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The Day of the jackal. 1973.
Origine : Royaume-Uni / France / Etats-Unis
Genre : Thriller / polar
Réalisation : Fred Zinneman
Avec : Edward Fox, Terence Alexander, Michel Auclair, Alan Badel...


1962, le Général de Gaulle survit à une énième tentative d’attentat organisée par l’OAS. Face à ces échecs répétés, les dirigeants du groupe terroriste décident d’engager un tueur professionnel pour assassiner le président. Un anglais énigmatique qui opère sous le nom de code de Chacal répond à l’appel de l’OAS. Il accepte le contrat en échange d’un demi million de dollars et à condition de pouvoir préparer l’opération comme il l’entend...



A l’origine, Le Chacal est le premier livre de Frederick Forsyth, futur grand nom du roman d’espionnage. Son roman est publié en 1971 et devient aussitôt un best seller. Ancien militaire et journaliste, il est très au fait des enjeux géopolitiques de son époque et se sert de ses connaissances pour ses romans. La plupart sont basés sur des faits réels, qui permettent à l’auteur d’extrapoler ensuite. Bien que relevant de la fiction, ses ouvrages sont habilement construits et très documentés. Une partie de la réussite du film revient donc à cet excellent auteur. Le scénariste Kenneth Ross colle en effet particulièrement bien au roman originel.
Le Chacal, le film, commence donc par nous montrer la tentative d’assassinat « du Petit-Clamart » et le ton est immédiatement donné. La caméra nous montre le président (incarné par l’acteur Adrien Cayla-Legrand dont la ressemblance avec le général lui vaudra d’incarner le personnage dans d’autres films, dont L’Armée des ombres de Melville) et ses ministres quitter une réunion, tandis que les assassins se préparent à commettre leur méfait. L’implacable exposition des faits se termine sur une scène de fusillade, sèche et rapide. Une voix énonce alors la durée de l’attentat, 7 secondes en tout, et le nombre de balles qui ont été tirées par les assassins. Ce sera là la seule scène du film empruntée à la réalité, la tentative dite du « Petit-Clamart » (le nom du lieu choisi par les assassins sur la trajectoire de la voiture présidentielle) s’étant réellement déroulée, le 22 août 1962, aux environs de 20 heures. Mais si le reste du métrage appartient bel et bien à la fiction la plus pure, le ton incroyablement réaliste demeure. Et c’est là l’un des atouts majeurs du film.
Le réalisateur Fred Zinnemann ne cède en effet jamais à la tentation du spectaculaire. Il reste au contraire très attentif aux détails, ces petits éléments en apparence négligeables mais qui donnent ici un indéniable cachet d’authenticité au film. Mais attention il ne s’agit jamais de tronquer la mise en scène pour faire croire au spectateur que la réalité est filmée. Bien au contraire, le film est entièrement construit, et de manière particulièrement habile, faisant planer une ambiance de suspense du début à la fin. La structure du film est pourtant très simple: l’histoire s’articule autour des préparatifs du tueur (Edward Fox, excellent) et des efforts de la police pour contrer son entreprise meurtrière, le point de rencontre de deux sera évidemment la tentative d‘assassinat et son issue incertaine. Les deux éléments seront montrés de manière alternative, de manière à ce que le spectateur puisse suivre les deux cotés presque simultanément mais surtout pour créer de beaux moments de tensions, lors des passages où la police se rapproche de sa cible. Ainsi à plusieurs reprises le tueur sera sur le point de se faire repérer, avant de finalement parvenir s’en sortir, soit grâce à son habileté, soit du fait de la lenteur de l‘administration policière. A ce titre on ne peut que saluer la parfaite construction du scénario et la maîtrise de la narration, qui se permettent de jouer avec le spectateur, en lui livrant certaines informations et en lui en cachant d’autres. Ou encore en jouant avec des éléments que le spectateur connaît (comme les avancées faites par la police, ou à l’inverse le lieu où se trouve le Chacal) mais que les personnages ignorent.



Le film se permet aussi de largement lever le voile sur les méthodes employées par le tueur à gage, personnage qui, comme les espions et autres hommes de l’ombre, ne cessera jamais de fasciner les spectateurs de par son coté mystérieux et aventurier. On suit donc les préparatifs de l’assassin qui sont décrit dans le détail par le scénario minutieux, et des scènes à première vue très banales (comme le repérage de lieux propices à un assassinat, l’achat de vêtements ou de teinture pour les cheveux…) deviennent immédiatement passionnantes à la fois par leur coté ultra réaliste, et par le déroulement de l’histoire en elle-même: Le spectateur se prêtant volontiers au jeu des devinettes et essayant d’imaginer à quoi vont servir ce que fait le tueur à gage… Le film ne tombant jamais dans l’explicatif, dont le caractère redondant aurait assurément été nuisible au réalisme de l’histoire. D’autre part, l’excellence de l’interprétation joue ici un rôle primordial. Edward Fox crève l’écran dans son rôle et donne à son personnage une dimension très concrète. Ainsi le flegme avec lequel il joue sert particulièrement bien le rôle et permet immédiatement de saisir le caractère méthodique et calme du personnage. Cela n’empêche toutefois pas le film d’avoir recourt à quelques scènes plus directement divertissantes, comme par exemple l’inévitable passage ou l’assassin se fait fabriquer sur mesure le fusil dont il a besoin. D’un autre coté, les agissements des policiers sont eux aussi très détaillés. On y suit tout le déroulement de l’enquête menée pour découvrir l’identité du tueur à gage, la collaboration entre les différentes forces de polices européennes et ainsi de suite. D’un coté comme de l’autre c’est encore une fois la grande sobriété de l’intrigue qui marque: ici point de courses poursuites spectaculaires et pleines d’effets pyrotechniques démesurés, mais au contraire l’installation, via les longs préparatifs, d’une tension presque impalpable, mais indéniablement présente. Et c’est un vrai tour de force que d’installer un tel suspense tout au long d’un film qui dure pourtant plus de deux heures. Il sera d’ailleurs impossible au spectateur de décrocher du film tant cette histoire le happe totalement. Cette terrible efficacité est entièrement due à l’implacable construction du métrage. Il suit de fait une structure tout à fait particulière et propre aux romans de Forsyth: les agissements des personnages sont parfaitement détaillés, jusqu’aux plus petits éléments, et le suspense réside essentiellement dans le déroulement de l’intrigue: que va-t-il se passer dans la scène d’après? Une tension constante est maintenue. Et grâce aux quelques scènes d’action, qui surviennent toujours au bon moment, l’intrigue est sans cesse relancée. Ces passages sont alors particulièrement brutaux dans leur mise en scène: les plans s’enchaînent rapidement, et les éléments surviennent brutalement. Le style est très sec et garantit une efficacité assez impressionnante. Le spectateur est ainsi en éveil permanent. En outre, le film revêt certaines caractéristiques propres aux récits d’aventures: le changement régulier de pays (le tueur traverse les frontières pour s’équiper en armement, en passeports volés et en faux papiers) évite toute redondance.
Les personnages du film quant à eux, sont rapidement esquissés, et pourtant immédiatement crédibles. Et c’est toujours dans l’action que nous sont révélées leurs caractéristiques: le film est en constant mouvement, jamais le rythme ne s’arrête pour nous détailler tel ou tel personnage. Le scénario ne nous donne que très peu de détails sur eux, en particulier pour le Chacal, dont l’identité constitue l’un des enjeux du film. Polar oblige, le ton est très froid, presque impersonnel, et n‘est pas sans évoquer le style de l‘écrivain français Manchette ou les œuvres de Samuel Fuller. La mise en scène brille par son dépouillement, elle reste simple et très classique. La quasi absence de mouvements de caméra et de musique renforce grandement l’aspect réaliste du film. Un aspect qui colle parfaitement à la personnalité du Chacal, froid et méthodique. Mais presque paradoxalement, le film ne se départ pas d’une dimension humaine présente au détour de certaines scènes: les personnages deviennent rapidement attachants malgré le regard neutre que pose sur eux le réalisateur. Ils sont présentés comme faillibles et imparfaits. La scène où le tueur, sachant son identité connue des policiers, hésite, face à un panneau routier lui indiquant les deux alternatives, entre retourner en Italie (et abandonner la mission) et gagner Paris (pour y assassiner De Gaulle) semble assez révélatrice du personnage: bien qu’il devrait abandonner son opération, il semble succomber à une sorte de défi que lui aurait lancé la police. L’accent est à la fois mis sur l’ambiguïté du personnage, qui accepte de prendre des risques malgré son coté méthodique et prudent, et sur une histoire pleine de péripéties malgré son coté proche de la réalité. Le film insère également quelques touches ironiques assez discrètes dans son histoire, lors des passages nous montrant les policiers pester contre l’insaisissable tueur ou la lenteur de l’administration par exemple, ou encore lors de cette scène où le tueur essaye son fusil sur une pastèque grossièrement grimée en visage humain qui finira par exploser. Le Chacal enchaîne ainsi les péripéties et fait monter le suspense jusqu’à un climax qui est certes conforme à la grande tradition Hollywoodienne, mais qui se révèle d’une efficacité et d’une intensité rarement vue au cinéma.



Bref Le Chacal est un petit chef d’œuvre de suspense. La tension est très habilement entretenue du début à la fin du film par des procédés narratifs particulièrement brillants. Outre ce suspense omniprésent, le film dresse un portrait passionnant de ce personnage de tueur à gage, en décrivant minutieusement ses méthodes de manière à la fois très réaliste et divertissante. Nous sommes sans conteste en présence d’une des meilleures œuvres du genre, dont la modernité et l’efficacité demeurent intactes plus de 30 après, ce n’est en effet pas le pitoyable remake avec Bruce Willis qui risque de le détrôner...

Arnaud Schilling

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