fille d’El Libre en attaquant la garnison espagnole et en récupérant son navire par un nouvel et spectaculaire abordage.



Robert Siodmak est le type même du réalisateur cosmopolite. Né aux Etats Unis, il est cependant de culture allemande. Il réalise à Berlin en 1929 Les Hommes le dimanche, un documentaire d’avant-garde, typique de la fin du cinéma muet. Il émigre à Paris en 1933 où il réalise une dizaine de films dont Mollenard (1938) avec Harry Baur et Pièges avec Maurice Chevalier et Pierre Renoir (1939). Au moment de la guerre, il rejoint Hollywood où il va réaliser une série de films noirs dont Les Tueurs (1946) où il découvre Burt Lancaster et des films majeurs comme La Proie (Cry of the City) et Pourquoi j’ai tué (Criss Cross, 1949). Dans les années 50, il tournera à nouveau en Europe, notamment en Angleterre et en France. Ceci étant dit et si Le Corsaire rouge marque les retrouvailles entre les deux hommes, il semble que ce soit avant tout un film produit et interprété par Burt Lancaster, à la suite du succès de La Flèche et Le Flambeau réalisé en 1949 par un autre émigré d’origine européenne, le français Jacques Tourneur...

Selon les dires de Burt Lancaster lui-même, si Robert Siodmak lui a permis de débuter au cinéma pour faire ensuite la carrière que l’on sait, les deux hommes étaient on ne peut plus en froid au moment du tournage qui fut marqué semble t-il d’accès de colère entre les deux hommes et vit une certaine démission ou désintérêt du sieur Siodmak pour laisser les directives à un Burt Lancaster remonté et colérique au possible. Autant dire et c’est étonnant que cela ne se voit aucunement à l’écran. Ce Corsaire rouge demeure 50 ans après et à l’heure où le genre ‘flibusterie’ perdure avec la série des Pirates des Caraïbes, un extraordinaire film d’aventures bondissantes, au rythme échevelé, à l’interprétation charismatique au possible, aux couleurs étincelantes, bref il offre un spectacle le plus total qui soit.
Difficile pour revenir à ce qui est dit plus haut, de savoir à qui l’on doit quoi vu la belle harmonie de l’ensemble. Quoiqu’il en soit si Lancaster n’est pas crédité au générique, l’on comprend bien qu’il s’agit de « son » film (se substituant en outre au scénario de Waldo Salt, rejeté pour penchants communistes). D’ailleurs il sera deux fois metteur en scène durant sa carrière, ce, dès 1955 avec le sympathique Homme du Kentucky puis Le Flic se rebiffe en 1974. Et puis rappelons aussi que cet homme là était à l’époque un fan de toujours de Douglas Fairbanks et qu’il a commencé sa carrière au cirque avec son ami d’enfance de colonie de vacances, l’excellent Nick Cravat qui soit dit en passant n’est pas loin ici parfois de lui voler la vedette. Le tournage fut du reste tellement houleux que leur amitié en pâtit et il faut croire au final que ce bon Burt fut exécrable avec tout le monde, donnant même des leçons de mise en scène à Siodmak. Pour en revenir à ses capacités d’acrobates acquises au sein du cirque, notons qu’on les retrouvera à nouveau dans le très beau Trapèze de Caroll Reed en 1956.



Quant au film lui-même, disons que si La Flèche et le flambeau était un splendide spectacle sur lequel tout le monde s’était bien entendu, Le Corsaire rouge est d’une majesté non moins suprême et même encore plus belle, enfantée dans la douleur, la tension, les coups de gueule et l’égo en avant. Une fois de plus, cela ne transparaît jamais à l’écran et ce corsaire là, filmé en technicolor et débordant d’idées délirantes, n’a rien perdu de sa belle jeunesse comme en témoigne ce prélude dans lequel nos deux héros (Lancaster et Cravat), très proches du duo qu’on retrouvera dans la série Zorro avec son acolyte Bernardo, apostrophent de face la caméra afin de se présenter. Ça n’a l’air de rien mais c’est d’une audace folle en plus de fonctionner merveilleusement niveau interactivité avec le spectateur. On pense même par moment aux délires d’un Tex Avery avec ses apartés, ses rythmes délirants et nonsensiques. Le tour de magie réside bien sur dans le fait que toutes les péripéties qu’on peut voir à l’écran sont belles et bien réalisées pour de vrai et l’on est pas près d’oublier les doubles sauts sur les étoles des maisons de nos deux héros poursuivis, bondissants à plusieurs reprises pour passer par une fenêtre et réapparaître par une autre. De même toutes les scènes au sein des navires n’ont jamais semblé aussi réelles au cinéma, les balancements, hissages, abordages, y sont tant palpables qu’on se croirait même dans un cinéma en 3D ! Pas de doute, c’est un film de passionné. Passion de Burt Lancaster pour ses mythes d’enfance dont un amour sans borne pour Douglas Fairbanks ici retranscrit et même légué dirons-nous au-delà de la perfection. Amour également et plus généralement pour l’aventure et l’acrobatie, ainsi qu’une quête magnifique de son âme d’enfant. Sans compter l’humour et l’inventivité de chaque instant quand elle n’est pas dans la mise en scène où dans des numéros somptueusement réglés, à l’instar de cette petite barque qui retournée se transformera juste le temps de les sauver, en sous-marin ! (scène reprise justement en hommage dans Pirates des caraïbes).
Non, Le Corsaire rouge est typiquement le genre de divertissement qui fait aimer les films de pirates et de cape et d'épée. Ajouté à cela des acteurs formidables et des seconds rôles d’envergure (Christopher Lee) et l’on obtient un film sans faille ou presque et quand bien même il y en aurait qu’on ne voudrait pas les voir tant le spectacle est magique...

Gilles Vannier

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