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Uninvited. 1988.
Origine : Etats-Unis
Genre : Nanar
Réalisation : Greydon Clark
Avec : Alex Cord, George Kennedy, Clu Gulager, Toni Hudson...




Excédé par les multiples expériences dont il fait l’objet, un chat de gouttière s’échappe du laboratoire de recherche dans lequel il était prisonnier, non sans avoir au passage massacré une poignée de scientifiques et quelques gardiens. Vous l’aurez deviné, ce chat n’est pas tout à fait comme les autres. Dans ses entrailles se cache un double mutant qui jaillit toutes griffes dehors pour s’attaquer à quiconque ne lui reviendrait pas. Je peux vous affirmer que ça fait du monde ! Et par un malheureux concours de circonstances, le félin en cavale se retrouve à bord d’un yacht dont il va allégrement exterminer les occupants.



Dans la longue litanie des menaces animales, je demande le chat ! A première vue, cet agréable compagnon du quotidien n’inspire guère la peur. Il y a bien le chat noir qui jouit d’une mauvaise réputation, qualifié de suppôt de Satan depuis la nuit des temps, ou symbole de culpabilité chez Edgar Allan Poe. Mais de nos jours, il n’y a bien que ceux qui y sont allergiques pour les craindre. C’est dire si la tâche de Greydon Clark s’annonce ardue. Toutefois, le cinéma horrifique possède quelques précédents heureux dans le genre détournement d’êtres inoffensifs. Je pense notamment au bébé du Monstre est vivant ou au fœtus de veau de Isolation. Certes, le sieur Clark n’a pas très bonne réputation au sein de la presse spécialisée, certains de ses titres –Satan’s Cheerleaders, Terreur extraterrestre– étant au mieux qualifiés de navrants. Néanmoins, nous ne sommes jamais à l’abri d’une bonne surprise... ce que Le Clandestin n’est absolument pas.
Reposant sur une idée des plus improbables –un chat sanguinaire tenant en respect les occupants d’un bateau de plaisance– Le Clandestin ne dépasse jamais son statut de nanar annoncé. Du réalisateur aux acteurs en passant par l’équipe technique, tout dans cette production fleure bon l’amateurisme. Qu’il en ait conscience ou non, Greydon Clark ne se fatigue guère à nous prouver le contraire, enchaînant les aberrations avec un bel aplomb. Cela démarre très fort avec ces deux scientifiques qui auscultent le chat en laissant la porte du bloc opératoire grande ouverte. Le scientifique en chef peut alors bien s’égosiller tant qu’il peut, si il ne voulait pas que la bestiole se carapate, il lui fallait s’astreindre à quelques élémentaires règles de sécurité. Mais nous ne sommes là qu’aux prémisses de l’absurde. Par exemple, durant les premières scènes, chaque déplacement de l’animal s’accompagne d’une vue subjective en apesanteur, faisant l’effet d’un supermatou en action. Quant aux attaques de la bête qui sommeille dans les entrailles du chat, elles doivent énormément à l’immobilisme de ses adversaires pour s’avérer efficaces. Les victimes sont comme pétrifiées à la vue d’une créature aussi moche. Celle-ci, sorte de chat atrophié régurgité par son hôte, cache mal ses origines de marionnette mue par une main complice. Bien qu’artisanal et précaire, l’effet spécial peut tout de même faire illusion, à condition que le réalisateur sache ruser en maniant habilement l’art de la suggestion. Or, Greydon Clark ne maîtrise pas cet art, ou en tout cas il s’en moque. Sa créature, il ne rate jamais une occasion de nous la montrer. Mieux, il puise dans les vieux trucs du septième art pour animer sa bête lors de ses phases belliqueuses. Ainsi, lors des assauts du félin, la marionnette devient simple peluche que l’on jette à la figure de l’acteur assailli. A charge pour ce dernier de simuler l’agression en bougeant la peluche en tous sens. Dans l’étincelant Ed Wood, Tim Burton offre une parfaite illustration de cette méthode pour le moins archaïque. Enfin, l’animation de la créature ne serait pas complète sans le son. Et là, on touche au grand art ! De manière frénétique et sans aucun souci de crédibilité, les bruitages nous gratifient de miaulements continuels et synthétiques à chacune des apparitions du chat. Il n’est donc pas rare de voir l’animal miauler à qui mieux mieux alors même que les gros plans sur sa tête nous dévoilent une gueule parfaitement close. A en rester bouche bée... Cependant, Le Clandestin ne serait pas le nanar qu’il est sans l’apport de personnages tous plus grotesques les uns que les autres. Il y a tout d’abord Walter Graham, l’agent de change véreux, et ses deux acolytes bas du front. Interprétés respectivement par Alex Cord (la série Supercopter), George Kennedy (une foultitude de films dont Le Canardeur, La Sanction ou 747 en péril) et Clu Gulager (A bout portant, La Dernière séance), les trois affreux dominent un casting par ailleurs entièrement composé de bellâtres et de naïades peu farouches. La manière dont le scénario louvoie pour mettre tous ces personnages dans le même bateau, chat mutant compris, tient à elle seule du morceau de bravoure. Pour résumer, Walter Graham, qui est poursuivi par le fisc, tient à gagner les îles Caïman au plus vite pour y récupérer toutes ses liquidités. Loin d’être con, le bougre accoste deux copines en bikinis pour leur proposer de l’accompagner au cours d’une petite croisière. Outre le fait d’avoir la possibilité d’assouvir une libido copieusement titillée par les deux donzelles, il dit s’assurer ainsi d’un parfait alibi. Ben oui, si les gardes côtes venaient à arraisonner son yacht, il pourrait prétexter l’innocente virée romantique plutôt que la fuite dans un paradis fiscal. Quant aux demoiselles, elles voient l’occasion de s’offrir du bon temps à bon compte. Toutefois, un vieux beau ne les émoustille guère et c’est pour cette raison qu’elles mettent le grappin sur deux jeunes glandeurs, accompagnés d’un troisième larron, qu’elles s’empressent d’emmener dans leurs bagages. Bonne pâte, Walter accepte tout ce beau monde, plus le chat, immédiatement adopté par les jeunes gens après qu’ils l’aient trouvé enfermé dans une caisse. Que faisait-il là ? Mystère. Quoique après de longues heures passées à faire de l’autostop pour gagner la marina, on peut imaginer que l’animal se soit caché là pour s’y reposer en toute sécurité.



Vous l’aurez compris, pour qui ne peut se résoudre à laisser son incrédulité de côté, cette croisière va sembler interminable. Pour les autres, il y aura à boire et à manger. Côté suspense, ce sera le calme plat. Compte tenu des diverses préoccupations des personnages (sexe, boisson, pognon), l’issue de chacun ne fait aucun doute. Et comme Greydon Clark ne sait pas gérer son monstre, son huis clos maritime se retrouve dépourvu de toute tension. En revanche, le film se montre peu avare en scènes grotesques (toutes les attaques du chat mutant, la mort éthylique de Clu Gulager, affublé pour l’occasion d’une peu gracieuse fausse dentition, le final, un sommet de n’importe quoi à lui tout seul) et en dialogues hallucinants (la conversation tournant autour des origines du monstre, des tombereaux d’injures totalement gratuits, le final, décidément inoubliable), sources de rires francs et communicatifs. Certes, ce n’est pas très charitable de se moquer, mais c’est à ce genre de symptôme que se reconnaît le nanar. Et Le Clandestin en est assurément un. Et un beau !

Bénédict Arellano

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