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Congo. 1995.
Origine : Etats-Unis
Genre : Aventure
Réalisation : Frank Marschall
Avec : Laura Linney, Dylan Walsh, Ernie Hudson, Tim Curry...


En 1993, Jurassic Park est de sorti, la mode est à l'aventure. Quoi de mieux alors que d'aller dénicher un autre roman d'aventure signé de Michael Crichton, auteur de ce même Jurassic Park ? Voilà donc que l'on ressort Congo, roman de 1980, dont l'adaptation est de toute évidence envisagée dans la foulée du film de Spielberg. Mais manque de bol, si les effets spéciaux numériques fonctionnaient très bien pour les dinosaures, il n'en va pas de même avec les gorilles. La technique en est encore à ses débuts, et devant l'insurmontable problème posé par la conception des pelages de singes, on dut se rendre à l'évidence et se contenter de bons vieux bonshommes dans des costumes. Mais pour ne pas que ceux-ci virent au ridicule, on appelle quand même à la rescousse Sam Winston, responsable des effets spéciaux numériques de Jurassic Park, et qui revient donc ici à des choses moins virtuelles. Le réalisateur débutant, Frank Marshall (à qui l'ont devait Arachnophobie), est de toute façon lui-même un proche de Steven Spielberg, pour lequel il produisit bon nombre de films (presque tous depuis Les Aventuriers de l'Arche perdue, plus les productions Amblin comme les deux Gremlins ou les trois Retour vers le Futur). Et c'est en règle général un fan des films d'aventure vieille école, notamment les Tarzan. De son propre aveu, il envisagea même de faire de Congo le support au troisième Indiana Jones, avant que Spielberg et Lucas ne se décident pour le scénario de La Dernière croisade. Il pouvait donc sembler être le bon homme à la bonne place, avec Congo.

Et pourtant non. La trop grande admiration de Marshall pour les récits d'aventures vieille école le pousse ainsi à aligner stéréotypes sur stéréotypes : la gentille cadre d'une compagnie de télécommunication est envoyée en Afrique par son méchant patron pour retrouver la trace de Charles Travis, fils de ce méchant patron, disparu alors qu'il était à la recherche de diamants. On apprendra en cours de route qu'en réalité, le patron se fout pas mal de son fils, et qu'il veut avant tout récupérer le diamant. Mais l'héroïne, un peu conne, ne s'en rendra compte qu'à la fin. Dans son périple africain, elle sera accompagnée par un scientifique génial (il arrive à faire parler des singes !) désireux de ramener sa gorillette Amy là où elle est née, ainsi que par un philanthrope roumain qui jure ses grands dieux que non, il ne finance pas du tout l'expédition pour retrouver la citée perdue de Zinj, là où se trouvent les mines du Roi Salomon. Enfin, tout ce petit monde rejoindra sur place Monroe Kelly, un guide aventurier qui connaît la savane comme sa poche...

Donc voilà : une brochette de personnages qui quand ils ne croulent pas sous les clichés (Monroe Kelly, joué par Ernie Hudson, et le roumain Herkermer Homolka, interprété sous ecstasy par Tim Curry) croulent sous la bêtise. Mention spéciale au macacologue joué par Dylan Walsh, qui à force d'être gentil avec Amy, sa gorille qui parle à l'aide d'un dispositif permettant de transcrire le langage des signes en paroles, finit par devenir suspect. Des calins sans arrêt, des bonnes et gentilles paroles, il se plie à ses quatre volontés... C'est à ce demander si il n'y aurait pas là un soupçon de zoophilie. Amy est en tout cas celle qui porte la culotte du couple. Marshall n'a pas peur du ridicule, et il nous la montre en train de fumer, de boire un martini, de roter et de dorloter une poupée en répétant "Amy, maman !". De conception humaine et de look simiesque, la peluche est il est vrai le fruit dégénéré de l'humain et du singe...
Pour un film d'aventure, Congo souffre d'une préjudiciable absence de héros. Le scientifique est trop effacé pour tenir ce rôle, le guide est trop conventionel, le roumain est trop lâche et Amy n'est qu'un gorille. Le rôle devrait échoir à Karen Ross, l'employée de la société de télécommunication, mais celle-ci n'est qu'une fadasse greluche sans personnalité, très loin des images de femmes fortes et encore plus loin de donner une touche sexy à un film décidemment trop grand public. Marshall s'est visiblement appuyé là aussi sur Jurassic Park, film qui lui non plus n'avait pas vraiment de héros à la Tarzan. Mais Spielberg compensait largement par l'aspect "aventure", central au film. Ici rien ne vient compenser. Dès l'arrivée en Afrique, nous plongeons dans le déjà-vu, puisque même pas sortis de l'aéroport, les personnages sont déjà confrontés à un coup d'état militaire ! L'Afrique se résume donc ici à ses instables dictatures bananières, à ses généraux verreux, à des images de brousse sur fond de couché de soleil et de musique adéquate (un peu de plus et on avait droit à l'"Asimbonanga" de Johnny Clegg !), à ses animaux dangereux, à ses vieux africains à barbe blanche sagement assis au milieu de leur village, à ses tribus de sauvages aux rites païens, à sa main d'oeuvre faite de porteurs sans identitée prêts à déserter au moindre danger, prouvant ainsi que les occidentaux sont soit fous, soit qu'ils n'ont peur de rien... On ne peut même pas dire que la mise en scène permet de réévaluer le film, puisque la seule chose notable à son sujet est son manque de tonus. Problématique pour un film d'aventures qui n'en a donc pas de vrai héros. La jungle elle-même, mal photographiée, ne saurait tenir ce rôle, et les péripéties qui émaillent le récit apparaissent aussi dangereuses que la traversée de la rue du Petit-Bois à Charleville-Mézières en dehors des passages cloutés. Le climax tentera bien d'y rémédier, mais hélas, à part de "méchants gorilles" (ces mots sont de Amy) tout gris aux faciès d'anciens députés UDR végétant sur les bancs du Sénat, les mines oubliées du Roi Salomon n'auront pas grand chose à proposer. Et, ultime défaut d'un film décidément insipide, la présence de Bruce Campbell se limitera à deux minutes en début de film et à trente seconde en fin de film.

Loïc Blavier

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