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C.H.U.D. II : Bud the Chud. 1988.
Origine : Etats-Unis
Genre : Horreur et gaudriole
Réalisation : David Irving
Avec : Brian Robbins, Bill Calvert, Tricia Leigh Fisher, Gerrit Graham...


Mettons nous dans la peau d'un producteur de séries B des années 80. Prenons un petit film sympathique, C.H.U.D., et donnons lui le mérite d'avoir acquis une jolie petite réputation doublée d'un honnête succès commercial. Il est impensable de le laisser à la postérité sans que personne n'en profite ! L'époque est propice à la multiplication des séquelles, et C.H.U.D. se doit d'avoir la sienne. Voilà donc que déboule C.H.U.D. 2 : Bud The Chud, rejeton illégitime du premier film abandonné par ses créateurs. C'est avec une équipe totalement renouvelée que se fera cette séquelle n'entretenant avec l'original que la ressemblance de l'affiche et la mention pendant le film du mot "C.H.U.D.". Il s'agit ici d'un projet militaire dirigé par le Colonel Masters (Robert Vaughn, qui meuble comme il peut sa période de vaches maigres, alors que Robert Englund au top de sa popularité vient faire un caméo d'une demie seconde), visant à créer une armée de morts-vivants invincibles à l'usage de l'armée américaine. Son projet remisé au placard, voilà le pauvre Masters obligé de se séparer de Bud, son zombie cobaye. Il l'envoit ainsi se faire cryogéniser dans l'hôpital d'une petite ville américaine, ce qui peut paraître débile, mais enfin c'est ainsi. C'était sans compter sur trois lycéens du coin, qui pour remplacer le cadavre égaré de leur prof de sciences naturelles s'en iront à l'hôpital pour trouver un nouveau macchabé. Et c'est ainsi qu'ils libéreront Bud, qui s'en ira alors gaiement constituer une armée de morts-vivants pendant que les troupes maladroites du Colonel Masters débarqueront pour enrayer l'épidémie.



Et oui, il n'y a plus ici d'humanoïdes cannibales résidant dans les égoûts new-yorkais. Place aux zombies d'une petite ville classique. Un cadre commun à de multiples productions des années 80 qui entretiennent avec C.H.U.D. 2 ce parti-pris envahissant de faire de l'horreur au ras de pâquerettes, là où se trouve également une forme d'humour héritée de sitcoms stupides. De ces mêmes sitcoms pour adolescents sont également hérités les personnages principaux, Steve, Kevin et Katie, trois adolescents aux personnalités mono-adjectivales : le premier est le cancre comique, le second l'intello consciencieux, la troisième est la jolie fille. Ces trois clampins, parce qu'il s'agit bien de clampins sinon ils n'auraient pas redonné vie à Bud en l'éléctrocutant dans une baignoire avec un sèche-cheveux, sont donc les "héros", ceux qui viendront à bout du danger avant de se tomber dans les bras les uns les autres au terme d'un final plein de bons sentiments. Ce qui est assez révélateur de ce que sont les militaires, les véritables vilains de l'histoire, dépassant même les pauvres morts-vivants : Masters est un crétin va-t-en guerre, qui jubile d'avoir à griller du zombie en compagnie de la demie-douzaine de troufions qui l'accompagnent et qui ne doivent pas être confondus avec les zombies, même si leur manque de personnalité peut induire en erreur. Le meilleur moyen de ne pas confondre est mnémotechnique : les zombies sont désarticulés comme dans le clip Thriller de Michael Jackson et ils ont la mine grise. Les militaires, eux, sont en treillis et n'ont pas de mine du tout, puisqu'ils n'interessent pas la caméra. Les adolescents sont donc cons mais gentils, alors que les militaires sont cons et méchants. A ce stade là, on ne sait plus si nous assistons à de la démagogie crasse ou à de l'hypocrisie cynique.



L'humour sous ses formes les plus grossières (mais jamais vulgaires, encore heureux) est en tout cas la seule chose qui interesse David Irving. C'est ainsi que si il évite soigneusement de donner de la personnalité à ses personnages, si il oublie de mettre de l'horreur dans son film d'horreur (presque pas de sang à l'écran), si il se soucie comme d'une guigne de son montage (un coup on suit les zombies, un coup les adolescents, un autre les militaires, laissant à penser que ceux qui ne sont pas à l'écran restent à ne rien faire) et si il rechigne à donner de l'ampleur à la campagne de recrutement pour l'armée zombie de Bud (aussi bizarre que celà puisse paraître, toute la ville s'en fout et il n'y a pas un journaliste à l'horizon), il nous gratifie d'un caniche mort-vivant qui agresse le facteur, de gamins zombies costumés qui vont attaquer des vieux le soir d'Halloween, d'un Bud qui fait du fitness en regardant la télévision et qui tombe amoureux de l'héroïne etc... Si les morts-vivants ont la capacité de parler, ils utilisent ce don pour placer ici ou là des répliques comiques aussi drôles que les blagues belges d'un quelconque pilier de comptoire aviné. C.H.U.D. 2, si il n'entretient aucun rapport avec son prédécesseur, ne sort pourtant pas de nul part et évoque deux influences majeures : le duo du Retour des Morts-Vivants (textuellement cité, même si le côté comique exacerbé évoque plus le second volet) pour la tonalité, et Le Jour des Morts-Vivants pour l'intrigue, Bud n'étant que le cousin du Bub dressé par les militaires de Romero. Derrière ces deux influences, le film de David Irving s'inscrit dans la tradition de l'horreur bas de gamme typique de la fin des années 80 (incluant aussi une BO hard rockeuse et une chanson-titre composée rien que pour le film).

Loïc Blavier

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