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Cliffhanger. 1993.
Origine : Etats-Unis
Genre : Renaissance d'une star de l'action
Réalisation : Renny Harlin
Avec : Sylvester Stallone, Janine Turner, Michael Rooker, John Lithgow...




Après avoir été la star incontestée du cinéma d’action durant la première moitié des années 80 (Rambo, Rambo 2, Rocky III et Rocky IV), Sylvester Stallone a petit à petit eu à affronter la désaffection du public pour ses films, alors même qu’il tentait de se diversifier. Que ce soit le polar pur et dur Cobra (1986), le drame familial Over the top (1987), le drame carcéral Haute sécurité (1989) ou encore le buddy movie Tango et Cash (1989), aucun de ses films n’a déplacé les foules de manière conséquente. L’échec de Rambo III (1988) confirme qu’un ressort s’est cassé entre l’acteur et son public. Conscient de ce changement, Sylvester Stallone tente de se remettre en question et pour cela, il a de nouveau recours à son alter ego Rocky Balboa pour un Rocky V (1990) dont il confie la réalisation à John G. Avildsen, l'homme du premier Rocky, éprouvant le désir de renouer avec la tonalité du film original. Nouvel échec, s’expliquant sans doute en partie par sa décision de ne pas remonter sur le ring. Ne s’avouant pas vaincu pour autant, il se lance un nouveau défi : la comédie. Pour ceux qui pourraient s’étonner d’un tel choix, il faut rappeler qu’à cette époque, son principal concurrent Arnold Schwarzenegger cartonnait au box office avec des comédies (Jumeaux en 1988 et Un flic à la maternelle en 1991). Sauf que en ce qui le concerne, la sauce ne prend pas et Sylvester Stallone enchaîne les bides. Il lui faut donc encore revoir sa copie. Et cette fois-ci, il n’y va pas par quatre chemins, renouant avec le cinéma d’action par l’entremise de Cliffhanger, film physiquement éprouvant et au cadre inédit pour un blockbuster : la haute montagne.

Ayant assisté, impuissant, à la mort d’une amie lors d’un sauvetage en haute montagne, Gabe Walker (Sylvester Stallone) a tout plaqué : fiancée, amis, travail. Huit mois après le drame, il revient avec l’intention de convaincre Jessie (Janine Turner) de repartir avec lui. Devant son refus, il s’apprête à prendre ses clics et ses clacs lorsqu’un appel retentit au centre de secours en haute montagne dans lequel il officiait : cinq personnes sont coincées par les intempéries et c’est son ami Hal (Michael Rooker) qui se charge de leur porter secours. Convaincu par Jessie de reprendre momentanément du service pour lui prêter main forte, les deux hommes se retrouvent non pas face à des randonneurs imprudents mais devant une bande de voleurs de haut vol dirigée par l’infâme Qualen (John Lithgow). Pris en otages, les deux sauveteurs doivent les aider à retrouver trois valises contenant de fortes sommes d’argent et égarées sur les hauteurs. Réussissant à leur échapper, Gabe va tenter de leur damer le pion.



Pour son grand retour au cinéma d’action, Sylvester Stallone s’appuie sur un schéma narratif des plus classiques, et qui en soi n’est pas particulièrement transcendant. Le héros qui échappe in extremis à sa condition d’otage pour faire la nique aux méchants rappelle bien évidemment Piège de cristal. Parenté d’autant plus évidente que Renny Harlin est l’auteur de la séquelle du film de John McTiernan, 58 minutes pour vivre, reposant sur un postulat similaire. Les grandes lignes de l’intrigue sont donc connues : le héros devra se débarrasser un à un des hommes de main avant l’affrontement attendu avec le vilain en chef. L’originalité, si on doit vraiment en chercher une, réside dans les moyens d’y parvenir. Et c’est là que l’environnement joue un rôle prépondérant. La haute montagne et les périls qui la caractérisent (froid extrême, changement climatique soudain, avalanches, le vide...) fournissent un cadre suffisamment inédit et riche en possibilité pour que l’action du film puisse s’en nourrir efficacement. De ce point de vue là, Cliffhanger nous en met plein les yeux, et ce dès la scène d’ouverture et son sauvetage pour le moins périlleux et à l’issue dramatique. La mise en scène aérienne et fluide de Renny Harlin rend parfaitement justice aux diverses scènes d’action du film, toutes parfaitement lisibles. Ça change ! Tout juste regretterais-je ses multiples recours aux ralentis. Si certains se justifient par sa volonté de mettre en valeur son acteur principal, la plupart contribuent à ralentir le rythme. Autre grief, le fait que cette traque au sommet n’en soit pas vraiment une dans la mesure où Qualen et ses hommes se confrontent à un milieu qui leur est totalement inconnu, au contraire de Hal Turner et Gabe Walker. Il en résulte des personnages peu à l’aise avec leur environnement qui ne peuvent rivaliser en dangerosité avec mère nature. Une scène illustre d’ailleurs cela à merveille lorsque l’un des hommes de Qualen, pas très malin cela dit, déclenche une avalanche en voulant tuer Gabe. Non seulement sa tentative s’avère un échec mais par un effet boomerang, l’imprudent perd la vie, emporté par les tombereaux de neige qu’il a lui-même contribué à faire tomber. Quant à John Qualen, il fait de la figuration durant une bonne partie du film, avant de se réveiller lors du dernier acte, s’offrant quelques "punchlines" bien senties, et révélant son implacable mauvais fond histoire de donner un peu de piment à son duel à venir contre Gabe. Rien de bien notable, cependant. Le méchant que John Lithgow doit interpréter est dépourvu du moindre attrait (on est loin du psychopathe qu’il incarnait dans Ricochet !), ce qui le rend aussi inquiétant qu’un lion en cage. Finalement, outre la haute montagne, le principal ennemi de Gabe Walker devrait être lui-même compte tenu du trauma qui l’a éloigné de son activité favorite. J’utilise sciemment le conditionnel car cela n’est jamais prégnant dans le film, Gabe Walker conservant tout du long un caractère assez lisse.
Échaudé par ses déconfitures passées, Sylvester Stallone n’a pas cherché à innover se tournant vers un personnage éminemment positif. A tel point que Hal Tucker passerait presque pour le vrai méchant du film à force de vouloir culpabiliser à outrance son ami qu’il tient pour responsable du décès de sa fiancée. Le fait que ce personnage soit interprété par Michael Rooker joue également un rôle prépondérant dans cette perception, lui dont on ne peut oublier la performance glaçante dans Henry, portrait of a serial killer. Même lorsqu’il joue un personnage plus positif, il a quelque chose dans le regard ou l’expression de son visage qui le rend imprévisible et inquiétant. Il semble toujours prêt à exploser. Résultat, on a presque de la peine à voir Gabe se faire tancer alors qu’il propose gentiment son aide. Ce détail mis à part, Gabe Walker ne dépareille pas au milieu des personnages déjà interprétés par la star. Toujours aussi maso, Sylvester Stallone campe un personnage qui s’en prend plein la poire, se gèle les os (pour ne pas dire le cul... Mince ! Je l’ai dit !) et manque de faire le grand plongeon à plusieurs reprises. Mais à force d’abnégation et de courage (le récit lui ménage une courte scène lors de laquelle manque de se rejouer le drame initial sauf que cette fois-ci, il tient bon), il réussit à triompher de l’adversité. Même si il a tout fait pour humaniser son personnage le plus possible, Gabe Walker demeure l’un de ces héros à la limite du super, qui une fois lancé, ne se démoralise jamais. En fait, en choisissant ce film pour son grand retour au genre qui a assis sa gloire, il a surtout voulu prouver qu’à 47 ans, il était toujours bon pour le service. Et il faut dire ce qui est, le bougre tient la route !



Dans la peau de cet alpiniste qui excelle dans la varappe sans sécurité, Sylvester Stallone a non seulement vaincu son vertige, accomplissant selon les dires promotionnels 9 cascades sur 10, mais aussi le signe indien qui semblait cantonner ses films à des chiffres ridicules. Sans être un immense succès digne de ses meilleures années, Cliffhanger a parfaitement rempli son office à savoir relancer sa carrière. Et sans être exceptionnel, le film de Renny Harlin s’avère un honnête divertissement nous gratifiant de paysages grandioses et réussissant même parfois à nous communiquer une sensation de vertige. Certes, compte tenu du sujet, c’était bien le minimum qu’on pouvait en espérer, quoique l’avenir nous démontrera que ce minimum n’est pas toujours forcément atteint (cf. Vertical limit de Martin Campbell – 2000).

Bénédict Arellano

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