critiques


réalisateurs


acteurs


thèmes


origines



The Amazing Quest of Ernest Bliss. 1936.
Origine : Royaume-Uni
Genre : Comédie dramatique
Réalisation : Alfred Zeisler
Avec : Cary Grant, Mary Brian, Peter Gawthorne, Henry Kendall...


Réalisé en 1937 par Alfred Zeisler, ce petit film de 61 minutes n’en reste pas moins très intéressant.

D’ailleurs, à ce propos, google vous offre la possibilité de le regarder gratuitement ici même en version originale : http://video.google.com/videoplay?docid=-7896250984852369645

Venons-en directement au film. Cary Grant est tête d’affiche. Il joue Ernest Bliss, un jeune millionnaire oisif qui s’ennuie et qui est bord de la dépression. Il va voir un médecin. Ce dernier lui conseille de se mettre au travail, puisque de ne rien faire de ses journées le rend malheureux. Bien sûr, le médecin doute qu’Ernest Bliss puisse y arriver. Vexé, Bliss parie avec le docteur qu’il peut gagner sa vie pendant un an sans toucher à sa fortune.

Le film débute un peu comme une comédie, d’ailleurs, à cette époque, c’est sans doute ce que le public peut attendre de Cary Grant. Sauf que très vite, le film devient une comédie humaine, un drame social (même si le côté dramatique passe totalement à la trappe, et ce n’est pas un mal d’ailleurs), ou même une comédie dramatique, pour nous plonger dans un univers différent, celui de la pauvreté. En France, à cette époque, c’est ce qu’on appelle le réalisme poétique, et le film lorgne vers cela avec une pointe d’américanisation. C’est presque un conte de fée. Presque, parce qu’on pourrait sentir un côté péjoratif dans cette expression. Pierre Mac Orlan, l’auteur de Quai des Brumes, disait de ce cinéma là, le réalisme poétique, que c’était du fantastique social, et c’est bien ce qu’est La Chasse aux Millions. Bien sûr, ici, tout est bien qui finit bien, il faut donner au spectateur une fin heureuse, mais ça reste un film social.

Ainsi, quelques années avant la guerre, en pleine crise économique, où le peuple est complètement divisé avec d’un côté la classe riche et de l’autre les pauvres, Zeisler va donner à son film un souffle social et confronter un homme de la haute bourgeoisie aux bas-fonds de la société. Il faut donc trouver un travail, payer un loyer dans un immeuble minable, trouver un nouvel emploi quand le précédent n’a pas fonctionné ou que le patron a dû licencier pour sauver son commerce. Bref, Ernest Bliss est le témoin de cette société réelle que la bourgeoisie cherche à ignorer. Et donc Ernest Bliss va changer, il va se battre pour survivre, il va se servir de sa fortune pour faire le bien autour de lui, pour aider ceux qui en ont besoin. On retrouve là des thèmes chers à Capra. Malheureusement, le film n’a pas le souffle des œuvres de Frank Capra qui assumait le côté naïf de ses films sans fioriture. Là, le réalisateur se cherche un peu : est-ce que je dois faire un drame social ? Une comédie ? Une histoire d’amour ? Au final, on a un peu des trois, car bien évidemment, Ernest Bliss va tomber amoureux, et pas d’une riche héritière, d’une vraie prolétaire. Et là aussi le film est intéressant, car il met en avant le côté très superficiel des relations entre les gens des différents milieux sociaux, et bien sûr, on peut s’en douter, Zeisler prend le parti des pauvres qui passent pour des gens plus courageux, plus forts, avec plus de volonté, et on ne pourra aller contre sa thèse, il n’y a pas photo, entre un riche oisif et un pauvre travailleur, on sait qui a le plus de mérite.

Bref, parmi les clichés, qui par ailleurs sont bien utilisés sans jamais tomber dans la caricature (c’est en cela qu’utiliser des clichés est très difficile, car dans la mesure où on prend le parti de la caricature, notre propos n’est plus juste), Zeisler brosse le portrait d’une société américaine qui cherche à ignorer ses problèmes, une société qui rejette la pauvreté, qui l’exclut, et qui exclut du coup une part énorme de cette population méprisée par les plus riches.

Cary Grant et Mary Brian forment un couple parfait, et l’histoire d’amour réussit à ne pas tomber dans la mièvrerie et passe au second plan, ce qui est une très bonne chose.

Au final, La Chasse aux Millions est un film plutôt réussi, qui souffre de la comparaison avec un film de Capra, mais qui ne démérite pas car ne manquant pas de bonnes intentions. On peut rajouter à cela la présence de Cary Grant qui à elle seule mérite le visionnage du film.

Jérémie Conde

Textes et images © Association Tortillapolis. Tous droits réservés.