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The Boys from Brazil. 1978.
Origine : Etats-Unis / Royaume-Uni
Genre : Thriller
Réalisation : Franklin J. Schaffner
Avec : Gregory Peck, Laurence Olivier, James Mason, Lili Palmer...


Inspiré par le travail en solitaire de Ezra Lieberman, Barry Kohler traque les nazis qui ont trouvé refuge au Paraguay. Sur place, il apprend la teneur du plan machiavélique fomenté par le docteur Josef Mengele et qui consiste à tuer, en l'espace de deux ans et demi, quatre-vingt quatorze sexagénaires à travers le monde. Repéré, Barry parvient à alerter Ezra quant à l'imminence d'un IVe Reich, juste avant de se faire assassiner. Le monde sera t-il condamné à revivre les atrocités du régime nazi ?



Après le plus intimiste L'Île des adieux, Franklin J.Schaffner se lance dans l'ambitieuse adaptation du roman Ces garçons qui venaient du Brésil écrit par Ira Levin. Les écrits de ce dernier ont déjà été célébrés par le cinéma, notamment avec le fameux Rosemary's baby de Roman Polanski. Dans ce nouveau roman, nous retrouvons certaines obsessions de l'écrivain comme l'enfantement du Mal. Toutefois, le Mal n'a ici plus rien de diabolique, prenant ses racines dans la plus tangible et la plus atroce réalité, celle de l'idéologie nazie et de ses émules. L'histoire du livre, et par extension du film, part d'un postulat assez osé, en l'occurrence celui de placer le docteur Mengele à la tête d'un plan qui vise à l'établissement d'un IVe Reich. Pour mieux comprendre la situation, il est préférable de resituer le personnage dans son contexte historique. Durant la Deuxième Guerre Mondiale, Josef Mengele s'est rendu coupable, au mépris de toute éthique, de nombreuses expériences sur la personne de déportés juifs dans l'enceinte du camp de Auschwitz-Birkenau, où il exerçait en tant que médecin. A la fin de la guerre, il n'a pas été identifié en tant que haut fonctionnaire S.S., ce qui lui a permis d'échapper au procès de Nuremberg. En 1949, grâce à l'aide du réseau d'exfiltration des criminels nazis, il parvient à gagner l'Argentine, où il s'installe sous une fausse identité. Le film démarre près de trente ans plus tard en Amérique Latine, et plus particulièrement au Paraguay, où de nombreux nazis ayant échappé à la justice se réunissent sous l'égide du docteur Mengele. Ce dernier n'a jamais renoncé à oeuvrer en faveur de la cause aryenne, et c'est ce que nous découvrons en même temps que Barry Kohler. Le film se propose de démonter pièce par pièce le moindre rouage du plan que Mengele a échafaudé pour remettre les nazis au sommet de l'échiquier mondial.



Franklin J.Schaffner construit son film comme un thriller, en suivant pas à pas l'enquête menée par Ezra Lieberman. Ce personnage s'inspire directement de Simon Wiesenthal, un homme qui, depuis sa libération des camps de concentration, n'a eu de cesse de pourchasser les nazis qui ont réussi à passer à travers les mailles du filet de la justice. Il a voué toute sa "seconde vie" à cette tâche, autant pour le devoir de mémoire que pour ne pas laisser ces crimes contre l'humanité impunis. Passée une première apparition sur un ton un peu léger (la discussion entre Ezra et le propriétaire de son appartement à propos du règlement du loyer), la représentation cinématographique de Simon Wiesenthal se veut respectueuse et le montre sous un jour à la fois pugnace et humaniste. Toute la partie qui concerne les investigations de Ezra Lieberman rend hommage au travail de longue haleine de son modèle par sa tonalité très réaliste. Un réalisme que même le climax, pourtant hautement improbable (surtout à l'époque), ne parvient pas à altérer du fait de la grande méticulosité avec laquelle il est amené. Pourtant, tout le film ne baigne pas dans cette recherche de la sobriété. Comme par contraste à la grisaille des lieux arpentés par Ezra et au sérieux qu'il affiche, la majorité des passages qui mettent en scène le docteur Mengele cède à la grandiloquence. Franklin J.Schaffner a tendance à théâtraliser la moindre scène avec ce bon vieux docteur, une théâtralisation dont Gregory Peck se fait le complice avec un plaisir non feint. Le sommet est atteint lors du banquet en l'honneur de la race aryenne et durant lequel Mengele explose de rage en apercevant, dansant à côté de lui, l'un des hommes qui avait pour mission de tuer quelques uns des quatre-vingt quatorze sexagénaires. Il faut voir Gregory Peck, généralement parangon de clame et de retenu, éructer et prendre à parti toute l'assistance quant à la trahison présumée dudit militaire, laissé exsangue au milieu des petits fours, pour le coire. Le ridicule de la scène prête à sourire, et amoindri considérablement le sérieux de l'entreprise. Et comme si cela ne suffisait pas, Ces garçons qui venaient du Brésil lorgne carrément du côté du cinéma Z lorsqu'il peuple les alentours de la maison du docteur de ses nombreux cobayes, errant tels des zombies et arborant de magnifiques lentilles de couleur bleue. Dans ces conditions, il devient difficile d'accorder du crédit à un méchant de pacotille, alors même que la menace qu'il fait peser sur l'humanité avait tout pour effrayer. Cela donne la curieuse impression que les auteurs du film ont eu peur d'aborder le nazisme sur un ton trop sérieux, et qu'ils ont tout mis en oeuvre pour mettre de la distance avec leur sujet.



Grâce au métier de Franklin J.Schaffner, on ne s'ennuie pas devant le spectacle proposé. Néanmoins, Ces garçons qui venaient du Brésil paraît bancal du fait de cette constante hésitation entre le grotesque et le sérieux. C'est dommage, car à l'occasion de certaines scènes (les flashbacks des expérimentations de Mengele par exemple), le film parvient à distiller un soupçon de malaise, malaise qui aurait dû nous accompagner tout au long du récit. A noter qu'un remake serait en préparation. Et oui, encore un !

Bénédict Arellano

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