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C.H.U.D.. 1984.
Origine : Etats-Unis
Genre : Fantastique
Réalisation : Douglas Cheek
Avec : John Heard, Daniel Stern, Christopher Curry, Kim Greist…


Les rues de New York ne sont pas très sûres; ça on le savait déjà. Mais ce qu’on ne savait pas encore c’est qu’en plus des truands et des malfaiteurs, des monstres mutants griffus et affamés s’en prennent aux honnêtes gens… Ces mutants vivent dans les égouts et en sortent la nuit pour happer les passants infortunés qui se trouvaient là. Et comme si cette situation proprement scandaleuse ne suffisait pas, voilà que la police ne fait rien pour agir, obéissant aux ordres d’hommes politiques peu intéressés par le sort de quelques malheureux. Mais c’est sans compter sur un policier, dont la femme fait partie des victimes, qui mènera l’enquête en compagnie d’un journaliste et d’un clochard...



Eh oui, derrière l’acronyme un brin obscur du titre se cache une histoire de monstres mutants très classique mais somme toute plutôt sympathique.
Par ailleurs ce titre a posé bien des problèmes aux distributeurs français. Imaginez-vous ces pauvres agents du marketing, qui déjà en temps normal ont toutes les peines du monde à trouver une traduction fidèle aux titres anglo-saxons, ne sachant que faire de ce "C.H.U.D." En effet en anglais ça résume la bien jolie formule "Cannibalistic humanoïd undreground dwellers" ce qui signifie en gros "Humanoïdes cannibales vivants dans les souterrains". Mais par souci de conserver le gracieux C.H.U.D. comme titre, voilà que nos beaux "marketeux" trouvent le pitoyable "Cannibales, Humanoïdes, Usurpateurs et Dévastateurs". Avouons le, cela ne correspond à rien, ce que les doubleurs semblent avoir compris puisque la version française nous gratifie de l’hésitant "Cannibales humanoïdes underground dwellers"… Le pire étant évidemment que toutes ces traductions passent à coté du jeu de mot de la VO (en effet C.H.U.D. a un double sens dans le film, mais je n'en dit pas plus...)
Bref tout ça pour dire qu’il est fortement déconseillé de voir le film dans sa version française sous peine de saboter définitivement le cachet sérieux que se donne le film.



En effet malgré ce que peut inspirer mon résumé du film, C.H.U.D. est un film tout à fait sérieux. Conçu comme un hommage aux films de monstres baveux qui firent frissonner quantités de spectateurs dans les années 50 et 60, L’Étrange créature du lac noir en tête, le film s’inscrit quand même dans le cadre urbain décrépi et réaliste cher aux années 80. Le premier plan du film nous plonge ainsi directement dans l’ambiance : ruelles salles, jonchées d’ordures, immeubles gris et fissurés, et égouts humides et sombres… Les décors du film ne prêtent pas à la rigolade, mais ils ont le mérite d’imposer une atmosphère très intéressante et assez concrète, notamment via les personnages de clochards vêtus de guenilles et aux visages crasseux. Ces personnages, le jeune réalisateur Douglas Cheek (il s’agit de son premier film) les oppose aux pontes, le maire de la ville, le préfet et les autres agents gouvernementaux. En effet si les clochards ne payent pas de mine, le réalisateur leur attribue des qualités de compassion et d’entraide, tandis que les autres cachent une nature monstrueuse sous leurs costumes sur mesures. Sous des dehors de films de monstre C.H.U.D. serait une parabole sociale ? A n’en point douter, même si, conscient de réaliser un vrai film fantastique, Douglas Cheek accorde au genre une place primordiale dans son film.
Venons en justement à ce qui fait l’attrait principal du film, les mutants ! Dans une optique de terreur suggérée, les mutants apparaissent au départ très peu. On ne voit souvent qu’une main griffue et difforme surgir d’une plaque d’égout, ou des yeux luminescents trouer l’obscurité. Les effets spéciaux sont cependant de très bonne facture, et ce malgré le petit budget dont bénéficie le film. Les spectateurs ont ainsi droit à quelques scènes gores ainsi qu’à de nombreux mutants au physique peu avenant. Dans la grande tradition des films de monstres classiques, ceux-ci sont donc victimes des produits chimiques déversés dans les égouts. De pauvres clochards se voient ainsi pousser des dents et des griffes, leur peau devient sombre et visqueuse, leurs membres noueux et surtout leurs yeux prennent une teinte jaune fluo idéale pour voir la nuit mais terriblement handicapante pour draguer.
Hélas, et même si l’interprétation est également d’une qualité étonnante pour ce type de budget, le film finit par souffrir de son scénario trop classique. Un film-hommage peut certes être intéressant, mais C.H.U.D. aurait quand même gagné à proposer quelques innovations. Dommage aussi que la narration soit par moments hésitante, ce qui gâche le potentiel d’angoisse de quelques belles scènes (comme ce passage où deux héros sont coincés dans les égouts).
Malgré ces défauts, C.H.U.D. reste quand même un film soigné qui mérite toute notre sympathie.

Arnaud Schilling

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