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Moonlighting (Pilot). 1985.
Origine : Etats-Unis
Genre : Comédie romantico-policière
Réalisation : Robert Butler
Avec : Cybill Shepherd, Bruce Willis, Allyce Beasley, Dennis Lipscomb...


Parmi les séries qui ont bercé mon enfance durant les années 80, Clair de lune tranchait radicalement. Ici, point de véhicules aux gadgets ahurissants (K2000, Tonnerre mécanique, Supercopter), d’amoncellement de cascades et d’explosions (L’Agence tous risques), de dépaysement (le globe-trotter MacGyver) ou encore d’ambiance très mâle (Magnum et le spectre du Vietnam, Miami vice). Clair de lune, c’était plutôt l’assurance d’enquêtes amusées et sophistiquées de la part d’un duo de détectives mal assortis dont les rapports conflictuels importaient souvent plus que les intrigues policières. L’ex mannequin Maddie Hayes (Cybill Shepherd) et le détective playboy David Addison (Bruce Willis) ont constitué ce duo improbable durant 5 saisons tout au long desquelles la série s’est affranchie de toutes les règles généralement en vigueur, jouant la carté du délire et de l’absurde à plein régime. De manière inédite, il n’était pas rare de voir les acteurs briser régulièrement ce qu’on appelle le quatrième mur (celui où se trouve la caméra) pour s’adresser directement au public, sortir du champ afin de consulter le scénario ou bien réclamer du temps supplémentaire pour terminer une scène. Atypique, mêlant adroitement enquêtes policières, romance et comédie, et reposant sur un duo d’acteurs à l’alchimie aussi parfaite à l’écran qu’elle était inexistante en coulisses, Clair de lune s’est imposée comme une des meilleures séries de cette décennie et qui, 25 ans après, fonctionne toujours aussi bien.

Dur réveil pour Maddie Hayes. Ex mannequin dont l’heure de gloire est désormais révolue, elle apprend subitement que son comptable l’a dépouillée de toutes ses liquidités. Sans un sou, couverte de dettes, elle suit l’avis de son conseiller juridique et fait le tour des sociétés qu’elle possède pour s’en débarrasser. Parmi elles se trouve l’agence de détectives privés La Cité des Anges, dont le « directeur », David Addison, n’est pas du tout disposé à mettre la clé sous la porte. Et il ne reculera devant rien pour que Maddie Hayes change d’avis et accepte de travailler avec lui afin d’auréoler l’agence de l’aura de sa gloire passée.

Pilote oblige, les audaces narratives qui feront le sel de la série ne sont pas encore présentes. Les raisons paraissent évidentes : pour ne pas dérouter un public peu habitué aux clins d’œil à son endroit et ainsi assurer un minimum de longévité à sa série, Glen Gordon Caron, le créateur, a préféré se concentrer sur son duo vedette. A ce titre, la recette qu’il emploie rappelle fortement celle d’une autre série des années 80, Remington Steele. Et le fait que le bonhomme ait participé à sa première saison en qualité de scénariste n’est certainement pas étranger à l’affaire. Les deux séries jouent sur le registre du « je t’aime, moi non plus » entre deux personnages diamétralement opposés mais qui sont fatalement appeler à finir dans les bras l’un de l’autre. Et on retrouve dans les deux cas ce même ton enjoué dans les enquêtes, généralement plus marquées par des touches d’humour et une certaine décontraction dans leurs résolutions que par leur noirceur. Cependant, là où Remington Steele reposait également sur un arc narratif en rapport avec la véritable identité et donc le passé du personnage central, Clair de lune n’use d’aucun autre fil conducteur que la relation orageuse des deux protagonistes. Et c’est en toute logique que l’intrigue policière du pilote passe au second plan au profit de la rencontre en Maddie Hayes et David Addison. D’ailleurs, si enquête il y a, celle-ci ne revêt rien d’officiel puisque les deux compères sont amenés à s’y intéresser suite à un simple concours de circonstances. Toutefois, cela n’empêche nullement Robert Butler de faire montre de savoir-faire lorsqu’il s’agit de créer du suspense autour de deux ascenseurs vitrés.
Clair de lune orchestre donc la rencontre de deux êtres qui partagent un même désœuvrement. Avant que David ne fasse enfin la connaissance de la propriétaire de son agence, il ne croulait pas vraiment sous le travail. On peut même dire qu’il n’en fichait pas une, profitant juste de son statut et de sa Porsche de fonction. Cette curieuse montre tombant inopinément entre leurs mains apparaît comme une véritable aubaine. Alors que tout aurait pu s’arrêter là, dans les locaux de la police où ils se sont retrouvés à faire une déposition suite au décès du mystérieux propriétaire de la montre quasiment dans leurs bras, David s’accroche à cette affaire comme un mort de faim, ultime bouée permettant de sauver sa situation. De prime abord, David Addison nous apparaît comme un beau parleur désinvolte. Or, face à l’adversité, il s’avère particulièrement tenace et bosseur, pour peu que le jeu en vaille la chandelle. Ce qui est le cas ici puisqu’il vise ni plus ni moins qu’à éviter la case chômage. Mais sous cet égoïsme de façade se cache l’âme d’un patron fidèle, sorte de père de famille qui à la première occasion réunit autour de lui ses anciens collaborateurs. En outre, derrière une insolence de façade se cache un être à fleur de peau qui n’apprécie rien moins qu’on doute de ses aptitudes professionnelles. Les premières frictions entre Maddie Hayes et lui naissent justement du fait que tous deux s’arrêtent aux apparences. Elle, méprise son arrogance lorsque lui la réduit à son physique de mannequin. Pour autant, tous deux se piquent au jeu de l'investigation en binôme, Maddie la première même si elle frôle la mort à plusieurs reprises. Il y a là quelque chose d'exaltant, une petite pointe d'adrénaline qui contribue à ce qu'elle se sente revivre. Après des années à rester sans rien faire dans un mausolée à sa gloire (les murs de sa chambre sont tapissés de couvertures de magazines à son effigie), elle retrouve à nouveau l'exaltation de vivre sa vie sans plus se complaire dans le passé. Elle est désormais prête à en écrire de nouvelles pages et à prouver à la société qu'à seulement 35 ans, elle est loin d'être finie. Et l’enquête d’avancer au rythme de leurs disputes et d’instants plus complices jusqu’à une conclusion qui lorgne du côté du Harold Lloyd de Monte là-dessus, petite note d’attention sur ce que la série nous réservera par la suite.

Pétillant et dynamique, ce pilote au format d’un téléfilm offre une agréable introduction à une série qui est loin d’avoir dévoilé toutes ses cartes. Et vu avec le recul, il est amusant de constater à quel point les personnages collent à leur interprète respectif. Révélée en 1971 avec La Dernière séance de Peter Bogdanovich, Cybill Shepherd a connu une éphémère heure de gloire qui l’aura conduite chez Scorsese et son Taxi driver en 1976. Dans les années 80, sa carrière se limite à la télévision, de téléfilms en séries jusqu’à Clair de lune qui aurait dû la relancer. A l’inverse, Bruce Willis mangeait son pain noir, devant se contenter de figurations non créditées au générique de quelques films et de rôles dans diverses séries (Miami vice, La 5e dimension). On connaît la suite... Même si cela a été long à se dessiner, Bruce Willis est devenu une star à l’occasion de son troisième grand rôle dans Piège de cristal, alors que Cybill Shepherd est retombée dans un relatif anonymat, participant même à Texasville, film dans lequel elle retrouve le rôle de Jacy Farrow. Rarement la volonté de retrouver les fastes de son passé n’aura été plus explicite.

Bénédict Arellano

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