critiques


réalisateurs


acteurs


thèmes


origines



Collateral. 2004.
Origine : Etats-Unis
Genre : Policier
Réalisation : Michael Mann
Avec : Tom Cruise, Jamie Foxx, Jada Pinkett Smith, Mark Ruffalo...


Nos vies sont marquées par des actes. Chacun d’entre nous a été imprégné à divers degrés par des moments, gravés dans nos mémoires comme étant des instants forts en émotions, où tristesse, joie, bonheur, rires ou autres colères peuvent pénétrer ces évènements. On dit souvent alors qu’il y a eu un avant et un après cet épisode.
Avec Collateral, je me suis souvenu de cette personne qui a tant marqué ma vie. Elle était douce, intelligente, d’une beauté effarante, drôle, raffinée, bref, elle était mon idéal. Eh bien si vous-aussi vous avez cette personne dans votre tête, si vous avez réalisé ce que vous désirez le plus chez un individu, vous comprendrez alors ce que j’ai ressenti en voyant Collateral. Michael Mann a réalisé mon idéal.
Ne voyez pas dans l’emploi d’idéal une quelconque perfection, je n’ai pas cette prétention là de dire que c’est le film parfait, non. Mais c’est à coup sûr un grand film mit en scène par un grand réalisateur avec de grands acteurs ! Tout est gigantesque dans ce film ! Du simple choix des seconds rôles, à celui du choix de filmer en DV, du jamais vu avec ce support, une image travaillée au possible au service des acteurs et du film.
Avez-vous déjà vu Los Angeles de nuit ? Oui, on a tous vu dans de nombreux films la cité des anges devenir la cité des démons. Ici, c’est un peu ça, un démon face à un ange, qui triomphera ?
Tom Cruise campe un tueur à gage hyper efficace, froid, intelligent, dont les réflexions philosophiques sur son métier, souvent simplistes, justifiant ses actes, sont d’une ironie flagrante pour nous (ces discours nous font souvent rire d’ailleurs), mais déchargent sa violence par une indifférence réelle qui en devient son moteur. Tom Cruise est parfait en tueur qui ne prend aucun plaisir dans ce qu’il fait, il fait ce qu’il sait faire, sans allégresse, c’est son job.
De l’autre côté, face au diable, Jamie Foxx nous offre sans doute sa meilleure interprétation, pour enfin un rôle à sa juste valeur. Après un second rôle énergique dans Ali, Michael Mann l’embauche et lui offre l’affiche face à un Cruise fait pour interpréter ce personnage de tueur. Jamie Foxx est un chauffeur de taxi qui aime à croire qu’il ne fera pas ça toute sa vie, et qu’il réalisera ses rêves. Mais il n’a aucun courage, il n’a jamais réellement pris sa vie en main, il est lâche, et aime faire croire qu’il se plait dans son confort précaire.
Cette nuit là, tout va changer. La peur de mourir, le fait de voir des gens tués à tout va, sans remords, va transformer ce type et sa vie. Pour lui, il y aura eu un avant Vincent et un après Vincent. Pour moi, il y aura eu un avant Collateral et un après Collateral, tout comme cette personne, cet idéal.
Violence, angoisse, suspense, scènes d’actions mirobolantes, dialogues usant de second degré et d’un humour noir subtil et époustouflant, je vous le dis, ce film est grandiose et je pèse mes mots.
Michael Mann est à n’en plus douter un énorme réalisateur. On avait été convaincu avec Heat, on était de nouveau d’accord avec Révélations, certains ont tordu le nez devant Ali, film biographique d’une envergure exceptionnelle. Collateral, ce n’est pas un film qui s’essouffle dans sa superbe filmographie, c’est un film haletant, du grand cinéma hollywoodien, avec des scènes déjà cultes, celle de la boîte de nuit, celle de la boîte de jazz, celle de l’hôpital, et toutes celles des conversations entre les deux personnages.
Mais Mann ne s’arrête pas là, il pourrait se contenter de dire, voilà je vous montre un thriller, je vous en mets plein les yeux avec mon putain de talent de metteur en scène, mais non, il va plus loin et pousse la réflexion. Tout d’abord une réflexion sur l’Homme et toute l’humanité, la solitude, une ville de 17 millions d’habitants, personne ne se connaît, l’absence d’humanité dans ce qui fait l’Homme, son humanité, ce désintérêt de l’autre, les rêves qui désormais font les hommes mais qui finissent toujours par les rompre, comme si on avait peur d’aller au bout de ce qu’on est, et puis ces occasions que l’on manque, comme cette personne qu’on laisse partir, cet idéal que j’ai laissé partir...
Merci pour ce film. Merci.

Jérémie Conde

Textes et images © Association Tortillapolis. Tous droits réservés.