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Cabin Fever. 2002.
Origine : Etats-Unis
Genre : Horreur
Réalisation : Eli Roth
Avec : Rider Strong, Jordan Ladd, James Debello, Cerina Vincent...




Pour fêter la fin des cours, cinq amis s’accordent une semaine de vacances dans un chalet situé près d’un lac. Leur séjour s’annonce sous les meilleurs auspices : le chalet a du cachet, ils ont de la bière en quantité et ils croisent même un type qui leur propose de l’herbe, idéal pour les soirées au coin du feu. Dommage qu’un vagabond vienne tout gâcher en allant cracher du sang partout dans l’habitacle de leur 4x4. Sous l’effet de la peur, ils le tuent. Première étape d’un chemin de croix qui verra les cinq amis présenter successivement les stigmates d’un mal étrange.



Ah, ces jeunes ! Depuis le temps, ils devraient savoir que prendre du bon temps dans une bicoque perdue au milieu des bois s’avère particulièrement propice au drame. Lorsqu’il ne s’agit pas des assauts répétés d’un tueur invisible (Vendredi 13) ou de Jason Voorhees en personne (Vendredi 13 chapitre 2, 3, 4, 6 et 7), il est question du livre des morts dont la lecture ne tarde pas à invoquer les suppôts du démon (Evil dead). Pour son premier film, Eli Roth (Hostel et sa suite, le Sgt Donny Donowitz dans Inglourious Basterds) se charge de leur rappeler cet axiome, tout en rendant hommage aux films qui ont bercé sa jeunesse. En ce qui concerne les influences les plus évidentes, on retrouve bien évidemment Evil dead pour le cadre et le nombre de convives, et The Thing pour le mal insidieux qui peut s’emparer de chacun des cinq amis, entretenant ainsi un climat de paranoïa. Et puis il y a cette ambiance sudiste et ces autochtones inquiétants qui pourraient très bien évoquer le Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper, mais que pour ma part j’estime plus proche dans l’esprit du 2000 maniacs de H.G. Lewis auquel le dernier plan de Cabin fever rend un évident hommage, aussi bien visuel que sonore. On retrouve dans les deux films ce même ton rigolard et ce goût immodéré pour le gore, quoique Eli Roth se montre plus timide que son aîné à ce niveau là. Le sang a beau couler abondamment dans Cabin fever (le terme gicler serait d’ailleurs plus approprié), Eli Roth fait souvent preuve d’une certaine retenue, notamment lorsque Marcy se fait écharper par un chien visiblement enragé ou encore lorsque Paul se débarrasse des autochtones dégénérés venus lui faire la peau. A ce titre, on pourrait penser que lesdites scènes ont été allégées par la censure, or la vision des scènes coupées présentes sur le DVD nous indique qu’il n’en est rien. En fait, Eli Roth semble fuir comme la peste les scènes dérangeantes au profit d’un gore plus graphique et d’un humour pas très fin.
Il faut rapidement se rendre à l’évidence, Cabin fever n’a pas vocation à susciter la peur, Eli Roth prenant un malin plaisir à en désamorcer tous les mécanismes. Déjà, la caractérisation des personnages lorgne du côté du slasher lambda : le couple chaud comme la braise, le romantique, et surtout Bert qui représente le demeuré de service dans toute sa splendeur, prenant son pied à tirer sur les écureuils ou à narrer sa meilleure branlette en compagnie d’un chien. Il est tellement lourd et bête qu’on se demande en vertu de quoi il a été convié à ce séjour, les liens amicaux entre chacun des protagonistes n’étant pas franchement des plus évidents. De fait, la paranoïa qui s’empare d’eux lorsque les premiers stigmates de la maladie apparaissent ne trouve pas un terreau très favorable pour se développer. Passée la mise à l’écart de Karen, la première à être contaminée, Eli Roth s’évertue à casser la dynamique du huis clos dès qu’il le peut. C’était déjà prégnant suite au passage du vagabond qui voyait trois d’entre eux partir chercher de l’aide, prétexte à des scènes de remplissage (la fermière qui peste contre la contamination de son cheptel porcin, la maison au bord du lac à la porte inexplicablement ouverte et qui ne dispose pas du téléphone), alors que Paul, resté à la cabane, reçoit la visite d’un assistant du shérif patrouillant en VTT, davantage préoccupé par les petites sauteries qu’il peut organiser que par ce qui est arrivé aux jeunes gens. Ça l’est davantage par la suite lorsque chacun joue sa carte individuelle. A force de digression, la tension n’a donc jamais le temps de s’installer, et le grotesque finit par l’emporter sur l’horreur.



Alors qu’il se réclame pourtant de films jouant à fond la carte de la claustrophobie, de l’horreur ou du malsain, Eli Roth choisit l’humour, comme pour se dédouaner de ce qu’il montre. Parfois, cela fonctionne. Par exemple, le pauvre type qui se retrouve avec son harmonica coincé dans l’œsophage suite à une guitare qu’il s’est pris par mégarde en pleine face, et dont chaque râle s’accompagne d’une fausse note, prête à sourire. Mais le plus souvent, cela frise le n’importe quoi à l’image de ce gamin mutique qui effectue –au ralenti !– des mouvements de karatéka en direction de Bret avant de lui mordre l’avant-bras. Dans sa dernière ligne droite, Cabin fever devient un maelström d’absurdités (Paul qui pour je ne sais quelle raison cherche à retourner le cadavre du vagabond gisant dans la rivière, et qui finit bien évidemment par y tomber à son tour) et de déjà-vu (le sort réservé à Jeff, le petit ami de Marcy ; l’inévitable fin ouverte). En fait, ce qui semble avoir avant tout intéressé Eli Roth, c’est de reprendre les bonnes vieilles ficelles du cinéma d’exploitation, essentiellement du gore et un peu de nudité (la plastique de Cerina Vincent –Marcy– est particulièrement mise à contribution), pour obtenir un film clé en main susceptible de créer un « buzz » parmi les spectateurs. A ce titre, cela n’a pas trop mal fonctionné. Véritable bête de festival (Toronto et Sitges en 2002, Gerardmer en 2003), Cabin fever a en outre bénéficié du soutien de deux grands noms du cinéma de genre, Peter Jackson et Quentin Tarantino, qui y ont vu un film « brillant ! », « fantastique ! » et en Eli Roth pas moins que « l’avenir du cinéma d’horreur ». Au-delà de laisser rêveur sur les méthodes marketing employées (dans le cinéma d’horreur actuel, si on ne compare pas le film à venir à d’illustres prédécesseurs -Evil dead, L’Exorciste-, on fait appel à l’avis de cinéastes consacrés), ces propos donnent à mon sens une bien mauvaise image du cinéma d’horreur, qui n’est de toute façon plus que l’ombre de lui-même depuis bien longtemps, Cabin fever n’étant au fond qu’une pâle resucée des succès d’antan, mâtinée d’un second degré beaucoup trop présent à mon goût. En ce sens, Eli Roth représente bien l’avenir du cinéma d’horreur puisque le genre n’en finit plus de réécrire les plus illustres pages de son histoire sans en retrouver ni la force, ni l’originalité et encore moins la subversion.

Bénédict Arellano

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